L’hivers est arrivé

30 04 2008

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Lundi, 16hoo 

 

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mardi, 20h00

Hier lundi, beau et chaud. Les gamins ont joué en petite tenue dans le patio. Aujourd’hui mardi, on se calfeutre à l’intérieur. Susanne et Lina ont tenté une sortie pour aller acheter des couvertures ainsi que des pulls et des chaussettes en laine! C’est l’arrivée de l’hivers, qui se marque ici par les fameux “surazos”, ces masses d’air froides et humides en provenance de Patagonie. La température a chuté de 15 degrés en 24 heures, et en plus il y du vent en une fine bruine, fort désagréable. Heureusement, ce ne sont que des passages de froid, qui peuvent durer une semaine environ. Entre deux front froids, si on se rappelle bien - et on l’espère! - les température sont plus clémentes, bien que les nuits restent fraiches, proximité de l’altiplano oblige. Néanmoins, ce soir il fait 5°, et on annonce 0° pour la nuit prochaine… Gla-gla coin-coin. Pour le moment, on a pas de chauffage mais la maison se révèle confortable. Malgré le simple vitrage et les nombreuses fentes aux portes et fenêtre, la température intérieur est tout-à-fait agréable. A voir si elle le restera sur plusieurs jours…

 



Non, Mr le rédacteur, la Bolivie n’est pas “rouge”!

23 04 2008

  Mon vigilant papa m’ayant signalé un article sur les élections aux Paraguay, illustré d’une intéressante carte sur la gauche en Amérique latine, je suis allé visiter le site de 24heures (pour ne pas le nommer) et je l’ai trouvée. Elle m’a inspiré un « courrier des lecteurs », que j’ai du réduire de moitié pour « rentrer dans le moule ». Ce fut un exercice difficile, mais intéressant, pour ne pas dire salutaire… Ah ! aller à l’essentiel, arrêter de broder… Mais aussi perdre du relief, croire que l’on peut tout dire et faire comprendre en 10 lignes, comme si le contexte était transparent… Enfin, je suis parvenu à 1699 caractères ! Néanmoins, je vous mets en ligne la version « non-censurée », à vous, estimé(e)s et critiques lectrices et lecteurs !

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 Monsieur le rédacteur

Je vous écris depuis la Bolivie où je vis depuis six mois. Etant géographe et donc particulièrement sensible à la force – et à la subjectivité ! – des cartes, j’ai été frappé par celle qui illustrait, dans votre édition du 22 avril, l’article sur les élections au Paraguay, remportées par la gauche. On y voit une Colomb(i)e blanche, isolée au milieu d’un océan rose-rouge. Si elle avait été peinte en bleue, cela n’aurait pas été sans évoquer, en négatif, la situation de la Suisse perdue au milieu de L’UE …
Si le virage à gauche de l’Amérique latine est effectivement impressionnant depuis une dizaine d’années, la distinction entre « états roses » et « états rouges » me semble quelque peu tendancieuse. Lorsque l’on utilise la couleur rouge et la légende « les radicaux », l’association avec le communisme semble indubitable. Et ce d’autant plus que c’est bien le cas pour Cuba. Ainsi, classer la Bolivie dans le groupe de la gauche radicale me semble peu objectif. Serait-ce à cause de la « nationalisation » des hydrocarbures décrétée par le président Morales il y a une année ? Mais la situation réelle a en fait peu changé, sinon que les royalties perçue par l’état ont été triplées, pour atteindre un niveau plus conforme avec les standards internationaux. D’ailleurs, les entreprises pétrolières internationales opérant dans le pays ne s’y sont pas vraiment opposées, ce qui semble montrer que la situation actuelle leur convienne et que la précédente leur était très (trop ?) favorable. Serait-ce en raison de la nouvelle Constitution ? Mais elle reconnaît et respecte la propriété privée et inscrit l’économie bolivienne dans une continuité capitaliste, avec une dimension sociale accrue. Serait-ce pour la reconnaissance qui est – enfin - accordée aux peuples indigènes ? Mais ils représentent plus de la moitié de la population, et de plus cette reconnaissance ne change pas fondamentalement la forme de l’état ou de l’économie. En fait, de nombreuses voix – que l’on peut elles taxer de radicales - s’élèvent peu à peu à la gauche du gouvernement, pour critiquer ces mesures considérées comme trop timides.
En réalité, le gouvernement bolivien est certes de gauche, mais le taxer de gauche « radicale » et l’associer au communisme n’est pas exacte. Les liens d’amitiés entretenus par le Président Morales avec ces homologues vénézuélien et cubain me semblent insuffisants pour taxer la Bolivie de « communiste ». A moins de considérer de même les pays ayant un commerce florissant avec la Chine, ou les Etats-Unis de dictature théocratique en raison de leur longue amitié avec l’Arabie Saoudite.
Et le même raisonnement vaut pour l’Equateur, et même pour le Vénézuela. Dans ces deux pays en effet, il est beaucoup moins dangereux de s’opposer au gouvernement que par exemple en Colombie. Certes, ce sont des gouvernements de gauche, en lutte contre l’injustice, qui cherchent à faire respecter les droits de la majorité des citoyens, pauvres et exclus depuis cinq siècles. Et dans cette lutte, ces gouvernements de gauche ainsi que les mouvements sociaux qui les soutiennent, doivent affronter la résistance acharnée des privilégiés. Ces derniers, à défaut du pouvoir politique, disposent toujours du pouvoir économique et surtout du pouvoir médiatique, qui leur permet de faire passer pour des tyrannies de gauche des gouvernements élus largement et démocratiquement.

Mathieu Glayre, volontaire pour E-Changer à Tarija, Bolivie



Insultes, racisme et violence

19 04 2008

Ce Mardi, jour anniversaire de la « libération » de Tarija, ont été placardés en pleine place centrale de la ville, sur le bâtiment du Comité «Civique», des grands panneaux insultant le président. Le premier commence par ces mots : « Evo, fils de chienne (!!!!!), tu as gaspillé plus de 200′000 dollars rien qu’en télévision pour t’opposer au droit et à la démocratie… ».

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 La façade du Comité “Civique” donnant sur la place centrale, le 17 avril

Après les affiches placardées par deux fois il y a quelques semaines, qui comparaient le président et le vice-président à des nazis [voir l’article du 29 mars], et les nombreux graffitis insultants qui barbouillent le centre ville (Evo = Satan ; Garcia Linera [le vice-président] = PD), cela commence à faire beaucoup ! Il est particulièrement frappant que ces personnes accusent le président de dictature, alors qu’il semble quand même étonnant qu’un véritable dictateur permette des insultes d’une telle violence, en pleine place centrale d’une capitale départementale, sans réaction.

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 “Voilà ceux qui détruisent la nation”

A cela s’ajoutent les nombreux faits que nous avons pu observer directement depuis que nous sommes ici, comme les grèves imposées à coups de bâton ou de lacrymogène, l’incendie des bureaux du MAS, le manque d’objectivité absolu des médias locaux, j’en passe et des meilleures. [voir les articles des 17 avril, 20 décembre, 16 décembre et 30 novembre] Petit-à-petit, en discutant avec des gens des deux bords, une chose m’apparaît clairement. Jusqu’à maintenant, je n’ai encore jamais été témoin ni de violence physique ni verbale de la part de la gauche. Pourtant, j’ai passé du temps avec les jeunesses socialistes. On pourrait penser que les jeunes sont « par nature » plus vindicatifs et agressifs – et c’est le cas des jeunesses de droite -, mais jusqu’à maintenant, je n’ai rien entendu de tel. Au contraire, les jeunes socialistes, comme leurs aînés, sont étonnement sereins. Ils s’efforcent d’utiliser des moyens démocratiques pour avancer leurs idées, cherchant le débat et l’ouverture. Bien sûr, je ne suis pas témoin de tout, mais c’est quand même frappant. De l’autre côté, la plupart des discours que j’entends de la part des personnes qui soutiennent la droite sont, dans leur immense majorité, racistes et violents comme leurs actes [voir l’interview édifiant de racisme du 16 décembre].
La façon dont réagissent les personnes « blanches » me semble aussi souvent entachée d’une énorme mauvaise foi. Ainsi, se plaindre de la dictature du parti au pouvoir, alors que selon tous les organes internationaux, le gouvernement actuel, même s’il n’est pas parfait, est d’assez loin celui qui montre le plus grand respect pour la légalité et la non-violence depuis très longtemps. Lorsqu’ils ont voulu de plaindre au niveau international, ils ont choisi des instances qu’ils considéraient comme sensibles à leurs revendications, comme l’Organisation des Etats Américains (créée par les Etats-Unis), les Nations Unies ou l’Union Européenne. Maintenant que l’ensemble de ces institutions ont apportés leur soutien au gouvernement d’Evo Morales (certaines ont mêmes faits des déclarations montrant qu’elles étaient conscientes des violences commises par la droite), la droite bolivienne – el leurs médias – déclarent sans honte que ces institutions sont à la botte de Chavez !
Je pense qu’il est difficile de comprendre cette situation, si l’on oublie que la Bolivie – comme la plupart des pays d’Amérique du Sud – vit une situation d’injustice, de racisme et de violence structurelle depuis l’arrivée des Espagnols. Les élites blanches - espagnols d’abords, créoles (c’est-à-dire les espagnols nés aux colonies) ensuite, ce qui n’a d’ailleurs strictement rien changé pour les indigènes - ont toujours considéré l’indien comme un être inférieur, plus proche de l’animal que de l’être humain. Cela nous semble difficile à accepter, mais c’est bien le cas.
Pour l’illustrer, je me souviens de mon premier contact avec cette violence. C’était mes premiers jours en Bolivie, à Cochabamba, à l’automne 2000. Dans une rue du centre-ville, une petite fille d’environ 8 ans, indienne, habillée de façon traditionnelle, pauvre et sale, faisait la manche en tenant dans ses bras son petit frère. Un garçon d’une douzaine d’années, aussi sombre de peau qu’elle, mais habillé « Nike » de la casquette aux baskets et monté sur un vélo BMX, la suivait en lui donnant de très violents coups de pied dans le dos! La petite ne réagissait qu’en essayant de protéger son petit frère, et le gamin frappait de plus belle, un large sourire aux lèvres. Personne dans la rue ne réagissait ! Moi, j’étais sidéré, éberlué. Je n’ai réussi qu’à me placer entre eux, de façon à ce que le petit sadique ne puisse plus frapper, et à l’empêcher d’avancer pendant que la petite fuyait. Je ne sais plus trop ce qu’il m’a dit – je ne parlais encore que mal l’espagnol – mais je me rappelle surtout le ton avec lequel il me parlait et ses yeux, qui me demandaient comment je pouvais m’opposer à son jeu. Pour lui, cela était parfaitement normal, et c’était bien moi le fou ! Et le fait que personne ne réagissait semblait montrer qu’effectivement, c’était moi qui étais à côté de la plaque !
Récemment, une amie suissesse qui sort avec un Bolivien originaire de La Paz et sombre de peau, s’est vue abordée dans un restaurant - en présence de son copain - par deux hommes. Ils lui ont exprimé sans aucune gêne leur surprise qu’une belle fille comme elle (c’est-à-dire blanche) puisse être avec une homme si sombre !
Il me semble que ces faits montrent assez bien qu’en réalité, il est profondément ancré dans la mentalité locale que les indiens sont fondamentalement inférieurs. Les blancs ont toujours fait ce qu’ils ont voulu, exploitant de façon scandaleuse les indigènes et les ressources naturelles du pays, à tel point que cela est devenu véritablement naturel. D’ailleurs, le mot « indio » (indien) est une véritable insulte dans la plus grande partie de l’Amérique ! Alors, actuellement, ces personnes ne peuvent pas admettre - et je crois aussi que certaines n’arrivent sincèrement pas à comprendre – comment ces « animaux », les indiens, peuvent se considérer, ou être considérés, comme leurs égaux. En plus, être dirigé par un indien, avoir un indien à la tête du pays, ce n’est juste pas possible ! Dans ces conditions, il est assez difficile de croire que, en tout cas dans l’immédiat, la négociation politique entre le gouvernement et la droite puisse aboutir. Il n’est pas certain que la gauche soit véritablement prête à faire des concessions – après 5 siècle d’un tel traitement, l’esprit revanchard est compréhensible, même si non-défendable – mais il me semble de plus en plus clair que la droite en tout cas n’est absolument pas prête à faire le moindre pas dans la direction d’une plus grande justice et d’une plus grande équité sociales.



La course d’école

17 04 2008

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Vendredi passé, pour le jour de l’enfant, toute l’école Creciendo était en course. Nous sommes allés en minibus jusqu’à une piscine légèrement en dehors de la ville. Une piscine sympa et tranquille, qui pour une journée s’est très fortement animée. Je ne sais pas trop pourquoi, mais à notre arrivée, avec ce débarquement d’environ 200 gamins, je me suis surpris à penser aux invasions barbares… 

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Les gamins ont adoré, il faut dire qu’ils ont rarement l’occasion d’aller à la piscine. La piscine, ou plus précisément l’eau de la piscine, elle, par contre, n’a pas beaucoup apprécié ! D’un beau bleu méditerranéen au début, elle a gentiment viré au gris, puis au brun. Au moins, tous les élèves auront été bien propres un jour cette année.

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C’était un immense plaisir pour les enseignantes – et pour nous – de voir et de sentir la joie des enfants. Quel bonheur, à courir, à sauter, à jouer comme des fous ! En Suisse, il nous semble qu’on ne prendrait jamais la responsabilité d’emmener à la piscine 200 gamins avec une petite dizaine d’enseignants, sans maître-nageur. Heureusement, tout c’est très bien passé et cette journée ne fut que du bonheur !

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Les Sans-Toits face à la violence de la droite

17 04 2008

L’interview suivante a été menée dans les bureaux du Mouvement des Gens sans Toit de Tarija (MGSTT), avec deux responsables de cette association sans but lucratif, qui lutte pour obtenir des conditions de vie plus décentes pour les personnes pauvres qui n’ont pas accès à un logement à eux.

Bonjour Messieurs. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter et nous présenter votre organisation.
Nous somme une association sans but lucratif, cherchant à offrir un toit aux gens qui n’en disposent pas. Le problème de la maison est très important en Bolivie. La plupart des Boliviens n’ont pas maison à eux.

Pouvez-nous expliquer quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre travail, et également les résultats que vous avez obtenus ?
Pour faire ce travail, nous souffrons de diverses attaques de la part de l’élite locale, qui ne veut pas que le peuple s’organise pour exiger et faire respecter ses droits. Ils ne veulent pas que les gens apprennent, qu’ils décident pour eux-mêmes. Ici, comme dans une grande partie de l’Amérique du Sud, les droits humains sont piétinés par les élites.
Depuis l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales, c’est encore pire. Car le fait que nous ayons voté pour un indigène fait que nous sommes encore plus exclus. Les formes de discrimination et d’exclusion dont nous souffrons, nous les humbles, les gens des campagnes, les indigènes, sont innombrables. Cela se passe au niveau économique, juridique, racial, politique, etc. A tout les niveaux.
Malgré ces difficultés, nous avons des résultats positifs. Par exemple, nous avons réussi à obtenir des terrains et des maisons pour beaucoup de personnes. Ainsi, dans un quartier nous avons obtenu 500 maisons. Dans une autre zone, nous sommes en train de travailler pour obtenir également environ 500 petits terrains, pour faire des maisons. Et nous avons un troisième projet pour loger 700 familles.

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L’entrée de la principale zone d’installation des Sans-Toits

Pour nous, nous aimerions beaucoup que, grâce à votre aide, ces résultats soient connus, parce qu’ici à Tarija, comme à Santa Cruz et dans les autres départements où la droite domine, on ne parle pas du tout de ce thème dans les médias. Ils ne veulent pas parler de cela, parce que nous sommes dans l’opposition. Parce que nous défendons le changement, nous sommes contre le néo-libéralisme. Et ici, il faut être clair, les médias sont payés par le néo-libéralisme, donc ils refusent de parler de nous.
Dans cette partie du pays, c’est l’extrême-droite qui domine. Et l’extrême-droite ne laisse jamais d’espace pour les plus humbles. Donc nous n’avons aucun appui, pas de ressources autres que les propres cotisations des membres, qui sont pourtant pauvres. Parfois, nous recevons un petit appui du gouvernement.

Pourriez-vous nous donner des exemples concrets de vos difficultés?
En 2006, nous avons commencé à nous organiser dans une zone périphérique très érodée, non-construite. Beaucoup de personnes s’y sont installées, et c’était la première pierre posée contre le néo-libéralisme ici à Tarija. Un grand bloc, plus de 800 familles. C’est vite devenu comme une épine dans le pied de la droite. Alors ils se sont dits, que peut-on faire ? Un jour, au mois d’août, ils avaient organisé une grève civique de l’oligarchie contre le gouvernement. Et nous, comme on soutient indirectement le processus de changement, on n’était pas d’accord avec cette grève qui a été lancée le préfet, le maire et toute la droite locale. Le matin déjà, ils sont venus nous provoquer, avec leur véhicules, à nous dire qu’ils allaient nous frapper. Mais nous, nous ne voulions pas réagir. En fin d’après-midi, après qu’ils aient bien bu sur la place principale, durant leur grève, pour se donner du courage, ils se sont organisés en deux groupes, avec des véhicules, des gros pétards, de petites dynamites. Et ils sont venus nous provoquer, même certaines des autorités locales étaient présentes. Et nous avons eu un affrontement, parce qu’ils voulaient nous déloger, et nous nous sommes défendus. Après l’affrontement, qui a fait de nombreux blessés, nous nous sommes réunis, le soir, pour faire le bilan. C’est à ce moment que nous avons vu qu’une de nos tentes prenait feu. Les flammes étaient immenses, comme si quelqu’un avait mis de l’essence, parce nos tentes sont juste en plastique. Nous avons tous couru pour voir, en pleine nuit. Nous n’avons pas d’eau ni d’électricité bien sûr, et c’était la panique, parce qu’il y avait des vieux, des enfants. El malheureusement il y avait un enfant dans la tente. Il était encore vivant, mais il était très gravement brulé ; nous l’avons emmené à l’hôpital. La seule qui nous a aidés a été la Défense du Peuple, mais après quelques heures, l’enfant est mort. Ses brûlures étaient trop graves, il était carbonisé, il est mort.

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 Photos d’une photo des restes de la tente brûlée

Bien sûr, nous avons déposé plainte, contacté des avocats, mais en vain, rien ne s’est passé. Les autorités ont étouffé l’affaire, il n’y a pas eu d’enquête sérieuse. Cela est pourtant sorti dans les médias, mais rien, nous avons fait des marches, des manifestations, nous nous sommes battus avec les procureurs, mais finalement, le cas a été classé. Le pouvoir judicaire, comme le pouvoir exécutif, est aux mains de la droite. Que pouvions nous faire, nous n’avons pas d’argent, pas d’influence… Nous n’avons rien obtenu. Un de nos enfants est mort, et rien. Ici, cela va jusque là, la violence que la droite nous oppose dans notre lutte pour plus de justice et de dignité.
Cela a été un coup très dur pour nous, pour les parents, la famille, les dirigeants, nous étions détruits. Mais petit-à-petit, nous en avons fait une force. S’ils croyaient nous faire taire, nous faire rentrer chez nous, soumis, et bien c’est raté. Finalement, nous sortons plus forts, plus unis de ce drame. Nous continuons la lutte. Nous avons continué le travail d’organisation, chaque jour nous sommes plus forts, et aujourd’hui notre organisation compte plus de 10000 membres. Et nous pensons que nous allons faire notre chemin, qu’un jour ces chaînes et ces fouets avec lesquels la droite nous maltraite, nous les briserons.

Que pensez-vous des processus politiques actuellement en cours dans le pays ?
Comme organisation sociale, nous sommes d’accord avec les changements qui se font actuellement dans le pays et dans le département. Nous sommes même pour l’autonomie, nous pensons que l’autonomie peut nous apporter beaucoup, par exemple pour réduire les distances, lorsqu’on doit faire des papiers par exemple, pour rapprocher les autorités du peuple. Mais nous remarquons que les personnes qui, avant, étaient contre l’autonomie départementale, lorsqu’ils étaient au pouvoir au niveau national, maintenant qu’ils l’ont perdu, se replient sur les départements et s’approprient le thème de l’autonomie. Avant, ils étaient centralistes, et ils cherchent maintenant à créer un centralisme départemental, et avec ça nous ne sommes pas d’accord. D’abords, parce que nous n’avons jamais été consultés pour la rédaction des statuts autonomiques, il n’y a même pas eu de votation. Nous ne savons pas de quoi ils ont peur, parce que s’ils le faisaient de manière démocratique, avec la participation de tous, cela serait beaucoup plus crédible et mieux pour le département. Ce serait plus légal. Pour nous, le préfet ne peut pas être juge et partie. Il s’est arrogé un rôle dans le processus autonomique, pour lequel il n’a pas été élu. Nos organisations n’ont pas été du tout été prises en compte, elles ont été une fois de plus marginalisée dans ce processus et c’est pour cette raison que la majorité des organisations sociales rejettent l’autonomie telle qu’elle est présentée actuellement. Et récemment, différentes provinces la refusent également, entre autres à cause de ce même centralisme à niveau départemental. Parce que les provinces, les campagnes sont oubliées, alors que des millions arrivent actuellement à Tarija, grâce aux revenus du gaz. Maintenant, le département de Tarija reçoit autant d’argent que recevait le pays tout entier il y a quelques années, et cela entre autres grâce à la nationalisation et à d’autres changements initiés par le gouvernement d’Evo Morales. Mais cependant, ce sont eux qui bénéficient de ces ressources, ils disent qu’ils en font des choses pour les gens, mais en fait c’est surtout la corruption qui a encore augmenté. Entre autres nous soupçonnons qu’ils font des œuvres-fantômes, entre autres des ponts, et qu’ils gardent l’argent pour eux. Dans la presse, qui leur est vendue, on peut lire : « œuvres pour Tarija », mais en réalité, il n’y a rien.

Quels sont vos rapports avec les médias ?
Souvent, des journalistes nous ont interviewés, mais cela ne sort jamais. Pendant des heures, ils nous ont interviewés, nous leur expliquons notre travail, mais il semble plutôt qu’ils utilisent ces informations contre nous. Il y a un très grand contrôle des médias ici. Le modèle néolibéral a tellement de pouvoir, qu’il écrase les gens. Pour tout cela, nous ne sommes pas d’accord avec l’autonomie que l’on veut nous imposer. Mais nous sommes pour une autonomie participative, des provinces, des communautés, des régions, des quartiers. Nous voulons la participation de tous, y compris des gens d’en-bas.

Que pensez-vous de la nouvelle constitution, des critiques que l’on entend, tant depuis la gauche ou l’extême-gauche que depuis la droite ?
Pour nous, tous les radicalismes ne sont pas bons. Ni l’extrême-gauche ni l’extrême-droite ne pourront jamais imposer leurs théories. Nous sommes des gens de gauches, nous avons lu un peu sur le communisme, sur le marxisme ; mais dans ce monde, si nous appliquons un modèle totalement communiste, ils vont nous isoler, empêcher notre économie, et le gouvernement s’en rend compte. On ne peut pas imposer une constitution qui va contre l’ordre institutionnel mondial. Nous sommes insérés dans des rapports économiques avec les pays qui nous entourent, dans un monde dans lequel domine le capitalisme, le capital. Mais avec le capital, on peut faire des œuvres sociales, le capital peut servir à tous, pas seulement à quelques-uns. Nous pensons donc que cette constitution est un bon point de départ, c’est un processus. Si elle s’applique bien, c’est déjà une bonne chose, et on pourra l’améliorer. Les boliviens aiment la propriété privée. On ne peut pas l’abolir comme ça.

Que pensez-vous du gouvernement d’Evo Morales ?
Nous soutenons le gouvernement, même s’il n’est pas parfait. Il y a même beaucoup de gens, dans l’entourage du président, qui disent vouloir le changement, mais qui ne veulent pas vraiment de changement, qui conservent une logique de droite. Mais la perfection n’existe pas, il y aura toujours des « pommes pourries ». La constitution est une bonne base, mais ici la droite la descend en flamme. Ils mettent beaucoup d’argent dans les médias pour la calomnier, la critiquer. Jamais ils ne disent une chose positive. Et notre gouvernement fait des erreurs, ils manquent parfois d’expérience politique, comme des joueurs de foot un peu trop jeunes. Mais ils vont apprendre, et ils apprendront à éteindre ces feux qui brûlent ici, à Santa Cruz. Mais il faut qu’ils se dépêchent. Parce que la droite, comme ils ont tant de moyens, ils peuvent faire beaucoup de mal. Donc, nous appuyons le gouvernement et cette nouvelle constitution.



Le 15 avril, la grande fête de Tarija

16 04 2008

 

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 Déflié et récupération pro-autonomiste

Le 15 avril à Tarija, c’est un peu notre premier août ! Certes, ce n’est pas la fête nationale, mais celle du département. Elle commémore la date du 15 avril 1817, lorsqu’une petite armée indépendantiste, aux ordres du célèbre (ici du moins !) Eustaquio « Moto » Mendez, affronta victorieusement un détachement des forces royalistes, tout prêt de chez nous d’ailleurs. La Bolivie était en ébullition depuis une dizaine d’années, puisqu’elle fut le théâtre des premiers soulèvements qui devaient mener, sous l’égide du « Libertador » Simon Bolivar à la libération de l’Amérique du sud de la domination de la couronne espagnole. La Bolivie sera néanmoins parmi les derniers pays américains à obtenir son indépendance, en 1825.
Cette indépendance a été menée par les élites « créoles », c’est-à-dire les espagnols nés aux colonies. En effet, ces derniers n’avaient pas les droits des espagnols péninsulaires, qui occupaient tous les postes importants. Les créoles tenaient dans leurs mains une bonne partie de l’économie sud-américaine, mais n’avaient pas de droits politiques. Ils se trouvèrent donc opposés à l’autorité centralisatrice et peu efficace de la Couronne d’Espagne. Lorsque celle-ci fut mise en grande difficulté, entre autres par Napoléon, les soulèvements devinrent plus organisés. Car si les créoles étaient nés en Amérique, ils avaient étudié en Europe et étaient influencés par les Lumières et les révolutions française et américaine. Dans cette aventure indépendantiste, les indigènes, majoritaires dans de nombreux pays comme la Bolivie, l’Equateur ou le Pérou, durent se contenter du rôle de chair à canon. Leur situation après les indépendances n’avait rien de différent de la précédente. Ces dernières n’avaient pas été menées pour eux…

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 Les coulisses du défilé

A Tarija donc, l’on fête la bataille de la Tablada par force défilé au fort goût militaire. Les écoles, les syndicats, les associations professionnelles de toutes sortes – des bouchers aux chauffeurs de taxi – toute la ville défile au pas, en costume (certains casques font nettement penser à celui de l’armée allemande de 14-18) et au son des tambours, devant une tribune bien sérieuse, sur laquelle règne un étonnant triumvirat, composé de l’armée, de la classe politique et de l’église. A côté de l’estrade trône l’urne funéraire dans laquelle reposent les cendres sacrées du « Caudillo » Moto Mendez, farouchement gardées par les « Montoneros », sorte de garde papale particulière du défunt.

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 L’urne du libérateur est bien gardée

Cette année, la fête a été très fortement récupérée par les autorités locales pour en faire une journée de mobilisation anti-gouvernementale et pro-autonomiste. Le président Morales est arrivé lundi à Tarija, mais pour la première fois depuis le retour de la démocratie en 1982, le président ne se trouvait pas dans la tribune d’honneur. Les autorités lui ayant réservé une place et un accueil qui n’ont pas été jugés dignes de son rang, il a préféré aller apporter son hommage aux libérateurs dans les campagnes. Il faut dire à la décharge des autorités locales que c’est aussi la première fois depuis 25 ans que le président n’est pas « l’un des leurs »… Et le soir, des grandes banderoles insultantes à l’égard du « dictateur indien » ont été pendues sur la façade de bâtiment de la Préfecture, en pleine place centrale de la ville de Tarija, « la très loyale et la très fidèle », comme le prétend sa devise.

Nous avions décidé d’aller jeter un coup d’œil à cet important événement de la vie de notre terre d’adoption, mais je dois dire que nous avons rapidement décidé de jouer aux petites marionnettes : un p’tit tour et puis…



Des doctoresses cubaines à Tarija

6 04 2008

La présence cubaine à Tarija – et probablement dans le reste du pays – est discrète mais réelle. Elle est d’ordre médical et pédagogique. J’ai rencontré par deux fois des doctoresses travaillant à l’opération miracle [operacion milagro], qui consiste à offrir gratuitement leurs services – de grande qualité – aux plus humbles, principalement pour le traitement des problèmes de vue. Ces deux doctoresses animent chacune un modeste dispensaire, l’un dans le bureau du mouvement des sans-toits, l’autre chez les femmes paysannes Bartolina Sisa. Lors de notre ballade avec la délégation d’E-Changer dans un petit hameau de la vallée, l’une d’elles nous a accompagnés. Sur place, elle a tout de suite commencé ses consultations. Elle a pu guérir directement certains problèmes bénins, et a invité les autres à profiter dans quelques jours d’un bus qui viendrait les chercher pour leur offrir un traitement plus conséquent en ville, le tout toujours gratuitement.

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 Une doctoresse cubaine en consultation improvisée dans le hameau d’Ancon Grande

Ces médecins semblent très bien reçus par la population pauvre, qui n’a souvent pas les moyens d’aller chez le médecin. Il semble que l’attitude humble et tolérante de ces « médecins aux pieds nus » soit aussi pour beaucoup dans la confiance qu’on leur accorde. Dans le cadre d’un accord entre les gouvernements cubains et boliviens, ils seraient actuellement environ 2000 dans le pays.
En ce qui concerne la santé, on peut également noter que Cuba offre des bourses d’études à de nombreux boliviens (comme dans de nombreux pays d’Amérique du Sud), afin d’aller étudier la médecine à Cuba. L’île caribéenne offre également depuis de nombreuses années un traitement gratuit à des centaines d’enfants atteints par la catastrophe de Tchernobyl.
L’autre opération importante est celle que mènent des centaines d’éducateur cubains afin d’éradiquer l’analphabétisme. Ainsi, les autorités boliviennes et cubaines espèrent-elles déclarer avant la fin de l’année la Bolivie deuxième pays d’Amérique latine « libre d’analphabétisme ». Le premier étant Cuba, bien sûr. Le département d’Oruro, sur l’altiplano, a été récemment déclaré premier département libéré. Le but semble très ambitieux, et il est difficile de dire si les chiffres avancés sont corrects. Ce qui est certain, c’est que le travail effectué est important et semble de qualité. Il faut dire que les cubains en ont une longue expérience, entre autres depuis la campagne de grande envergure qui avait vu l’analphabétisme diminuer de façon drastique dans le Nicaragua sandiniste au cours des années 80. Les Nations Unies reconnaissent en tout cas et depuis de nombreuses années la qualité du travail cubain dans le domaine, comme dans celui de la santé. En ce qui concerne encore l’éducation, des professeurs cubains donnent également des cours spécialisés dans les universités. Ainsi Jorge, le mari de Thérèse, en a profité dans son domaine du droit pénal, et souligne l’excellente qualité de leur travail.
Bien sûr, cette présence ne va pas sans faire grincer quelques dents. La droite et les médias dénoncent régulièrement les accointances du gouvernement d’Evo Morales avec le « dictateur » cubain. Néanmoins, en maintenant bientôt trois ans de présence en Bolivie, je n’ai jamais entendu parler d’une quelconque propagande cubaine. S’il est probable que le gouvernement cubain y trouve son compte, on peut objectivement en dire de même pour l’aide bilatérale de chaque pays occidental. Ainsi par exemple, des chiffres - qui datant certes quelque peu - m’ont appris que l’aide suisse au développement revient pour environ 90% en Suisse sous forme d’achat de matériel et de services .
En tout cas, cette présence reste très discrète et, mis à part les discrets médias gouvernementaux, aucune publicité publique n’est faite à leur travail. Je n’ai d’ailleurs pas encore réussi à obtenir une interview. En effet, ils tiennent à leur discrétion, puisque les médias ne leur font aucun cadeau, et que plusieurs d’entre eux ont déjà été agressés dernièrement dans le pays.