Les autonomistes de Tarija ont fêté une victoire contestable

25 06 2008

Ce dimanche 22 juin, le département de Tarija a voté l’autonomie. Les résultats officiels de la cour électorale départementale – dont il faut rappeler qu’elle a organisé cette consultation malgré que le parlement et la cour électorale nationale l’ait déclarée illégale – donnent le « oui » gagnant à 79 %. Le taux d’abstention a été de 38%. En utilisant les chiffres de la cour départementale, on s’aperçoit – en faisant un petit calcul que ni la cour ni les médias locaux n’ont communiqué - que ce ne sont en réalité que 48% des citoyens du département de Tarija qui ont accepté l’autonomie telle qu’elle leur était proposée.
Dans plusieurs zones, en particulier dans la région du Chaco, dans l’est du département, à la frontière avec le Paraguay et l’Argentine, certains bureaux de vote sont restés fermés et de très nombreux citoyens se sont abstenus, malgré les menaces des autorités autonomistes. Ces dernières s’appuient principalement sur le fait qu’en Bolivie, le vote est obligatoire, pour effrayer les gens et éviter l’abstencion. Mais les opposants à cette votation considèrent que, la votation étant illégale, cette obligation tombe. Ce qui a été confirmé par la cour électorale nationale, qui a déclaré que les citoyens s’étant abstenus ne sauraient être amendés, ni exclus des votations suivantes. Néanmoins, les menaces de perdre son emploi sont demeurées fortes pour les nombreuses personnes travaillant à la préfecture, dans les municipalités ou pour des privés pro-autonomistes.
En ville de Tarija, la journée de votation s’est déroulée dans le calme. Un seul point un peu chaud a été signalé. Le Mouvement des Sans-Toits a bloqué la route de Potosi, qui longe le quartier dans lequel ils se sont installés. L’ambiance était calme mais décidée. Il y avait une centaine de personne de tout âge, depuis les d’enfants jusqu’aux vieillards. Ils avaient mis des pierres et des branches sur la route et un pneu brûlait sur le terre-plein central. Ils tenaient par cette manifestation à faire savoir leur rejet de « cette votation illégale », à dénoncer les élites locales, « leurs mensonges, leur racisme envers les pauvres, les indiens et les paysans, ainsi que l’oubli dans lequel les maintiennent les autorités ». « Regardez notre quartier : nous n’avons pas d’eau, pas d’électricité, pas de chemins, pas de gaz, pas d’égouts, rien. Pourtant, la préfecture et la municipalité reçoivent des millions du gouvernement central. Mais ils gardent tout pour eux », dénonçait l’un des responsables de l’organisation.

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Les Sans-Toit bloquent la route de Potosi
Dans la matinée, des jeunes autonomistes de Tarija, ainsi que leurs alliés de Santa Cruz, sont apparus à quelques centaines de mètres, avec des boucliers et quelques battes de baseball. Ils avaient l’air de chercher la bagarre, mais la présence de journalistes et l’absence de prétexte a fait qu’ils ont passablement tergiversé, jusqu’à ce que deux cordons de policiers se déploient entre les deux groupes. Pour ces jeunes, qui se déclaraient « pacifistes », ils s’agissaient de dénoncer « la violence de ces gens et la provocation que constitue cette atteinte à la liberté de circulation de la part de personnes qui ne sont même pas d’ici et qui sont financées par le gouvernement dictatorial d’Evo Morales. » Il était assez frappant d’entendre ces jeunes armés de bouclier métalliques et de battes considérer comme violent et « terroriste » un tranquille groupe constitué entre autres d’enfants, de femmes et de vieux.

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Jeunes autonomistes “pacifiques”
Le soir, alors qu’aucun résultat officiel n’était connu, les autonomistes ont fêté leur victoire sur la place centrale, en présence des préfets des trois autres régions ayant déjà voté l’autonomie. Le discours du préfet de Tarija a été impressionnant. Reprenant les thèmes placés au centre de l’agenda politique par le gouvernement d’Evo Morales, il a déclaré que « l’autonomie serait un bienfait pour les pauvres, les paysans et les indigènes ». Il a également rappelé son patriotisme, son attachement à la Bolivie et à la légalité, signalant que « l’autonomie ne signifie pas la division du pays, au contraire, elle signifie l’intégration des tous les boliviens. »
Ce lundi, les préfets autonomistes se sont réunis à Tarija, et ont décidé de ne pas se soumettre au référendum révocatoire convoqué pour le 10 août. En effet, selon les sondages, Evo Morales devrait être reconduit sans trop de mal dans ses fonctions, alors que de nombreux préfets de l’opposition de droite – entre autres celui de Tarija – perdraient probablement leur poste. Les réactions sont actuellement très vives face à cette réaction, par laquelle les préfets refusent de se soumettre au vote populaire, alors même que l’idée est venue d’eux. Le référendum révocatoire a été voté par le parlement, et en le refusant et en demandant de mettre en marche l’autonomie en dehors de la constitution actuelle, les préfets de l’opposition montrent clairement quel cas il font de la légalité, du peuple et de la démocratie.



Manipulation médiatique “live”

18 06 2008

Hier soir, en passant sur la place centrale, j’ai été témoin d’une magnifique manipulation médiatique. Une cinquantaine de personnes étaient massées dans un coin de la place, arborrant des drapeaux, des pancartes et des habits aux couleurs de Tarija et défendant le “oui” à l’autonomie, en vue de la votation de dimanche. Une équipe de télévision était présente, avec tout son matériel et un bus. Les cameramen disposaient les gens selon leur bon vouloir et filmaient uniquement en gros plan. En général, tout était calme, et de temps à autres les techniciens demandaient aux gens de chanter, sauter et crier. Ils interviewaient une personne, qui était alors immédiatement et sur demande entourée d’une “foule en délire”. Lorsque j’ai demandé à l’un des technicien quand sortiraient ces images, il m’a répondu très excité: “elles sortent maintenant, nous sommes en live!” Sur les moniteurs du bus, l’effet était saississant: les images donnaient l’impression d’une foule rassemblée spontanément et criant son désir d’autonomie. Le contraste était impressionnant avec la réalité, un petit groupe compact sur une place vide, qui ne s’anime que lorsqu’on le lui demande, pour les besoins du “live”…

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L’effet “foule en délire” pour l’autonomie
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Et la réalité, une place vide…

Cette propagande serait seulement ridicule, si les conséquences sociales, politiques et économiques n’étaient pas si difficiles et tendues. Des connaissances nous ont expliqué comment les autorités et leurs employeurs les obligent depuis plusieurs semaines à se transformer en “soldats de l’autonomie”, les obligeant à défiler, à aller dans les quartiers promouvoir à grands cris l’autonomie, sous peine de perdre son poste. Les autorités et les médias font également peur aux gens, en les menacants de ne pas pouvoir participer aux prochaines votations et de ne plus avoir accès aux services publiques et banquaires, s’ils ne peuvent montrer le document qu’on leur remttra lorsqu’ils auront voté. Il faut signaler encore que, cette votation ayant été déclarée illégale par l’Etat, les élites locales sont les seules à organiser et controler la votation, et seront seules à dépouiller les bulletins de votes. Aucun observateur neutre ne sera présent à aucune étape du precessus électoral. Voilà la “démocratie” que la droite bolivienne offre à ses concitoyens…



Les deux départements amazoniens ont voté l’autonomie

4 06 2008

Dimanche passé, les deux départements amazoniens de Béni et Pando ont voté pour l’autonomie. Les « statuts autonomiques », rédigés par les oligarchies locales sans consultation du peuple, ont été approuvés par huit votants sur dix dans les deux départements. Les taux de participation ont été particulièrement bas dans les deux régions. Un tiers des citoyens se sont abstenus dans la Pando, et une petite moitié au Béni. Dans un pays qui vote peu et dans lequel les référendums sont rares, le taux d’abstention est généralement faible. Il faut donc interpréter la forte abstention non pas comme un désintérêt, mais bien comme une façon de manifester un désaccord avec une votation que beaucoup jugent illégale, à l’instar du gouvernement, du Parlement et de la Cour Electorale Nationale.
En additionnant les abstentions et les refus, on obtient des résultats différents de ceux dont se gausse la droite locale. En effet, ce sont alors 46% de citoyens du Béni et 56% des citoyens du Pando qui rejettent l’autonomie, ou en tout cas dans la forme sous laquelle elle leur était proposée.
Comme un mois auparavant à Santa Cruz, les consultations ont été organisées en marge de la légalité nationale, sans observateurs neutres, tant nationaux qu’internationaux. Une violente campagne a été menée par les autorités locales, qui ont menacé les personnes qui n’iraient pas voté d’être exclus des votations suivantes, comme celle sur la révocation du Président et des autorités locales, qui aura lieu en aout. Mais également, les personnes qui travaillent pour les préfectures et les municipalités – employeurs importants dans ces régions pauvres et économiquement peu dynamiques – ont été menacées de perdre leurs emplois. Les « groupes de choc » des jeunesses locales et en provenance de Santa Cruz ont été très actives les jours de la votation et les jours précédents, pour forcer les gens à voter et pour menacer et violenter les opposants à cette autonomie forgées par et pour les élites locales.

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Violences lors d’affrontements entre pro et anti-autonomistes au Béni (photo trouvée sur internet)

Le 22 juin, ce sera le tour du département de Tarija de voter pour l’autonomie. Les préparatifs vont bon train depuis plusieurs semaines déjà, mais la campagne s’est intensifiée cette semaine. Dans le centre ville, des groupes bruyants distribuent des tracts et des autocollants, qu’ils collent sur les pare-brises et les vitrines. Il est difficile de refuser, puisqu’ici également les groupes de jeunes inféodés aux élites locales se montrent violents envers ceux qui font entendre une voix discordante. A travers les médias également, l’on cherche à créer l’union sacrée autour d’un “nationalisme local” opposé au gouvernemnt, qui cherche à cacher la lutte de classe et d’intérêt sous-jacent. Il fait peu de doute que le « oui » l’emportera, et les questions qui restent en suspens seront le taux de participation ainsi que les possibles violences qui accompagneront le scrutin. Les « Chapacos » ont et aiment à se donner une réputation de pacifisme et de tranquillité, ce qui n’empêche pas la violence à l’encontre des dissidents, dont presque personne ne parle, puisque les médias sont à la botte de la droite.