Violences racistes à Sucre
31 05 2008Samedi passé, 24 mai, la ville de Sucre, capitale officielle de la Bolivie, siège du pouvoir judiciaire, Sucre « la blanche », Sucre « la culte », a fait honte au reste du pays. Ce jour-là, on allait fêter le 199e anniversaire du « premier cri de liberté en Amérique ». La ville était en effet au XVIIIe siècle la capitale de l’Audience de Charcas, subdivision de l’Amérique espagnole dont l’autorité s’étendait sur une région comprenant ce qui est actuellement le Paraguay, le sud-est du Pérou, le nord du Chili, le nord de l’Argentine et une grande partie de la Bolivie. Or donc, c’est le 24 mai 1809 à Sucre, qui s’appelait alors Charcas, que débute le processus d’indépendance des futurs Etats sud-américains.
Le président Morales devait être présent à cette commémoration, et il devait lancer plusieurs projets dans le département de Chuquisaca, dont Sucre est le chef-lieu, ainsi que remettre aux municipalités des ambulances. Mais les paysans indigènes, qui étaient venus en ville pour accueillir « leur » président ont vécu un tel calvaire, que ce dernier, indésirable pour l’élite locale, a dû renoncer à venir afin d’éviter un crescendo de violence. Un groupe d’indigènes a en effet été violemment attaqué par des jeunes locaux, entre autres des étudiants. Ils ont frappé les indiens et ont dirigés une vingtaine d’entre sur la place centrale de la ville en les insultant . Là, triste ironie, devant la Maison de la Liberté, ils les ont obligé à se mettre à genoux et torse nu. Puis, ils ont brûlés leurs habits traditionnels ainsi que leurs drapeaux, et les ont obligé à crier allégeance à la glorieuse ville : « A genoux, indiens de merde, criez « Vive la capitale! », « Excusez-vous, lamas ! ». A noter que ces faits se sont passés en présence d’autorités locales, qui n’ont en tout cas pas empêchés ces actes scandaleux.
Diverses images trouvées sur internet
Cet énième épisode de l’extrême violence raciste que les élites boliviennes exerce à l’encontre des indigènes est bien sûr à replacer dans le cadre de la lutte qui oppose la majorité de la population pauvre et d’origine indigène, dont est issu le président Morales, à l’élite aisée et blanche (ou plutôt qui se considère comme telle). L’automne dernier, les derniers mois de cession de l’Assemblée Constituante, qui siégeait à Sucre, avaient été mouvementés et émaillés de violences, qui avaient fait trois morts. Les autorités locales, opposées au gouvernement, avaient rendu ce dernier responsable de ce sang. Si certains dirigeants de Sucre se sont quand même excusés pour ces violences – car les réactions ont été vives dans le pays – ils ont quand même fait savoir que la responsabilité en incombait principalement au Président, « qui n’a pas compris que les blessures ne sont pas encore refermée. »
Ce que l’on peut espérer de ces tristes faits – malheureusement monnaie courante en Bolivie comme dans l’ensemble de l’Amérique du Sud où le racisme contre les indiens est endémique – est que cette chute du masque permette à franges modérées de la population de se rendre compte de la violence réelle de ces groupes qui se prétendent démocratiques, mais qui sont en réalité endoctriné par l’oligarchie qui les utilise comme de véritables brigades de choc fascistes.
Catégories : Tarija et la Bolivie


















Commentaires récents