Nouvelle montée de tension en Bolivie
30 08 2008La situation est actuellement tendue en Bolivie, suite aux barrages routiers établis depuis quatre jours dans la région du Chaco (sud-est) par des groupes affiliés aux autorités séparatistes des départements occidentaux, et suite au décret suprême émis la nuit de jeudi soir par le président Morales.
Les barrages ont été mis en place afin d’exiger du gouvernement qu’il annule une diminution de 30% de l’Impôts Direct sur les Hydrocarbures (IDH) que perçoivent les régions et que le gouvernement a redirigé en février afin de financer une retraite universelle. Bien que cette diminution de leurs recettes soit réelle, elle est faible en valeur relative, puisque l’IDH n’est pas la seule ressource des régions. Pour la préfecture de Tarija par exemple, la baisse se situe en-dessous des 2% des recettes globales. De plus, le budget des départements a littéralement explosé depuis deux ans, grâce à la nationalisation des hydrocarbures menée par le président Morales. La récupération de ces 30% - dont les autonomistes font une question de vie ou de mort - est donc clairement un prétexte pour dresser la population contre le gouvernement.
La situation a dégénéré hier et aujourd’hui (vendredi) à Yacuiba et Villamontes (est du département de Tarija), lorsque des groupes de paysans, d’indigènes, de commerçants ou encore de mères de famille sont allés demander aux jeunes autonomistes que soient levés les barrages, qui leur portent de graves préjudices et qu’une large part de la population considère injustifiés.
La situation s’est également tendue du fait que hier soir (jeudi), le président a émis un décret convoquant pour le 7 décembre le référendum sur l’approbation de la Nouvelle Constitution Politique de l’Etat (NCPE), l’élection des préfets de Cochabamba et La Paz (qui ont été révoqués le 10 août), ainsi que celles des sous-préfets et des conseillers départementaux. Si l’élection des deux préfets est conforme aux attentes de tous, les élections des autorités locales et la votation pour l’approbation de la NCPE sont loin de faire l’unanimité.
La Nouvelle Constitution est en effet jugée illégale et illégitime par les autorités autonomistes. Le président avait annoncé qu’une nouvelle tentative de conciliation serait menée avant qu’il ne convoque à la votation par décret. La nouvelle est donc assez surprenante. Il semble que le gouvernement ait décidé de passer à l’offensive, en s’appuyant sur sa nouvelle légitimité issue des urnes (rappelons qu’il a obtenu un soutien de 67% des citoyens lors du référendum révocatoire du 10 aout passé), ainsi que sur les mouvements sociaux, qui ont récemment haussé le ton quant à leurs demandes de poursuivre rapidement les réformes entamées. Or, si la Nouvelle Constitution est presque assurée de passer au niveau national, il est probable qu’elle soit repoussée dans les départements de Santa Cruz et du Béni, et que la votation soit serrée à Tarija. De plus, il est probable que l’opposition autonomiste s’oppose par tous les moyens à la tenue de cette votation -qu’elle juge illégale - dans ses départements. Il est fort possible que cette mesure soit un moyen de faire pression sur la droite, afin de l’obliger à négocier la comptabilisation des statuts autonomiques et de la NCPE avant le 7 décembre. Cette décision semble néanmoins risquée, en ce qu’elle risque bien de durcir encore les positions, et de générer de nouvelles violences, sans que soit garanti son succès.
Quant à l’élection directe par les provinces de leurs autorités locales et de leurs représentants au niveau départemental (sous-préfets et conseillers départementaux), il s’agit d’un changement important qui court-circuiterait l’autorité des préfets, qui désignent jusqu’à maintenant ces autorités. Si elle va bien dans le sens d’une plus grande autonomie locale, elle constitue également une attaque contre l’autorité des préfets. Le paradoxe est que si les préfets autonomistes dénoncent le centralisme lorsqu’il émane de La Paz, ils ne se gênent pas pour faire de même, refusant de laisser “leurs” provinces élire leurs autorités locales.
Ce décret est donc ressenti comme une véritable déclaration de guerre par les autorités autonomistes, qui ont immédiatement réagi en traitant le président Morales de « dictateur » et l’accusant de « violer les droits fondamentaux à la liberté et à la sécurité », ainsi que vouloir imposer un « état communiste ». Elles n’ont pas encore fait part des réponses concrètes qu’elles donneront, mais la récente saisie par la douane bolivienne de plusieurs centaines de casques et de boucliers anti-émeute destinés à la future et illégale police de Santa Cruz semble montrer le traitement que les autorités autonomistes préparent à leurs (nombreux) citoyens qui s’opposent à leurs projets.
Catégories : Tarija et la Bolivie












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