La fête nationale à Creciendo

25 08 2010

008-copie-3

Susanne explique son poste...

Le 6 août, c’est la fête nationale bolivienne, qui commémore l’indépendance de la Couronne espagnole, en 1825. C’est l’occasion d’une grande fête patriotique dans tout le pays, avec discours et défilés. Les écoles y participent également, avec une journée dédiée à la Patrie.

A Creciendo, un place restreinte a été laissée au patriotisme, pour se centrer sur la connaissance de ce magnifique et grand pays, et pour la diversité naturelle et culturelle qu’il recelle. Les élèves de toutes les classes ont ainsi pu prendre part à un rallye organisé par les enseignants - dont Susanne et Basile, civiliste, auront été les coordinateurs. Une dizaine de postes différents auront permis aux éleves de s’amuser, tout en apprenant à connaître un peu mieux leur pays. Les groupes ont mélangés les élèves de toutes les classes (du jardin d’enfants à la sixième année) , et ce fut un plaisir de voir la solidarité entre grands et petits.

017-copie-4

... qui consiste à faire deviner aux élèves quelles sont les spécialités alimentaires boliviennes qu'elle leur glisse délicatement en bouche.

026-copie-3

Même Luca participe

037-copie-2

Dans ce poste, Noé s'efforce de "pêcher" un département de Bolivie, et son équipe devra ensuite en sigaler la capitale.

042

Autre poste: mémory des beautés naturelles et culturelles de Bolivie



Les annis

24 07 2010

095

Lina fête ses 5 ans avec un beau gâteau bolivien

Le mois de juillet chez nous, c’est les annis! On a commencé avec Mathieu le 11, nous étions à La Paz. On a dégusté un gâteau dans l’hôtel … devant la finale de la coupe du monde! Malheureusement, on a oublié les photos pour immortaliser l’événement. Ensuite, Lina le 15, de retour à la maison. Puis Noé le 18, chez Thérèse, par un temps polaire (-10°C, record de froid à Tarija), et Susanne le 22, à la maison, avec les copines du quartier. Et on a terminé avec Luca, le 3 août, dans le froid et avec notre hall d’entre bien rempli.

Voilà donc quelques photos des gâteaux d’anniversaire, et de la tradition locale consistant à planter la tête du ou de la “cumpleaner@” dans le gâteau…

099

La main de Noé va faire respecter la tradition locale....

1011

... et voilà, Lina est fière de maintenir les délicieuses traditions locales!

1256

Pour Noé, Susanne a fait un bon gâteau au choc.

1260

Cette fois c'est Elise, la fille cadette de Thérèse, qui fait respecter la tradition

1306

C'est sous notre "quincho" et avec ses collègues et amies du quartier que Susanne fête ses 34 printemps, avec un grand Karak - qui a constitué une première pour Mathieu. Ah, ce que femme veut....

13111

Et c'est encore Noé qui veille au respect de la tradition

012

Cette fois on fête Luca, dernier de la série...

014

... qui n'aura pas non plus échappé à la tradition!

030

Comme gâteau, Luca a bien insisté: "je veux le gâteau vert, comme maman!"

066

A la sortie de l'école, la moitié de Creciendo est venue fêtre Luca



Vacances amazoniennes

23 07 2010

4301

Coucher de soleil sur la rivière Béni

Pour nos dernières vacances boliviennes, les vacances d’hiver, nous avons décidé d’aller découvrir une région de la Bolivie que nous ne connaissions pas encore, l’Amazonie. La petite ville de Rurrenbaque, un petit paradis pour routards, se situe au pied des Andes, sur la rive de la rivière Béni, qui se jette quelques centaines de kilomètres au nord-est dans l’Amazone. Elle constitue la porte d’entrée sud du parc Madidi, l’une des régions les plus méga-diverses du monde, où l’on continue à découvrir des espèces végétales ou animales encore inconnues. Un jungle magnifique et encore très bien préservée. Mais on peut également découvrir la pampa, zone de savane inondée un bonne partie de l’année, où il est plus facile d’observer les animaux.

622

On part en promenade "fluviale" dans la pampa du Béni

612

On peut y voir plein d'animaux, comme cette famille de capibaras

746

Le plus gros rongeur de la planète sert de perchoir à un aigle

786

Des caïmans un peu partout

779

De magnifiques hoazins huppés (merci Marc pour la précision), oiseaux que l'on trouve dans tout le bassin amazonien

698-copie

Un magnifique hibou (probablement un Grand-duc d'Amérique) qui profite des derniers rayons du soleil

511

Un jabiru, une sorte de grande cigogne locale

736

Plein de tortues également dans ces rivières

862

Aujourd'hui, on va se baigner

944

Enfin, se baigner... gojer!

973

On espère qu'il n'y a ni croco ni piranha ici

1012

Coucher de soleil sur Rurrenabaque et la rivière Béni

1027

Deuxième expédition, direction la jungle et le parc national Madidi

1080

Promenade dans la jungle

1107

Les exploratrices

1104

Des arbres impressionnants

1236

Et pour finir, Mathieu s'est fait en solitaire et à vélo "la route de la mort", 3500 mètres de descente, de l'altiplano au début des plaines tropicales



La Bolivie continue son «processus de changement»

14 06 2010

La Bolivie continue son « processus de changement ». Adoptée en janvier 2009, la nouvelle constitution a mis fin à l’ère de la République instaurée en 1825 et a ouvert un nouveau chapitre de l’histoire du pays, inaugurant un nouvel État « Plurinational ». La Bolivie continue d’être un État de droit, et maintient les trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire. Mais elle poursuit son travail de décolonisation. La Constitution reconnaît enfin et pour la première fois après cinq siècles la majorité indigène, qui s’exprime au travers de 36 ethnies différentes. Ce sont autant de cultures, de modes de vie, de systèmes économiques ou judiciaires ou encore de langues qui sont désormais officiellement reconnus par une Constitution largement approuvée par le peuple.

Né des luttes séculaires des indigènes et des paysans, ce mouvement avait pris de l’ampleur au début des années 2000 - entre autres au travers de la guerre de l’eau de Cochabamba en 2000 et de la guerre du gaz à El Alto en 2003 - et a culminé le 18 décembre 2005 avec l’élection d’un premier président issu des majorités indigènes, Evo Morales. Les anciennes élites, en perdant le pouvoir politique national, se sont retranchées dans les régions matériellement plus aisées des terres basses de l’est du pays.

Le pays a traversé de moments difficiles, marqués par un racisme structurel profondément ancré dans le pays. Les violences physiques contre les indigènes originaires de l’Altiplano dans les rues de Santa Cruz, l’attaque du marché paysan de Tarija par des militants extrémistes de droite, l’humiliation de paysans indigènes dénudés sur la place principale de Sucre et le terrible massacre d’une vingtaine de paysans le 11 septembre 2008 dans le département de Pando en sont l’illustration : l’arrivée au pouvoir de la majorité indigène, symbolisée par Evo Morales a libéré une haine viscérale qui était présente dans le pays au sein des élites. Mais qui était latente tant que ces dernières tenaient les rennes du pouvoir. L’opposition radicale au gouvernement du MAS, violente et raciste, est ainsi allée crescendo à partir de l’élection d’Evo Morales, jusqu’à l’hiver 2008. L’opposition de droite s’est alors écroulée sous le poids de sa propre radicalité.

En conséquence, la situation politique actuelle est très différente de ce qu’elle était il y a 5 ans, lorsque se termina la domination du modèle néolibéral et des élites qui le défendaient. Aujourd’hui, tous les partis qui ont accaparé la scène politique bolivienne depuis le retour de la démocratie en 1982, ont pratiquement disparu. Le MAS du président Morales domine comme aucun parti ne l’a fait jusqu’à présent, et ce suite à des élections qui ont été jugées d’excellente qualité par divers observateurs internationaux. Le second parti en importance est un proche du gouvernement, situé au centre-gauche. Le Mouvement Vers le Socialisme contrôle les deux tiers des deux chambres de la nouvelle Assemblée Plurinationale (l’ancien parlement) et six des neuf gouvernements départementaux. Dans les trois départements orientaux où il n’a pas pu conquérir l’exécutif, il dispose d’une importante minorité dans les assemblées législatives, et seul le gouverneur de Santa Cruz dispose d’une majorité. Les deux tiers des municipalités du pays sont également entre les mains du MAS, et une partie importante du reste est aux mains de nouveaux partis de gauche.

Le président Morales jouit également d’une grande popularité. L’ancien planteur de coca et syndicaliste a été élu avec 53% des voix en 2005 et réélu avec 64% en décembre 2009, du jamais vu ! L’économie bolivienne est stable, les caisses de l’État se portent mieux que jamais. Grâce aux cours élevés du pétrole et à la nationalisation de 2007, les pouvoirs publics à tous les niveaux disposent de moyens inconnus jusqu’alors. Le gouvernement a aussi clairement axé sa politique en faveur des classes les plus défavorisées de la population. Plusieurs rentes ont été introduites, grâce aux revenus liées à la nationalisation des hydrocarbures : rente universelle pour les personnes de plus de 60 ans, bons pour les élèves permettant l’achat du matériel scolaire, rente pour les femmes enceintes… Au niveau international, le président Morales jouit d’une aura positive, et la Bolivie a enfin trouvé une voix propre dans le concert des nations, comme on a pu le voir avec l’organisation de la Conférence des peuples sur le changement climatique. Grâce à ces politiques volontaristes, les boliviens et les boliviennes ont retrouvé leur dignité et leur auto-estime.

Bloqué lors de son premier mandat par un Sénat dominé par la droite, Evo Morales dispose aujourd’hui d’un pouvoir presque absolu, qui théoriquement lui permet même de modifier la constitution. Au cours de ce second mandat entamé au mois de janvier, le président et son parti ont l’occasion historique de pouvoir mener sans entrave la révolution annoncée. La nouvelle Assemblée Plurinationale travaille depuis le début de l’année à la rédaction des 100 lois fondamentales qui doivent permettre la mise en vigueur la nouvelle constitution. Ainsi, les autonomies indigènes, régionales et départementales ont enfin un cadre légal, grâce à la loi d’Autonomie, approuvée durant le mois de mai.

Néanmoins, des difficultés se font jour. La domination sans partage du MAS, couplé avec la quasi disparition de l’opposition de droite, crée des dissensions internes au sein des mouvements sociaux qui le composent. Plusieurs mouvements indigènes en particulier ont dénoncé des dérives du gouvernement, en particulier le manque de considération et de consultation. Ces mêmes indigènes, alliés avec des mouvements écologistes, dénoncent la continuation des politiques extractivistes et capitalistes du gouvernement, et leurs graves conséquences pour les peuples indigènes et leurs environnements.

En effet, les politiques sociales et de développement des infrastructures menées par le gouvernement nécessitent des fonds importants, qui proviennent presque exclusivement de l’extraction de matières premières, en particulier du gaz. Ce dernier se situe principalement au pied des Andes, sous les territoires de peuples indigènes relativement peu nombreux et conservant des modes de vie traditionnels. A ce niveau-là, les changements se fond encore attendre…

C’est là l’une des contradictions majeures du gouvernement. Evo Morales a ainsi récemment déclaré que la consultation des peuples indigènes était une perte de temps et freinait la mise en œuvre de projets de développement. Pour beaucoup, le président ne respecte pas la Constitution qu’il a pourtant contribué à faire adopter et qui sacralise ce droit à la consultation. Il semble ainsi contredire son propre discours en faveur de la Mère-nature, la Pachamama.

La Bolivie change, c’est certain. Mais le fameux « processus de changement » est loin d’être exempts de contradictions.



Une bonne raclette avec les copains de la radio

30 05 2010

028

Une raclette avec du fromage d'Anniviers, un p'tit chasselas d'Arnex...

0371

... au feu de bois, comme même les suisses en mangent pas souvent...

042

... de façon à ce que les boliviens se mettent à racler pour ... les p'tits suisses!

071

Et en fin de soirée on s'amuse autour du feu...

0721

… ça s’améliore, mais c’est encore pas ça…

093107910801081

0911084208520861

0880890900821

… là, c’est pas mal: YEMBATIRENDA, la flamme de la radio!



La fête des mères à Creciendo

30 05 2010

017

Lina et son amie Luisana dansent "las Morenitas" ("les petites noires")

Vendredi passé, c’était la fête des mères à Creciendo. C’est l’une des fêtes les plus importantes de l’année scolaire, et les élèves s’y sont préparés pendant des semaines. Les mamans reçoivent des bricolages, mais c’est surtout à travers de danses traditionnelles de toute la Bolivie qu’elles sont honorées.

0211

Les premières enfantines avec leur danse afro-bolivienne

037

Noé et ses copains de première primaire dansent la danse des poules et du coq

035

La danse des premières années devant le nombreux public des copains et des mamans

060

Une chanson en hommage aux mamans

121

Elise, la fille cadette de Thérèse, est prête pour la danse des Guaranies, indiens des plaines de l'est du pays

130

Les cinquième dansent un tinku, danse traditionnelle de l'altiplano

147

Andrès, grand copain de Noé, est prêt pour une "caporales", un style de danse, de musique et d'habits très prisés, originaire de l'altiplano

169

Les quatrième année en habit de "caporales"

149

La danse Guarani des troisième année est emmenée par Marcos, autre grand copain de Noé



La visite des grands-parents

4 05 2010

001

Dès l'arrivée, les grands-parents sont sollicités...

250

Lors de leur deuxième visite, l'école Creciendo n'était pas en vacances, et ici Philippe observe la classe de Noé

071-copie

Petite escapade de fin de semaine en Argentine

104-copie

La patio se convertit en salon de lecture

021

On fête l'anniversaire de grand-maman

313

Comme l'exige la tradition locale, Marie-Claire a du mordre dans le gâteau. Lina se charge de la "nettoyer"!

331

On fait le tour du quartier avec les grands-parents, mais galement Céline et Bertrand qui ont pass quelques jours avec nous

335
Y’a du monde sous le quincho!
371

C'est dur, de s'occuper de son petit-fils!

387

On bricole avec grand-maman

013-copie

Noé a profité des conseils d'un entraîneur personnel durant un mois

036

La fondue crée la bonne humeur

006-copie-2

On part en ballade ... et le taxi est tombé en panne!

053

Nuit de pleine lune sur l'altiplano

118

Troupeau de lamas sur l'altiplano

121-copie1

Départ pour le chemin inca, qui relie l'altiplano à la vallée de Tarija, 2000 mètres plus bas

432

Une pause sur une portion très bien preservée du chemin inca

207

Et voilà, c'est fini, ils s'en vont...



Des participants plus que satisfaits

22 04 2010

La conférence a permis de belles rencontres

La conférence a permis de belles rencontres

Chez les participants, la satisfaction est générale. Ainsi, pour Noël Douglas, du réseau “Globalisons la résistance” et qui est venu d’Angleterre juste avant que les aéroports européens ne soient fermés, « la conférence a été simplement fantastique ! Le nombre de participants et la clarté et la radicalité des demandes sont simplement géniaux. Bravo aux boliviens et à Evo Morales. Cela va dynamiser l’ensemble des mouvements sociaux, politiques, culturels, anti-guerres, écologiques, etc.”

Nnimmo Bassey est un écologiste Nigérian engagé, poète et président de « Amis de la Terre International ». Il signale que “cette conférence aura été très inspirante. Nous sommes arrivés à d’excellentes conclusions, qui, je crois, peuvent aider les gouvernements et les mouvements sociaux à avancer vers des sociétés véritablement soutenables et socialement équitables.”

Savourant ses feuilles de coca, Eusebio Quispe, indigène bolivien quechua constate que “nous avons pu traiter de thèmes très importants. C’est fondamental de ne pas parler et défendre uniquement les être humains, mais tous les êtres vivants, les rivières, les montagnes, les animaux, tous ceux qui respirent le même air que nous. Que cette première conférence, avec des gens de tous les pays du monde, ait eu lieu en Bolivie, est historique.”



Les 17 groupes de travail de la conférence ont rendu leur copie

22 04 2010

125

La conférence a connu une affluence vraiment impressionnante

La conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre Mère est terminée. Mais les luttes des peuples indigènes, des organisations sociales, des gouvernements présents et des mouvements écologistes pour la défense de la planète ne s’arrêteront pas là. Durant ces quatre journées bien chargées, de nombreux liens se sont tissés. Un bouillonnement d’idées, de propositions, d’analyses et de solidarités a jaillit de cette rencontre de plus de 35’000 participants provenant de 142 pays, dont 47 se sont rendus présents au travers de délégations officielles.

Un très large accord s’est dessiné pour désigner le système capitaliste et la consommation irresponsable des pays du Nord comme les responsables de la catastrophe climatique et des dégâts environnementaux qui mettent la planète à genoux. Lors de la rencontre finale entre les gouvernements participants et les peuples, le président Morales a signalé que “lors des différentes rencontres de chefs d’Etats, on ne discute que des effets du changement climatique, mais jamais de ces causes. Ici, à Cochabamba, nous avons décidé de nous attaquer à la racine du problème”.

024

Ces deux policières observent les panneaux d'une exposition sur les conséquences du changement climatique

Les conclusions des 17 tables de travail, « qui viennent d’en bas et demandent à être entendues en haut » sont, entre autres : la nécessité de la création des droits de la Terre Mère; la création d’un tribunal international de justice climatique, qui possède le pouvoir de punir les individus, les entreprises et les Etats qui détruisent la nature; une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, principalement de la part des pays industrialisés, qui doivent « décoloniser et rendre l’atmosphère à l’ensemble des êtres humains »; la limitation à un maximum de 1 degré le réchauffement climatique, et non pas à deux degrés comme le propose “l’accord antidémocratique et insuffisant de Copenhague”; le payement de la dette climatique par les pays industrialisés aux pays appauvris, sans conditions, et à hauteur de 6% de leur PNB; la tenue d’un référendum mondial sur le climat à réaliser dans tous les pays du monde dans une année, le 22 avril, jour de la planète Terre, qui demanderait entre autres à tous les citoyens du monde s’ils sont d’accord de changer le système capitaliste, de transférer les dépenses militaires en dépenses pour la défense de la planète et de créer un tribunal climatique.

Le président Morales s’est engagé à apporter en personne ces conclusions au Secrétaire des Nations Unies, afin qu’elles soient prises en compte lors de la prochaine conférence des Nations Unies sur le changement climatique, qui se réalisera au moins de décembre à Cancun, au Mexique.

002

Offrande à la Pachamama



La table parallèle qui déplaît à Evo Morales

22 04 2010

148

La fameuse table No18 se tient dans un restaurant populaire, à deux pas de l'entrée de la conférence officielle

Contrairement à ce que pourrait penser certains, tout n’est pas parfait dans la Bolivie du premier président indigène. Si les discours mettent en avant le respect de la Terre Mère – la Pachamama - et des peuples indigènes, la réalité n’est pas aussi idyllique. Ainsi, les 17 tables de réflexions officielles de la Conférence ont une petite sœur “illégitime”. Refusée par les plus hautes autorités boliviennes, elle se tient en dehors du site officiel de la Conférence. Située dans un restaurant populaire, sur l’avenue qui mène au campus, à une centaine de mètres de l’entrée de la Conférence et signalée par de grands panneaux colorés, il est néanmoins difficile de la manquer, et les débats s’y déroulent en toute liberté.

Ici, la belle image d’une Bolivie écologiquement et socialement vertueuse est quelque peu ébréchée. Organisée par des mouvements écologistes et indigènes boliviens, s’y débattent des thèmes qui demeurent “tabous” pour le gouvernement. Mégaprojet d’infrastructures de transport qui couperaient en deux des communautés indigènes amazoniennes situées dans des zones écologiques aussi riches que délicates. Exploitation de minerai par une entreprise japonaise sur l’altiplano qui épuise les eaux fossiles - et donc non renouvelables - des communautés indiennes des alentours avec la bénédiction du gouvernement. Exploration et exploitation pétrolière dans des zones indigènes sensibles des plaines de l’est sans le respect des autochtones et les formes de consultation demandées par le nouvelle constitution (elle-même impulsée par le gouvernement Morales). La liste des problèmes “cachés” par le gouvernement semble longue comme une journée de travail sans feuilles de coca.

Cependant, les discours des participants demeurent modérés envers le gouvernement. “Le président Evo ne fait que le 50% de ce qu’il faudrait faire. Mais il est vrai que les précédents n’ont absolument rien fait du tout pour nous”, signale ainsi un chef indigène aymara des environs du lac Titicaca, dont la communauté voit sa rivière disparaître peu à peu. “Au moins, ce gouvernement nous écoute, mais c’est pour nous dire qu’il ne peut rien faire pour le moment” signale-t-il. Pour Alberto Acosta, ancien président de l’Assemblée Constituante Equatorienne, “ces thématiques sont réelles, mais ne sont pas absentes des tables “officielles”. Et il ajoute qu’ « il ne faudrait pas oublier que ces rencontres ont été rendues possibles par le président Morales”.

Il est certain que les changements prennent du temps. Comme l’a signalé le ministre bolivien de l’intérieur, “cela ne fait que quatre ans que les mouvements sociaux sont au pouvoir en Bolivie.” Et les changements sont réels. Il est vrai également qu’une grande partie des boliviennes et des boliviens vivent dans des conditions difficiles, et que le gouvernement a besoin d’importantes ressources financières pour financer la nécessaire augmentation du niveau de vie matériel de la population. Cependant, il sera difficile de continuer le “processus de changement”, comme l’on dit ici, si le gouvernement n’accepte pas d’écouter ceux qui, finalement, sont plus des alliés que des ennemis.