Premier Noël à Tarija

28 12 2007

 

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Noël est déjà passé ? Mais on ne l’a quasi pas vu venir ! On était tellement habitué en Suisse à s’y préparer au moins deux mois à l’avance, autant par le temps froid et par la débauche consumériste qui précède. Ici, cela se passe beaucoup plus discrètement. Deux semaines avant, en se promenant dans les rues du centre, on ne remarquait encore quasi rien. Seuls peut-être les deux supermarchés de la ville arboraient une décoration de circonstance. Et il faut dire aussi que le beau temps ne se prête guère à la préparation mentale de Noël. Comment les enfants pourraient-ils penser aux rennes et au traineau du Père Noël, quand ils passent la moitié de la journée tout nus ?
Ridiculisant les plus retardataires de chez nous, il semble que la majorité des Tarijeños fassent leurs achats le jour même du 24 décembre! Nous ne l’avons d’ailleurs pas remarqué, puisque ce jour là nous sommes restés chez nous à préparer le mandarinier de Noël. Par contre, la coutume des cadeaux est aussi bien présente ici. Et, plus encore que chez nous, on peut dire : « Merci la Chine » ! Je ne sais pas s’il est possible d’imaginer un cadeau pour les enfants qui ne proviennent pas de l’Empire du Milieu. Et avec quelle qualité ! La plupart de ces objets ne vont sûrement pas durer jusqu’à l’année prochaine !

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De notre côté, Susanne avait passé bien quelques soirées à préparer des décorations et une crèche. « Mais non, Madame, ce sont des musiciens, pas Joseph et Marie ! » s’est-elle entendu répondre lorsqu’elle cherchait les personnages noëliens. Un peu de colle, quelques bouts de feutre, et voilà des bergers, un ange, une Marie et un Joseph plus vrais que nature ! La crèche était donc très belle et l’histoire de Noël fort joliment racontée aux enfants. Nous avions invité Thérèse et sa famille, qui sont venu en fin d’après-midi. Ce fût donc un Noël multiculturel et exotique que le nôtre. Nous avons commencé par un apéro japonais – reçu le jour précédent de Chika, l’amie de Samuel – arrosé de vin et de bière locale. Puis nous avons fait la pizza. A l’heure d’allumer le « sapin - mandarinier», petite déception puisque la pluie fait son apparition. Du coup, on se replie à l’intérieur pour le dessert et les contes de Noël. Un peu plus tard, nous avons quand même pu allumer le mandarinier, et raconter quelques histoires en dessous. Un Noël simple et sympa, quoique le manque de nos familles se soit fait nettement sentir…

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L’oligarchie et les médias boliviens tuent le « Che » une deuxième fois

20 12 2007

Nous sommes arrivés en Bolivie le 8 octobre 2007, 40 ans jour pour jour après la mort d’Ernesto « Che » Guevara, le célèbre guérillero argentino-cubain. Il a été tué par l’armée bolivienne non loin de Santa Cruz, où nous avons atterri. Avec un petit groupe de guérilleros latino-américains, il voulait créer un nouveau foyer de guérilla, afin de luter contre la misère du peuple et le capitaliste occidental. Mais il n’a pas réussi à rallier les habitants de la région, contrairement à ce qui s’était passé à Cuba 10 ans plus tôt. Cerné par l’armée bolivienne fortement soutenue par les Etats-Unis, le « Che » fut capturé le 7 octobre et exécuté le lendemain, sur ordre direct de l’ambassade étasunienne à La Paz.

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L’importance du « Che » et son statut d’icône sont très forts en Amérique du Sud. On rencontre souvent son portrait, peint sur les murs des villes, où chez des particuliers. On conserve parfois précieusement un billet de banque cubain du temps où Guevara était ministre des finances et qui porte sa signature. De plus, les Boliviens, tels des juifs du XXe siècle, portent le stigmate d’être « ceux qui L’ont assassiné ». Un véritable sentier du culte s’est en effet peu à peu constitué dans la région de Vallegrande – La Higuera, à une centaine de kilomètres au sud-est de Santa Cruz, région où Il a combattu pour la dernière fois, où Il a été capturé, emprisonné, tué et enterré. On peut encore rencontrer les dernières personnes à L’avoir vu: ainsi celui qui Lui a donné un dernier renseignement, celle qui Lui a donné à boire en prison, celle qui a lavé Son corps sans vie…

De plus, le président Evo Morales et quelques hauts politiciens du parti au pouvoir (gauche indigène, proches de Cuba et de Chavez), ainsi que plusieurs grands personnages de la gauche latino-américaine étaient présents lors d’un acte commémoratif sur le lieu de son exécution. Il était donc intéressant de lire ce que la presse bolivienne disait de cet anniversaire si particulier.
L’événement occupe une bonne place dans la presse, puisqu’il figure à la « une » de chacun des trois quotidiens de diffusion nationale trouvés à l’aéroport. Cependant, le principal angle de vue choisi est étonnant. En effet, l’accent est mis sur deux autres actes commémoratifs qui ont eu lieu en même temps dans la région et qui rendaient tout deux hommage aux soldats boliviens morts lors des affrontements avec la guérilla. Si aucun journal ne passe complètement sous silence la commémoration menée par le président, il est accordé plus de place aux militaires et aux autorités politiques qui critiquent Evo Morales et rendent hommages aux « héros morts pour défendre la patrie ». Ainsi, le président de la Fédération des Vétérans de Ñancahuazú (nom de la région où a eu lieu la guérilla) se plaint que « le Capitaine Général des Forces Armées (= le président Evo Morales ) doit fêter les vainqueurs, et non les perdants »… La guérilla du Che est considérée par un politicien de droite comme « une horde d’étrangers subversifs venus avec la consigne d’introduire des idéologies étrangères et contraires à l’idiosyncrasie de notre peuple. » Dans la tribune libre qui lui est accordée, un général à la retraite écrit: « Avec orgueil et satisfaction et avec un engagement total pour la patrie nous nous sommes imposés avec courage et valeur [...] Notre discipline et notre volonté de vaincre nous ont élevé jusqu’à l’exaltation du devoir. Privilège de gloire que seul connaît le soldat sur le champ de bataille »! Un journaliste propose également avec ironie que le gouvernement « élève une statue au général chilien qui a privé la Bolivie de son accès à la mer », vieille plaie bolivienne restée très vivace.
Si l’on peut comprendre l’incompréhension et la colère des vétérans et des familles des soldats morts lors de ces événements devant l’hommage rendu par le président aux guérilleros, le parti pris des journalistes et des politiciens traditionnels est patent. Un général à la retraite prétend que « quand cela c’est passé, il y avait en Bolivie liberté complète », alors que gouvernait un général « élu » après avoir interdit de participation les deux candidats qui avaient les faveurs du peuple et que l’année 1967 a été l’année du tristement célèbre Massacre de la San Juan, lorsque la troupe fit irruption dans les mines de l’Altiplano – alors foyer de l’organisation et de la résistance sociale - et massacra une centaine de personnes. Un autre haut gradé écrit que le gouvernement actuel « manipule la bonne foi citoyenne, trompée et déçue par la classe politique corrompue qui a gouverné le pays ses 20 dernières années et qui ainsi gagne largement les élections* et mène avec toupet et cynisme une nouvelle constitution, un système de gouvernement qui définitivement ne s’ajuste pas à la réalité bolivienne ni d’aujourd’hui, ni d’hier, ni de jamais », alors que c’est bien la constitution actuelle – largement inspirée des constitutions étasunienne et européennes - qui ne tient que très peu compte de la réalité indigène du pays. Et que l’assemblée constituante actuelle, exigée depuis de nombreuses années par une majorité de boliviens, et élue démocratiquement, s’efforce justement de prendre en compte les réalités multiples du pays.
Ces différents points de vue, étonnants à première vue, se comprennent néanmoins bien étant donné la situation politique actuelle du pays. En effet, la riche et puissante minorité d’origine européenne qui a dominé la vie sociale, économique et politique de la Bolivie depuis l’indépendance doit pour la première fois faire face à une situation inédite: la prise du pouvoir par les représentants de la majorité indigène, et qui plus est par des moyens démocratiques. Par contre, l’économie et les médias restent aux mains de ceux que les mouvements populaires nomment l’oligarchie blanche.

* C’est moi qui souligne cette touche d’humour démocratico-militaire …



la tension baisse d’un cran en Bolivie

17 12 2007

Samedi passé 15 décembre était un jour particulier et qui s’annonçait tendu en Bolivie. A La Paz, l’Assemblée Constituante a remis au président Morales la Nouvelle Constitution, au cours d’une grande fête qui rassemblait paysans, indigènes, mineurs, cultivateurs de coca et simples citoyens.

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En même temps, quatre départements sur les neuf que compte le pays, déclaraient leur autonomie, dans une ambiance également festive. Contrairement à ce qui était à craindre, ces différentes manifestations se sont déroulées sans violence. Dimanche, le Président Morales a ainsi pu déclarer : « Je salue ces manifestations pacifiques et démocratiques dans le pays, autant pour les statuts autonomiques que pour la remise de la nouvelle Constitution. » Il a également renouvelé son appel au dialogue et a précisé que la base des autonomies devait être la nouvelle Constitution (que l’opposition considère illégale), qui sera soumise au peuple en référendum l’année prochaine.
A Tarija, une grande fête s’est déroulée sur la place centrale. Une dizaine de milliers de personnes étaient présentes, et la place était couverte de rouge et de blanc, couleurs de Tarija.

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Les discours des autorités, s’ils n’étaient pas tendres avec le gouvernement, n’étaient pas aussi radicaux que l’on aurait pu se l’imaginer, surtout en ce qui concerne l’avancée de l’autonomie. Vendredi, le préfet (la principale autorité départementale) donnait une interview à la télévision locale, et il a précisé, devant des journalismes qui s’enthousiasmaient pour l’autonomie, qu’il ne s’agissait que d’un premier pas. A Santa Cruz également, les discours autonomistes étaient moins triomphants que prévus.
Il semble que les autorités « autonomistes » aient quelque peu freiné leurs ardeurs, voire qu’elles sont en soucis par rapport au processus qu’elles ont mis en marche. On peut y voir plusieurs explications. L’une d’entre elles est le manque de soutien international que rencontre l’opposition. Il y a deux semaines, les médias (dans leur immense majorité opposés au gouvernement) ne parlaient que du voyage que quatre préfets ont effectué aux Etats-Unis afin de se plaindre devant l’Organisation des Etats Américains et les Nations Unies pour « les atteintes à la démocratie commises par gouvernement ». Or, depuis une semaine, ce thème a totalement disparu des médias grand public. Il faut chercher dans la presse alternative, internationale ou sur les sites de ces organisations pour s’apercevoir qu’elles ont déclarés leur plein soutien à la politique de changements impulsée par le gouvernement. Un rapport des Nations Unies confirme même les graves situations de racisme que vivent les indigènes dans le pays, de la part des élites blanches. De plus, le Président Morales recevait ce dimanche à La Paz le président du Brésil Ignacio « Lula » Da Silva et la présidente du Chili, Michelle Bachelet. Le soutien des nations limitrophes au gouvernement d’Evo Morales semble ainsi très net.
Une deuxième raison semble être la relative faiblesse de leur soutien interne. Ainsi à Tarija, si une estimation correcte de l’affluence à la grande réunion de samedi, qui avait été annoncée par des grands moyens publicitaires, donne une participation d’environ 10000 personnes, il faut savoir qu’on estime à environ 7000 le nombre de personnes qui étaient obligées d’être présentes, sous peine de perdre leur travail, de subir des violences ou d’être ostracisé. On peut donc penser que de 3000 à 5000 personnes se sont librement rendues à cette réunion, ce qui représente environ 1% de la population du département. On notera également qu’à Santa Cruz au moins une réunion très importante a eu lieu pour fêter la Constituante et désapprouver l’autonomie et qu’à Tarija comme à Santa Cruz, les paysans – en grande partie opposé à leurs autorités et soutenant le gouvernement – avaient menacé de bloquer l’accès aux villes et de leur couper le ravitaillement.
On comprend ainsi peut-être mieux que les autorité locales aient mis de l’eau dans leur vin, et ne se lancent plus tête baissée dans un processus qui, si bien il possède une certaine légitimité, est actuellement parfaitement illégal. Le paradoxe est que le processus autonomique deviendra légal lors de l’entrée en vigueur – l’année prochaine si tout va bien – de la nouvelle Constitution, qui reconnaît les autonomies indigènes, départementales et municipales, mais qui est rejetée par ces mêmes autorités autonomistes.



Ca risque de chauffer en Bolive dans les prochains jours!

13 12 2007

A partir de ce samedi 14 décembre, quatre départements (l’équivalent des cantons Suisse) de l’est du pays, dont celui de Tarija, proclameront leur autonomie de façon unilatérale et commenceront à l’appliquer de suite. Ce faisant, ils se mettront dans l’illégalité par rapport au droit national. Les autorités de ces départements considèrent la Nouvelle Constitution - approuvée en début de semaine par l’Assemblée Constituante en l’absence de l’opposition - comme illégale. Ils considèrent également être dans leur droit, puisqu’ils ont accepté par référendum l’autonomie, il y a 18 mois. Ils se déclarent donc prêts à passer outre les lois nationales actuellement en vigueur.
Ainsi à Tarija, le Comité Civique (organisation non-élue se considérant comme représentante des intérêts de Tarija) et la Préfecture (gouvernement départemental) ont annoncé que « Tarija se déclarera « autonome de plein droit » le 15 décembre et qu’après cet acte des autorités seraient désignées pour le Service des Impôts, pour l’Institut de Réforme Agraire ainsi que de nouvelles autorités policières. » Or, selon la constitution actuellement en vigueur, la prérogative de nommer ces autorités est légalement de la compétence du gouvernement central.
On peut se demander quelle sera la réaction du gouvernement et de la police devant des actions qui seront illégales à leurs yeux. Un porte-parole du gouvernement a été clair, signalant que, si les tentatives de conciliation lancées par le gouvernement ne devaient pas aboutir et si les autorités départementales enfreignaient la loi, l’Etat fera respecter la constitution, par la force si nécessaire.
D’autre part, il existe dans chacun des quatre départements « autonomes » des groupes, relativement importants, qui sont en profond désaccord avec leurs autorités et les Comités Civiques. Ces groupements (syndicats, paysans, mouvements sociaux urbains, etc.) ne sont pas forcément opposés à l’autonomie, mais ils soutiennent le gouvernement central et la nouvelle constitution. Des associations paysannes ont ainsi déjà annoncé qu’elles bloqueraient à partir de la nuit de samedi à dimanche l’accès à Santa Cruz, capitale économique de la Bolivie et fer-de-lance des autonomies et de la résistance au gouvernement. A Tarija également, de nombreuses personnes et organisations sociales, principalement dans les campagnes mais également dans les quartiers périphériques de la ville, ne sont pas d’accord avec le Comité Civique et la Préfecture. En général, on peut dire que les autorités départementales désirant l’autonomie maîtrisent les centres-villes, alors que les campagnes leurs sont en tout cas en partie hostiles.
Des actes de violence ne sont donc pas du tout à exclure dans leurs jours qui viennent, car les actes sont forts, les positions tranchées et difficilement conciliables.



Week-end à Entre Rios

5 12 2007

Nous sommes allés passer le week-end dernier à Entre Rios. C’est dans ce gros village d’environ 5000 habitants que j’ai effectué mon service civil en 2001. Je travaillais avec une petite ONG locale d’appui aux indiens Guarani, soutenue entre autre par une ONG tessinoise. J’y ai conservé plusieurs amis et en particulier Noé, ingénieur agronome extrêmement sympathique, notre meilleur ami bolivien. Il était déjà venu passer une nuit chez nous il y a deux semaines, mais nous étions impatients de passer un week-end avec lui et sa famille.

Bien que la distance soit plutôt courte – Entre Rios se situe à 100 kilomètres à l’est de Tarija - le voyage est long. Nous avons mis cinq heures de porte-à-porte le vendredi avec Noé et Lina, et Susanne et Luca six le samedi ! Il faut dire que la route est une piste de terre et que si des travaux d’amélioration sont en cours, entre temps la situation est plutôt pire, surtout avec le début de la saison des pluies. Certains passages sont assez impressionnants, et les croisements sont parfois périlleux.

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Là-bas, nous avons été magnifiquement accueillis par Noé, sa femme Nelly et leurs quatre garçons. Malgré la petitesse de leur appartement (ils ont deux pièces en tout en pour tout, pour les parents, les quatre enfants et la nounou), il n’a pas été question que nous allions à l’hôtel. Un matelas par terre, et nous avons gaiement « squatté » le salon !

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Le samedi à 10h00, grande « parillada » (grillade) arrosée de bière ! L’après-midi, nous sommes allés nous baigner à la rivière. L’eau était bonne, et les enfants de Noé nous ont été fort reconnaissants d’avoir lancer l’idée. « On ne va se baigner qu’avec vous » nous ont-ils dit ! Auntant dire qu’ils n’y vont effectivement pas très souvent… Le soir, les enfants ont voulu que nous leur fassions la pizza. Du coup, on a emprunté le four à gaz des voisins, essayé de réunir les ingrédients nécessaires (la mozzarella a finalement été remplacée par le fromage local), invité mes anciens collègues, les voisins, et la soirée a été super sympa … et bien arrosée!

Le dimanche, Joaquin, le petit dernier de Noé fêtait ses deux ans. Cela a donné lieu à une chouette fête pleine de gamins dans le patio commun. Noé et Lina ont été enchantés par la gentillesse des trois grands enfants de Noé, qui se sont occupé d’eux à merveille. Quant à Luca et à ses yeux bleus, on se battait pour le porter !

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