La situation se normalise et le dialogue débute
18 09 2008La tension est nettement descendue en ce début de semaine en Bolivie. Suite aux violences de la semaine passée et aux fortes pressions de la communauté internationale, le gouvernement et les autonomistes ont décidé de relancer le dialogue. Lundi, une session exceptionnelle de la UNASUR (Union des Nations Sud-Américaines) réunie à Santiago sous les auspices de la Présidente chilienne, avait mis une forte pression sur les préfets autonomistes. En effet, la déclaration finale donne son plein appui au gouvernement légitimement élu d’Evo Morales et condamne fermement les violences autonomistes. Les déclarations des présidents Brésilien et Argentin - principaux clients du gaz bolivien provenant des départements autonomistes - ont également été très clairs et ont déclaré qu’ils n’accepteraient en aucun cas de négocier avec les “gouverneurs” autoproclamés de ces départements, et que le gouvernement de Morales restait le seul interlocuteur valide. Deux délégations seront envoyées en Bolivie, l’une pour jouer le rôle de médiateur dans les négociations, l’autre pour enquêter sur le massacre de paysans de jeudi passé dans le département de Pando. Rappelons qu’au moins une trentaine de paysans sont morts lors d’une embuscade tendue par des paramilitaires à la solde des autorités autonomistes.
A partir de vendredi passé, une pré-négociation a eu lieu entre le préfet de Tarija et le gouvernement. Ce mardi, les deux parties ont chacune de leur côté annoncé qu’elles étaient arrivé à un accord sur le contenu et les modalités du dialogue. Comme le gouvernement l’avait annoncé, l’impunité du préfet du Pando, accusé d’être responsable du massacre, ne se discute pas et appartient à la justice. Par contre, les autorités autonomistes se sont engagées à restituer les bureaux gouvernementaux, les aéroports et les installations électriques violemment occupées lors des semaines précédentes. De son côté, le gouvernement s’est engagé à suspendre pour le moment sa convocation pour le référendum sur la Nouvelle Constitution. L’un des principaux travaux sera en effet celui de rendre compatible la Nouvelle Constitution et les Statuts autonomiques des quatre départements orientaux. Le président a confirmé que l’autonomie des départements qui la souhaitent serait respectée. La seconde base sera celle d’un pacte fiscal, qui devrait permettre de garantir autant les revenus des départements que la nouvelle retraite universelle. Il s’agira également de se mettre d’accord sur l’attribution des postes dans le pouvoir judiciaire, acéphale depuis plusieurs mois, ce qui a empêché de confirmer ou d’infirmer la légalité de plusieurs procédés importants au cours de ces derniers mois.
Une inconnue demeure encore. D’un côté, celle de savoir comment réagiront les groupes autonomistes radicaux. A Tarija, ils ont déjà rendu la plupart des bureaux illégalement occupés, mais ce n’est pas le cas à Santa Cruz et au Béni. Dans ce dernier département, les autonomistes ont encore commis des violences contre des élus et des paysans ces derniers jours, et les responsables du comité civique ont déclaré qu’ils ne rendraient les bureaux que dans le cas où le gouvernement montrerait une réelle volonté de dialogue. De l’autre côté, les paysans et mineurs continuent à bloquer la ville de Santa Cruz. De plus, une grande marche est en route pour la capitale orientale, dans le but d’obliger les autonomistes à rendre ces institutions. Ils exigent également la démission du préfet Ruben Costa.
Le dialogue entre le gouvernement et les préfets et les autorités autonomistes a débuté ce matin à Cochabamba. Les églises catholique et protestantes du pays jouent le rôle de médiateurs. Des représentants de l’ONU, de l’UNASUR, de L’ OEA et de l’UE devraient arriver dans ces prochaines heures pour appuyer les négociations. La grande majorité des boliviens demandent la paix et un grand accord national, et on peut vraiment espérer que cette fois le dialogue accouchera d’un résultat probant. Mais il faut néanmoins signaler que les positions sont très éloignées et les blessures profondes.
La plupart des blocus ont été levé dans l’ensemble du pays, et les activités sont redevenues normales dès le début de la semaine. A Tarija en tout cas, tout fonctionne relativement normalement. Le plus gros problème est toujours l’absence de bombonnes de gaz, d’essence et de diesel, ce qui préoccupe beaucoup les gens. En effet, si les blocus ont été levés en début de semaine, la chaine de production a besoin d’une petite semaine pour se remettre à fonctionner normalement.
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