La situation se normalise et le dialogue débute

18 09 2008

La tension est nettement descendue en ce début de semaine en Bolivie. Suite aux violences de la semaine passée et aux fortes pressions de la communauté internationale, le gouvernement et les autonomistes ont décidé de relancer le dialogue. Lundi, une session exceptionnelle de la UNASUR (Union des Nations Sud-Américaines) réunie à Santiago sous les auspices de la Présidente chilienne, avait mis une forte pression sur les préfets autonomistes. En effet, la déclaration finale donne son plein appui au gouvernement légitimement élu d’Evo Morales et condamne fermement les violences autonomistes. Les déclarations des présidents Brésilien et Argentin - principaux clients du gaz bolivien provenant des départements autonomistes - ont également été très clairs et ont déclaré qu’ils n’accepteraient en aucun cas de négocier avec les “gouverneurs” autoproclamés de ces départements, et que le gouvernement de Morales restait le seul interlocuteur valide. Deux délégations seront envoyées en Bolivie, l’une pour jouer le rôle de médiateur dans les négociations, l’autre pour enquêter sur le massacre de paysans de jeudi passé dans le département de Pando. Rappelons qu’au moins une trentaine de paysans sont morts lors d’une embuscade tendue par des paramilitaires à la solde des autorités autonomistes.

A partir de vendredi passé, une pré-négociation a eu lieu entre le préfet de Tarija et le gouvernement. Ce mardi, les deux parties ont chacune de leur côté annoncé qu’elles étaient arrivé à un accord sur le contenu et les modalités du dialogue. Comme le gouvernement l’avait annoncé, l’impunité du préfet du Pando, accusé d’être responsable du massacre, ne se discute pas et appartient à la justice. Par contre, les autorités autonomistes se sont engagées à restituer les bureaux gouvernementaux, les aéroports et les installations électriques violemment occupées lors des semaines précédentes. De son côté, le gouvernement s’est engagé à suspendre pour le moment sa convocation pour le référendum sur la Nouvelle Constitution. L’un des principaux travaux sera en effet celui de rendre compatible la Nouvelle Constitution et les Statuts autonomiques des quatre départements orientaux. Le président a confirmé que l’autonomie des départements qui la souhaitent serait respectée. La seconde base sera celle d’un pacte fiscal, qui devrait permettre de garantir autant les revenus des départements que la nouvelle retraite universelle. Il s’agira également de se mettre d’accord sur l’attribution des postes dans le pouvoir judiciaire, acéphale depuis plusieurs mois, ce qui a empêché de confirmer ou d’infirmer la légalité de plusieurs procédés importants au cours de ces derniers mois.

Une inconnue demeure encore. D’un côté, celle de savoir comment réagiront les groupes autonomistes radicaux. A Tarija, ils ont déjà rendu la plupart des bureaux illégalement occupés, mais ce n’est pas le cas à Santa Cruz et au Béni. Dans ce dernier département, les autonomistes ont encore commis des violences contre des élus et des paysans ces derniers jours, et les responsables du comité civique ont déclaré qu’ils ne rendraient les bureaux que dans le cas où le gouvernement montrerait une réelle volonté de dialogue. De l’autre côté, les paysans et mineurs continuent à bloquer la ville de Santa Cruz. De plus, une grande marche est en route pour la capitale orientale, dans le but d’obliger les autonomistes à rendre ces institutions. Ils exigent également la démission du préfet Ruben Costa.

Le dialogue entre le gouvernement et les préfets et les autorités autonomistes a débuté ce matin à Cochabamba. Les églises catholique et protestantes du pays jouent le rôle de médiateurs. Des représentants de l’ONU, de l’UNASUR, de L’ OEA et de l’UE devraient arriver dans ces prochaines heures pour appuyer les négociations. La grande majorité des boliviens demandent la paix et un grand accord national, et on peut vraiment espérer que cette fois le dialogue accouchera d’un résultat probant. Mais il faut néanmoins signaler que les positions sont très éloignées et les blessures profondes.

La plupart des blocus ont été levé dans l’ensemble du pays, et les activités sont redevenues normales dès le début de la semaine. A Tarija en tout cas, tout fonctionne relativement normalement. Le plus gros problème est toujours l’absence de bombonnes de gaz, d’essence et de diesel, ce qui préoccupe beaucoup les gens. En effet, si les blocus ont été levés en début de semaine, la chaine de production a besoin d’une petite semaine pour se remettre à fonctionner normalement.



Les partisans assiégés d’ «Evo» prêts à mourir pour leur président

17 09 2008

Un autre article de BERNARD PERRIN dans le Courrier de mardi

«Notre situation est difficile, vous savez. On va se battre, mais c’est pour la vie ou la mort». Hugo Cayo Rocha est le président du MAS (Mouvement au socialisme) dans le quartier pauvre de Plan 3000, en marge de la ville de Santa Cruz. Dans ce ghetto de 250 000 personnes, oublié des autorités départementales et composé de migrants venus de toute la Bolivie, principalement des hauts plateaux, Evo Morales jouit d’un soutien quasi sans faille. Et au marché, on ne parle que politique sociale et nouvelle redistribution des richesses, l’espérance d’un monde meilleur vissée aux tripes. Le changement, on le veut, on le vit et on y participe.
Mais pour la Union juvenil cruceñista, le bras armé du Comité civique, le Plan 3000, c’est un pustule immonde sur la belle peau blanche de Santa Cruz. Jeudi soir, quelque 800 membres du groupe extrémiste et paramilitaire sont donc passés à l’action et ont encerclé le quartier. Objectif: le saccager et littéralement raser son marché. Dans l’urgence, les habitants se sont organisés. Jusqu’à 3 h du matin, 2000 personnes environs ont résisté sur les barricades et ont finalement repoussé l’assaut à coups de bâtons et de pétards.
Miraculeusement, la nuit n’a pas viré au cauchemar, mais les partisans du premier président indien de Bolivie ont relevé une quarantaine de blessés, «dont six par balles», précise Jaime Choque, le président du Comité civique populaire.
«Depuis, nous sommes en état d’alerte maximum», poursuit Hugo Cayo Rocha. Le giratoire principal du quartier est devenu le lieu de vigilance et de permanence. Les jeunes aux visages masqués par un bandana s’y retrouvent, bâtons à la main, accompagnés par les anciens. La solidarité fonctionne à fond, et le feu crépite en permanence sous les immenses marmites des repas collectifs. Là, on mange sa soupe en attendant la prochaine attaque, jour après jour, nuit après nuit: «Nous nous sommes organisés. Nous savons que c’est un combat essentiel, c’est à quitte ou double: la victoire du séparatisme de l’extrême-droite ou celle d’un peuple uni qui forge son destin dans l’égalité et la justice sociale».
Les institutions gouvernementales de Santa Cruz en mains des autonomistes? Hugo Cayo Rocha ne s’en formalise pas, la solution est toute trouvée: «Pas besoin d’aller les récupérer au centre-ville! Evo Morales n’a qu’à les transférer au Plan 3000. Ici, le peuple se chargera de les défendre!» BPN



La Bolivie vers la sortie de crise

17 09 2008

Article paru dans le Courrier du Mardi 16 Septembre 2008, de notre ami Bernard Perrin à Santa Cruz.
Malgré la trêve, toute relative, et la reprise du dialogue entre le gouvernement d’Evo Morales et les préfets de la media luna (les départements «autonomistes» et riches en hydrocarbures de l’est du pays, opposés au gouvernement: Santa Cruz, Tarija, Beni et Pando), la Bolivie est-elle au bord de la guerre civile et de la partition? Après une semaine de violences, le massacre jeudi d’une trentaine de paysans sympathisants du président par des groupes para-militaires près de la ville de Cobija, et l’instauration de l’état de siège dans le département de Pando, la tension est en tout cas extrême.
Pourtant, analystes et politiciens se refusent au scénario du pire. «Les deux parties ont été inflexibles jusque-là, mais il y a enfin une opportunité de dialogue et on peut entrevoir une sortie de crise», estime ainsi le politologue Carlos Cordero.

«La violence actuelle, organisée par les autorités départementales, est une stratégie visant à obliger le gouvernement d’Evo Morales à trouver un accord politique, rien de plus. Les préfets le savent très bien, l’indépendance des départements n’est pas concevable: aucun pays d’Amérique du sud ne soutiendrait une telle aventure. Et économiquement, l’est du pays n’y survivrait pas», soutient pour sa part son homologue Jorge Komadina.
Au sein du gouvernement central, la violence de la media luna est perçue comme «une fuite en avant» désespérée, après la déroute électorale du 10 août dernier, qui a vu le processus de changement du président Evo Morales soutenu par plus de 67% du peuple bolivien. Et l’appui sans faille des pays du continent, Argentine, Brésil et Venezuela en tête, conforte le président bolivien face à une fronde autonomiste dont le visage violent ne semble désormais être soutenu que par les médias de communication, aux mains de la droite.

Même au sein de la classe moyenne de Santa Cruz, largement séduite par les thèses autonomistes, les discours enflammés du préfet Ruben Costas commencent à inquiéter. Pour Juan et son épouse Julia, «l’autonomie ne peut pas se construire au prix de la violence aveugle et du sang».
Cette même classe moyenne est aussi asphyxiée, comme tout le reste de la population, par le blocus imposé dans les départements de la media luna par les préfets eux-mêmes et les comités civiques qui les soutiennent. L’ensemble de l’économie de l’est du pays est durement affectée, l’essence se fait de plus en plus rare et les files aux stations services durent parfois plusieurs heures. Cette vaste offensive, qui vise à obliger le gouvernement à renoncer au vote sur la nouvelle constitution et à revoir la répartition de l’impôt direct sur les hydrocarbures, pourrait au final se transformer en autogoal.

Mais Gustavo Torrico reste pourtant très inquiet. Avec trois de ses collègues, le député du MAS (Mouvement au socialisme, le parti d’Evo Morales) a publié dans la presse les «preuves» de la conspiration qui a mené à ce véritable «coup d’Etat des préfets» de la media luna. Une conspiration soutenue voire dirigée par les Etats-Unis. L’homme central de ce complot visant à la chute d’Evo Morales au travers de la violence et de la déstabilisation de l’Etat? L’ambassadeur américain Philip Goldberg, présent en Bosnie de 1994 à 1996 et au Kosovo entre 2004 et 2006, considéré en Bolivie comme «un spécialiste du séparatisme».
Les faits sont troublants. Depuis plusieurs mois, les rencontres en l’ambassadeur et les préfets coïncident à chaque fois avec de nouvelles offensives de la droite. Les instructions de l’insurrection viennent-elles directement de Washington? Le dossier a été en tout cas jugé suffisamment «chargé» pour que le président bolivien expulse le diplomate américain, jugé persona non grata depuis mercredi dernier.
«La structure colonialiste et le système néolibéral ont concentré les richesses, et une oligarchie a très longtemps accaparé le pouvoir. L’assemblée constituante a été un des éléments décolonisateurs, elle a permis l’émancipation des communautés indigènes et du peuple», explique Carla Espósito, de l’Observatoire du racisme de l’Université Cordillera.

L’enjeu réel est bien là. C’est celui d’une plus juste répartition des richesses du pays, notamment de la terre, et de la reconnaissance des populations indigènes, prévue par le nouveau texte suprême qui devrait être soumis aux Boliviens le 25 janvier prochain. Tout un symbole: selon le gouvernement, l’entrepreneur Branko Marinkovic «roi du soja» et dirigeant du Comité civique qui lutte pour l’autonomie se serait approprié illégalement 27 000 hectares de terres appartenant au peuple indigène Guarayos.
Un procès est en cours. Mais pour tous les grands propriétaires terriens, ulcérés par la victoire dans les urnes d’Evo Morales le 10 août, le combat est désormais passé sur un autre terrain, celui de la violence et de l’illégalité. Mission: déstabiliser le gouvernement d’Evo Morales et enterrer son projet de nouvelle constitution. A tout prix, fût-il celui du sang.



Les autonomistes massacrent des paysans et le dialogue se renoue

16 09 2008

La fin de semaine a été très mouvementée en Bolivie. C’est principalement un massacre de paysans dans la région de Pando (nord amazonien) qui a fait couler autant de sang que d’encre. Les paysans et indigènes se dirigeaient – pour certains en famille – à une grande réunion, qui devait déboucher sur une marche de soutien au gouvernement. Selon les survivants, l’embuscade a été d’une rare violence. Les autonomistes, à la solde du préfet du département, ont ouvert le feu avec des fusils et probablement une mitraillette sur les paysans, dont certains marchaient et d’autres étaient en camion. On compte pour le moment une vingtaine de morts, mais plus de cent personnes sont toujours portées disparues. Les tueurs ont continué à tirer sur les gens qui s’échappaient dans les prairies, la forêt ou en traversant la rivière à la nage. Une survivante dénonce qu’ils ont été également poursuivi par des chiens, frappés et humiliés, bien que de nombreuses mères avaient leurs enfants avec elles. Certaines personnes se seraient noyées dans la rivière en essayant de s’échapper.
Le gouvernement a ouvert immédiatement une enquête et a demandé que le préfet soit jugé pour génocide. Ce dernier a déjà été arrété et emmené à La Paz pour les besoins de l’enquête. Le gouvernement a également déclaré l’état d’urgence dans le département de Pando. Le préfet a déclaré qu’il était innocent, et que l’état de siège était destiné à ce que le gouvernement prenne le pouvoir dans le département, qui résiste victorieusement à la « dictature masiste ». Un militaire a été tué lorsque l’armée a repris le contrôle de l’aéroport de la capitale départementale, qui était aux mains des autonomistes depuis quelques jours.
L’Union des Nations Sud-Américaine a tenu lundi une réunion d’urgence à Santiago du Chili pour traiter du cas bolivien. Les chefs d’état ont apporté un soutien unanime et clair au gouvernement d’Evo Morales et ont dénoncé ce massacre ainsi que les actions violentes menées par les autonomistes ces dernières semaines. Ils enverront une commission neutre pour faire la lumière sur le massacre, et une autre afin de médiation dans le dialogue entre gouvernement et autonomiste. Ils ont appelé les deux parties à un dialogue franc et sincère.

A Santa Cruz, le président du Comité Civique, le richissime agro-businessman Branco Marinkovic, a demandé à ses troupes que la grève générale et les blocus soient levé. Selon lui, il s’agirait d’une mesure de paix, mais on lui reproche de chercher à sauver l’ExpoCruz, la très importante foire de Santa Cruz, qui brasse de millions de dollars. De leur côté, les paysans du département ont décidé de maintenir le blocus de la ville, initié il y a quelques jours. Ils ont déclaré qu’ils ne lèveraient pas cette mesure avant que les autonomistes ne rendent les bureaux du gouvernement occupés illégalement et par la force. Dans le département de Tarija, la grève et les blocus demeurent, mais ont perdu de leur intensité. Ainsi, les écoles ont-elles rouvert leurs portes aujourd’hui.
Suite à ces violences et à ces pressions internationales, le dialogue s’est enfin renoué en fin de semaine entre le gouvernement et les autonomistes. Le préfet de Tarija, en représentation de ses collègues autonomistes, et le gouvernement, ont annoncé chacun de leur côté que le dialogue était en bonne voie. Il ne s’agit pour le moment que de se mettre d’accord sur les bases du dialogue. Elles devraient compter principalement les thèmes de la répartition de l’impôt sur les hydrocarbures, de la Nouvelle Constitution, de l’autonomie départementale, et de la restitution par les autonomistes des bureaux de l’état violemment occupés au cours des dernières semaines. Le gouvernement a par contre précisé que « les morts ne se négocient pas », et que le préfet de Pando n’était plus considéré comme un interlocuteur valide, suite au massacre des paysans. Lors d’une conférence de presse aujourd’hui, le président Morales a répété sa volonté de rendre compatible la Nouvelle Constitution et les Statuts autonomiques des départements. Il a déclaré que le gouvernement allait garantir l’autonomie de tous les départements qui la souhaite, dans le cadre de la légalité.



L’orient bolivien vit une situation de coup d’état “civil”

11 09 2008

Une très forte tension règne dans l’Orient de la Bolivie. On se trouve devant une situation qui se rapproche beaucoup d’un coup d’état et d’une mini-guerre civils. Les différentes institutions de l’état, les secteurs -clé et les points stratégiques des quatre départements du Béni, de Pando, de Santa Cruz et de Tarija sont les uns après les autres occupés violemment par des groupes d’autonomistes, appuyés par les autorités locales. Armés de bâtons, de battes, de fronde, de catapultes, de boucliers de tôle, de pétards et de bâtons de dynamite, ils ont pris d’assaut les bureaux des impôts, de l’émigration, l’entreprise de télécommunication récemment nationalisée, ou encore de l’institut de réforme agraire. Ils ont également violemment occupés les aéroports et les usines électriques et de gaz et attaqués des casernes militaires. Ils ont pris d’assaut plusieurs des rares médias qui ne sont pas alignés avec la droite, en particulier les antennes locales de la radio et de la télévision du gouvernement. Ils se sont également attaqués à Santa Cruz au bureau d’une ONG bolivienne de défense de droits de l’homme, qui a osé critiquer les appels à la haine lancés par les autonomistes.
Lors de toutes ces attaques, la police était présente, mais n’a jamais résisté très longtemps. Les vandales autonomistes rentrent dans les locaux, détruisent le matériel, volent les ordinateurs et les différents appareils. Ils n’hésitent pas non plus à frapper tous ceux qui ont la peau un peu sombre, ou qui sont soupçonnés de ne pas adhérer à leur manière de voir. Les routes sont également bloquées dans presque toute la région depuis deux semaines. Les blocus sont tenus par des autonomistes, mais également par les employés de la préfecture et de la municipalité, qui sont obligés par leurs chefs à participer, sous peine d’amende, voire de perdre leur travail. L’essence et le gaz commencent à manquer, ainsi que certains aliments, dont les prix ont fortement augmentés.
A Tarija, toute l’après-midi d’aujourd’hui (mercredi) ont eu lieu de violents affrontements dans la zone du marché paysan. Aux alentours de midi, un groupe d’une centaine d’autonomistes, décidés et armés de battes et de boucliers, s’est dirigé depuis la place centrale vers cette zone populaire en hurlant des insultes envers le président Morales. Les autonomistes ont essayé de prendre d’assaut les bureaux de la fédération des paysans – symbole de la résistance aux autorités locales - dans lesquels se trouve également la radio « nouvelle patrie ». Il était très impressionnant d’écouter cette radio aujourd’hui. Les combats se déroulaient à quelques centaines de mètres de leur studio, et les animateurs étaient proches de l’hystérie. Quand on connaît le traitement qui a été réservé à leurs collègues et à leurs bureaux de Santa Cruz en début de semaine, on comprend que leur excitation n’était pas feinte.
Les deux groupes se sont lancés tout l’après-midi des pierres avec une rare violence, à la main, avec des frondes ou des catapultes. Des deux côtés on tirait des pétards, et même de la dynamite du côté des autonomistes, alors que du côté des paysans se trouvaient des femmes, des enfants et des personnes âgées. Les commerçants du marché se sont trouvés isolés entre deux groupes d’autonomistes. La présence policière était faible. La police s’est positionnée sur l’un des deux fronts devant les paysans et les commerçants, essayant d’empêcher les autonomistes d’avancer vers le cœur du marché au moyen de gaz lacrymogènes. Sur l’autre front, la police était absente et l’affrontement entre les deux groupes, comprenant chacun plusieurs centaines de personnes, était direct est violent. A la radio, une étudiante de l’université a dénoncé le fait que les professeurs ont demandé aux étudiants d’aller jouer aux casseurs au marché paysan, le « salaire » étant la réussite aux examens.
Sur la place centrale, transformée en quartier général des autonomistes, on pouvait entendre des discours enflammés pour la liberté et la démocratie, et contre la « tyrannie » gouvernementale. Un camion a déchargé un tas de pierre, et des camionnettes – dont certaines étaient des camionnettes des institutions locales – venaient charger des pierres et des jeunes, pour les emmener dans la zone des affrontements. Une oratrice officielle, du comité civique, le disait même explicitement, qui faisait des appels pour récolter des fonds pour acheter des pétards et des frondes et pour récolter des pierres.
Ce soir, il semble que les autonomistes aient sensiblement reculé. On parle d’une cinquantaine de blessés ce soir à Tarija, où les affrontements continuent. L’un des autonomistes a eu une main arrachée par un bâton de dynamite et l’un des principaux dirigeants des paysans est également à l’hôpital.
Pour les autorités locales, qui approuvent et soutiennent ces actes, la responsabilité de ces violences incombe entièrement au gouvernement « qui refuse de nous écouter ». Selon ces autorités, cette lutte est destinée à récupérer les 30 % d’impôts sur les hydrocarbures que le gouvernement a redirigés vers sa retraite universelle. Il s’agit également d’obtenir du gouvernement qu’il renonce à la votation sur la Nouvelle Constitution. Les autonomistes déclarent lutter pour la justice et la démocratie, contre le gouvernement totalitaire et dictatorial du MAS d’Evo Morales.
Pour le gouvernement, il s’agit des derniers soubresauts violents d’une oligarchie qui refuse de céder ses privilèges et son pouvoir. Il signale que cette diminution de rentrées ne représente que quelques pourcents des budgets totaux des départements (5% dans le département de Santa Cruz), alors que ces mêmes budgets des départements autonomistes ont été multipliés par trois depuis la nationalisation des hydrocarbures décrétée par Evo Morales il y a deux ans. De plus, cet argent n’est pas utilisé par l’état, mais est reversé aux personnes âgées qui touchent maintenant une retraite universelle. Selon le gouvernement il s’agit également pour les autorités des ces départements relativement riches, d’éviter à tout prix que soit mené à bien le référendum pour la Nouvelle Constitution, qui leur ôterait une partie de leurs privilèges.



Nous avons tous gagné avec Evo Morales : Analyse du résultat du référendum révocatoire en Bolivie

9 09 2008

Un article très intéressant sur le référendum révocatoire du 10 aoùt, et plus généralement sur “l’imparcialité” des médias occidentaux vis-à-vis des gouvernements de gauche. Trouvé sur le blog “Changement de société”, à l’adresse: http://socio13.wordpress.com/

Publié 18 août 2008
AUTEUR: Pascual SERRANO, Traduit par Manuel Talens, révisé par Fausto Giudice
Le résultat du référendum révocatoire du 10 août dernier en Bolivie, où le président Evo Morales a remporté une victoire retentissante avec plus du soixante pour cent des voix, sert encore une fois à montrer le divorce entre les citoyens de la communauté internationale et les secteurs oligarchiques du monde qui contrôlent des gouvernements et des médias.

Le principe du deux poids, deux mesures que ces derniers appliquent aux prétentions indépendantistes est évident si l’on considère que ces préfets boliviens des provinces rebelles qui font fi des institutions et de la légalité de l’État, seraient en prison s’ils étaient en Espagne et sous les bombes s’ils étaient en Géorgie. Il est curieux que les médias ne traitent avec bienveillance que ceux qui s’opposent à des gouvernements qui tiennent tête aux USA et à l’Union Européenne, comme au Tibet, au Kosovo et maintenant en Bolivie. Ainsi la BBC a qualifié de « match nul » les résultats du référendum !

Il suffit de comparer les réactions du préfet du département de Santa Cruz, Rubén Costas Aguilera, et du président Evo Morales. Alors que ce dernier annonçait « la convocation de toutes les autorités du pays pour chercher un consensus [...] dans le respect des normes et des lois », le préfet de Santa Cruz, après avoir appris les résultats du référendum, a qualifié le gouvernement d’ « insensible, totalitaire, populiste, inapte, qui empêche le développement du peuple et cherche seulement à concentrer le pouvoir et nous convertir en mendiants pour qu’on lui demande l’aumône ». Puis il a traité la démocratie bolivienne de « dictature » et a appelé « tyran » un président confirmé dans ses fonctions avec un pourcentage des voix sans précédent dans l’histoire électorale du pays. Il a annoncé la création d’une police départementale et d’un système indépendant de recouvrement des impôts, ce qui équivaut à l’appropriation des ressources et à la création de forces de sécurité subversives. Un vrai coup d’État. À Cochabamba, le préfet de l’opposition qui a perdu aussi son pari au référendum, l’ancien militaire Manfred Reyes Villa, a déclaré qu’il n’accepte pas le résultat et qu’il attend le verdict du Tribunal Constitutionnel… un tribunal qui n’existe pas actuellement. Un deuxième coup d’État.

Mais la réflexion principale que nous vient à l’esprit après ce référendum révocatoire est identique à celle que nous avions exprimé en 2004 au moment du référendum convoqué (et gagné) par Hugo Chávez au Venezuela: la certitude que seuls les gouvernements de gauche sont capables de demander aux citoyens s’ils veulent les garder au pouvoir ou les révoquer. C’est comme si ces gouvernements, péjorativement qualifiés de « populistes » quand ce n’est pas de « dictatures », étaient obligés de remettre une couche de consultations électorales pour être légitimés. Cela ne fait pas de doute : la gauche doit être se soumettre à nouveau au verdict des urnes au bout de deux ans au lieu d’attendre la fin d’un mandat ; elle doit tolérer une opposition financée avec de l’argent usaméricain ; elle doit se colleter avec des entreprises multinationales qui participent au jeu politique en soutenant les secteurs néolibéraux qui leur accordent des privilèges et elle doit accepter la conspiration constante d’indépendantismes putschistes épargnés par les condamnations internationales.

Comparons un peu ces résultats avec ceux de pays où le vainqueur a été la droite économique, comme au Mexique ou au Pérou. Leur victoire électorale n’est jamais mise en question par les grands médias des pays riches et puissants malgré les irrégularités qu’il a pu y avoir lors élections, comme ce fut le cas au Mexique. Partout au monde l’opposant progressiste est disparu de l’agenda médiatique : López Obrador et Ollanta Humala n’ont pas de place dans notre presse ou notre télévision. Les mobilisations de l’opposition sont également ignorées, bien qu’elles soient fréquentes et massives dans ces pays. Voici ce que j’appelle la politique du silence à la Une: du silence pour les pays gouvernés par la droite économique pour qu’elle applique ses politiques néolibérales sans être ennuyée par des mobilisations et des protestations, évacuées des grands médias; et la Une consacrée chaque jour aux pays qui se sont donné des gouvernements progressistes, avec une image permanente de précarité, de crise et de déstabilisation.

La conclusion est claire : non seulement la gauche doit gagner des élections tous les quatre ou six ans pour gouverner, elle doit aussi se défendre des conspirations séparatistes, patronales, médiatiques et impérialistes. Et en même temps qu’elle se bat contre tous, elle doit avancer vers la consolidation d’un pouvoir qu’elle ne reçoit pas des urnes, car nous tous savons qu’être au gouvernement n’est pas la même chose qu’avoir le pouvoir.

Mais il n’y a pas que des inconvénients à cet état de fait. Les gouvernements dignes et progressistes d’Amérique Latine comptent sur un tintamarre de supporters enthousiastes dans le monde entier, car on sait très bien sur tous les continents qu’ils représentent le plus grand espoir pour affronter au pillage et à la guerre menés par les USA et leurs alliés à travers toute la planète. Dans un faubourg de New Delhi, dans un camp de réfugiés palestiniens à Gaza, dans les villages du sud de Liban, dans un centre culturel de la zone industrielle de Madrid ou dans un camp du Front Polisario en Algérie, les gens savent qui sont Evo Morales, Hugo Chávez et Fidel Castro et ils savent aussi que les luttes de ces dirigeants sont leurs propres luttes. Les kilomètres ne les séparent pas dans la poursuite d’un même rêve.

Source : Rebelión et Tlaxcala

Article original publié le 17 Août 2008



La situation demeure très tendue, mais ça bouge

8 09 2008

La situation est toujours très tendue en Bolivie, principalement dans les départements autonomistes de l’est du pays. Plusieurs actes de violences ont été perpétrés durant la semaine dans la région de la «media-luna», principalement des attaques menées par les jeunes autonomistes contre des représentants ou des institutions du gouvernement. À Tarija par exemple, un cocktail Molotov a été lancé jeudi dans les bureaux de la représentante présidentielle, ne causant heureusement que des dégâts matériels. Les jeunes autonomistes ont également violemment occupés les bureaux des impôts, ainsi que l’usine à gaz qui alimente la partie altiplanique du département. A Santa Cruz, un élu du MAS et un dirigeant syndical ont vu leur maison incendiée au milieu de la nuit. Dans le département du Béni, se sont six bureaux du gouvernement qui ont été pris d’assaut. Après que le président du comité civique de ce département ait donné un délai de 48 heures à l’armée pour qu’elle quitte le territoire beniano, des jeunes excités se sont également essayé d’attaquer des casernes. Les police des départements de Santa Cruz et du Béni doivent également faire face à des attaques et à des insultes.

Les autonomistes bloquent également depuis deux semaines de nombreuses routes dans la région du Chaco (sud-est) et les effets commencent à s’en faire sentir. A Tarija et à Santa Cruz, le flux de véhicules a sensiblement diminué. En effet, on ne trouve presque plus d’essence, de diesel ni de gaz en bombonne (à Tarija, de nombreux véhicules et en particulier les taxis fonctionnent avec ce système très économique.) Dans certaines villes, comme Villamontes, certains produits alimentaires commencent également à manquer. A Tarija, les prix de certains produits augmentent. La ville de Tarija est isolée, toutes les routes étant bloquées, même en direction de l’altiplano.

On annonce pour demain (lundi) le début d’une grève générale de durée indéfinie, qui sera rendue obligatoire par les jeunes autonomistes et la préfecture. Toutes les activités économiques devraient être paralysées. Les autorités autonomistes menacent même de couper le gaz de ville et l’électricité, afin de faire réagir la population, jugée apparemment trop passive. On sent néanmoins qu’une partie importante de la population commence à se fatiguer, et pourrait réagir. Sera-ce contre le gouvernement, ou contre les autorités locales, telle est la question. En tout cas, les mouvements sociaux qui soutiennent le gouvernement ont annoncé des réactions, qui d’autres blocus, qui des déblocages. Des nouveaux affrontements sont donc malheureusement loin d’être à exclure cette semaine.

Ces manifestations et violences sont dues, selon les autonomistes, à l’intransigeance du gouvernement, qui refuse de rendre le 30% de l’impôt sur les hydrocarbures, qui est maintenant utilisé pour financer une retraire universelle. Le mouvement s’est radicalisé suite au décret émit par le gouvernement la semaine passée qui appelle, entre autre, au référendum sur la Nouvelle Constitution Politique de l’Etat (NCPE) pour le 7 décembre.

Cette semaine, la Cour Electorale Nationale – qui était considérée comme « vendue » au gouvernement par la droite autonomiste, pour avoir refusé de mener à bien les référendums autonomiques - a envoyé une série de mises en garde aux acteurs politiques des deux bords. D’un côté, elle a signalé au gouvernement que sa convocation par décret à la votation multiple (nouvelle constitution, préfets révoqués, autorités locales) du 7 décembre comportait des vices légaux, et de l’autre elle a également signalé aux autorités de trois départements autonomistes (Santa Cruz, Tarija et Chuquisaca) que les votations et élections qu’elles entendaient mener ces prochains mois ne sont également pas légales. Si la première réaction du président Morales fut d’accuser la Cour de s’être partialisée en faveur de la droite, le gouvernement a ensuite appelé à respecter les arrêts de la Cour, et a déclaré que ce serait le parlement ou une collecte de signatures qui devraient convoquer au référendum sur la Nouvelle Constitution. Cette très importante votation a donc été reportée sine die. Les autorités autonomistes n’ont quant à elles pas encore réagi publiquement aux remontrances de la CNE.

Il faut signaler encore que le problème central actuel, la « mère de toutes les batailles » comme on a pu l’entendre, est probablement la Nouvelle Constitution. Avec la nouvelle formule d’élection du nouveau parlement et le fait que si la NCPE est acceptée par le peuple, des élections générales seront organisées rapidement et surtout du fait du nouveau rapport de force politique sorti des urnes le 10 août, le MAS disposera alors rapidement d’un pouvoir quasi-total. En effet, il dominerait complètement le parlement (actuellement il ne contrôle pas le sénat, qui bloque de nombreuses réformes) et le gouvernement. Cela lui permettrait d’avancer très vite vers ses réformes, ce que la droite cherche et cherchera à éviter par tous les moyens.