Die Grosseltern, endlich!

31 10 2008

La famille Rufener est prête pour une ballade au centre-ville

La famille Rufener est prête pour une ballade au centre-ville

“Grossi” Erika et “Daddy” Walti sont enfin arrivés, après un long voyage. Ils ont frisé le surpoids, emportant avec eux quelques 120kg de bagages! Chocolats pour tous, Gruyère, matériel pour l’école, cadeaux à n’en plus finir pour les petits-enfants (un chaque jour, a dit Erika), mais également pour nos amis du quartier, de l’école ou encore pour Thérèse et sa famille, j’en passe et des meilleurs.

Eh, Daddy, file-moi ta jolie casquette!

Eh, Daddy, file-moi ta jolie casquette!

La joie est bien sûr très grande pour tout le monde. Les enfants n’ont pas trop oublié leurs grands-parents, ce qui est une belle chose, après une année de séparation. Une mauvaise surprise attendait néanmoins Erika: voilà trois ans qu’elle prend consciencieusement des cours de français, afin de mieux communiquer avec ses petits-enfants (et son beau-fils!), et voilà que ces derniers se mettent à lui parler … en espagnol!

Lina et Erika n'ont pas peur de l'eau froide

Lina et Erika n'ont pas peur de l'eau froide

Nous sommes très heureux de les avoir pour un mois avec nous, qui sera interrompu par une semaine de voyage à Uyuni qu’ils effectueront seuls. Ils habitent une jolie chambre au deuxième étage d’une maison à deux pas de chez nous, avec vue magnifique sur la ville, la vallée et les montagnes… et même sur notre jardin. Dès 7 heures et demie ils sont chez nous, pour déjeuner et profiter au maximum des enfants. Jeux, ballades, baignades, la vie s’écoule tranquillement, au rythme de Tarija…

Dégustation de "rosquetes" sur la place du village de San Lorenzo

Dégustation de "rosquetes" sur la place du village de San Lorenzo



En route vers la nouvelle constitution

23 10 2008

Un grand accord national a été signé ce lundi au parlement, qui permet au pays de se tranquilliser et au peuple, enfin, de s’exprimer le 25 janvier prochain sur la Nouvelle Constitution. Cette demande de refonder la Carta Magna remonte en effet à l’année 1990, lorsque les indigènes des plaines orientales du pays ont rallié à pied La Paz, distante de plus de 600 kilomètres. Ils avaient baptisé cette impressionnante action de « marche pour le territoire et la dignité ». Leurs principales demandes étaient le respect de leurs traditions et formes de vie, la défense de leurs territoires ancestraux, ainsi que la rédaction d’une nouvelle constitution qui garantisse leurs droits. Dix-huit ans et six gouvernements auront été nécessaires pour que ces demandes deviennent réalité.
L’Assemblée Constituante s’était installée en août 2006 à Sucre, et avait une année pour accoucher d’une nouvelle charte fondamentale. Rapidement, il est apparu qu’une grande partie des forces politiques traditionnelles n’avait pas la volonté d’arriver à un accord, mais bien de torpiller le processus. Approbation des articles à la majorité des deux tiers au lieu de majorité simple, demande de la ville de Sucre d’être la « capitale complète » à la place de La Paz, les bâtons dans les roues du processus n’ont pas manqué.
Pendant ce temps, et en prévision d’une possible conclusion positive de la Constituante, la droite s’était peu à peu réarticulée dans les départements de l’est du pays. Les élites locales se sont regroupées autour de la question de l’autonomie, que le gouvernement d’Evo Morales avait négligée. Il s’agissait principalement pour elles de récupérer ou de conserver au niveau départemental le pouvoir politique perdu au niveau national suite à l’élection d’Evo Morales.
Après une prolongation de 4 mois, l’Assemblée a finalement rendu sa copie en décembre 2007. Mais le processus et le texte ont été jugés invalides et antidémocratiques par la droite, et la situation s’est à nouveau bloquée, conduisant à une période très tendue, qui a culminé entre les mois d’août et de septembre. Dans quatre départements orientaux, les autonomistes ont mené une tentative de coup d’état civil, qui a débouché sur des centaines de blessés et plusieurs dizaines de morts.
Finalement, un dialogue national a pu s’ouvrir, avec la médiation d’acteurs internationaux. Les autorités autonomistes ont néanmoins refusé de signer l’accord final sur lequel ont débouché les trois semaines de dialogue, malgré les nombreuses concessions du gouvernement. Le document de l’accord a donc été transmis au parlement, avec pour mission de trouver un compromis permettant de convoquer le référendum. Le parlement a encore modifié plus d’une centaine d’articles (sur les 400 que compte la Nouvelle Constitution), et cette fois une majorité des deux tiers a pu être atteinte. Une partie importante de la droite a considéré que le texte « n’est maintenant plus seulement une constitution du MAS, mais prend en compte les demandes de la minorité », comme l’a déclaré un parlementaire de droite. Seuls quelques représentants des départements autonomistes, en particulier de Santa Cruz, ont refusé de voter la loi de convocation au référendum.
Les principales concessions faites par le gouvernement sont la non-rééligibilité du président et le fait que la limitation de la propriété foncière se limitera aux biens acquis après la mise en vigueur de la Nouvelle Constitution. Ce deuxième point est d’ailleurs déjà très critiqué par une partie des mouvements sociaux et des indigènes, qui ne sont pas loin de considérer cela comme une trahison. D’autres concessions importantes concernent par exemple la place de la justice traditionnelle, qui se limitera à certaines communautés indigènes bien définies et demeurera soumise à la justice de type occidental; le retour en arrière quant à un article qui voulait soumettre les médias – contrôlés en immense partie par la droite et ayant mené des campagnes systématiques contre le gouvernement et les organisations sociales - à un contrôle social plus sévère.
Malgré ces importantes concessions faites par le parti du président Morales, la Nouvelle Constitution permet des avancées significatives dans de nombreux domaines : le contrôle par l’état des principales richesses naturelles du pays ; la reconnaissance des cultures et des territoires indigènes ; la reconnaissance d’un droit universel d’accès à l’eau, au logement, à l’électricité et aux égouts – tous considéré comme des biens de premières nécessités et non comme des marchandises.
Autre victoire du gouvernement : si les autonomies départementales sont reconnues (ainsi que les autonomies municipales et indigènes), elles devront logiquement respecter le nouveau cadre constitutionnel. Les autorités autonomistes auraient voulu que leurs « statuts autonomes » - élaborés de façon antidémocratique et approuvés illégalement - soient validés tel quel. Le texte promulgué par le parlement donne aux départements concernés six mois pour « ajuster leurs statuts autonomiques à la Nouvelle Constitution». C’est pour cette raison que les dernières voix contraires au grand accord national proviennent des autonomistes radicaux.
Si, comme cela semble très probable, les boliviens acceptent leur Nouvelle Constitution en janvier prochain, des élections générales anticipées auront lieu en décembre 2009. Elles donneront probablement une large majorité au MAS, ce qui lui permettra de continuer sa politique réformiste. Si les événements semblent donc déboucher sur une victoire pour le gouvernement et les deux tiers de boliviens qu’il représente, quelques inconnues demeurent. Que va faire la droite autonomiste radicale retranchée principalement à Santa Cruz, surtout si la Nouvelle Constitution est approuvée au niveau national mais refusée au niveau départemental, ce qui est probable ? Les mouvements situés à la gauche du gouvernement vont-ils accepter les importantes concessions faites par le MAS dans le texte de la Nouvelle Constitution ? Le gouvernement se donnera-t-il et pourra-t-il se donner les moyens d’appliquer les profonds changements que comporte la nouvelle charte ?
Ce qui semble certain, c’est que la Bolivie vit un processus passionnant, que le pays bouge et change. Et elle a prouvé ces derniers temps qu’elle est capable de le faire dans un cadre institutionnel et démocratique, ce qui n’est pas rien. Malgré de très fortes tensions et plusieurs morts, la démocratie bolivienne sort renforcée de cette crise. Le pays vit un long accouchement, ce qui ne se fait jamais sans douleurs, car, face aux changements, il y a toujours des résistances.



La Nouvelle Constitution, enfin!

21 10 2008
Une marcheuse avec le drapeau bolivien et la Whimpala, le symbolique drapeau des indigènes andins (photo ABI)

Enfin, le peuple bolivien pourra voter sur « sa » Nouvelle Constitution. Cette dernière, demandée depuis plus de 10 ans par les indigènes et les mouvements sociaux, a été difficilement rédigée par l’Assemblée Constituante entre juillet 2006 et décembre 2007. Elle a été sensiblement modifiée ces dernières semaines, afin de satisfaire l’opposition – qui détient une minorité de blocage au parlement - et obtenir ainsi du parlement qu’il émette la loi de convocation au référendum.
Les représentants du parti au pouvoir et du principal parti d’opposition ont fait l’annonce du référendum tant attendu ce lundi, au milieu d’une foule énorme, rassemblée sur la place centrale de La Paz. Plusieurs milliers de personnes s’étaient en effet mises en marche il y a une semaine depuis la ville de Caracollo, située dans le département d’Oruro, à 200 kilomètres au sud de La Paz. Durant ces 7 journées, de plus en plus de monde s’est joint à cette marche, qui se donnait pour simple but d’obtenir le droit de voter sur la Nouvelle Constitution. A l’arrivée ce lundi sur l’historique place Murillo de La Paz, les marcheurs étaient plusieurs dizaines de milliers. Paysans, indigènes, mineurs, originaires surtout de l’altiplano, mais également de Tarija ou de Santa Cruz, auxquels se sont joints des indigènes de plusieurs autres pays latino-américains.
Le peuple pourra donc enfin s’exprimer par référendum sur la Nouvelle Constitution le 25 janvier prochain. Si elle est acceptée, des élections anticipées seront organisées en décembre de l’année prochaine. L’opposition de droite a finalement décidé d’accepter de voter le référendum, après que le président et son parti aient accepté l’interdiction de la réélection. Evo Morales pourra donc se présenter à la prochaine présidentielle, mais ne pourra ensuite pas se représenter.
Si le détail des concessions que le MAS a fait à la droite afin que puisse être votée la Nouvelle Constitution n’est pas encore connu, une immense partie des boliviens se réjouit se soir. En effet, on peut espérer que cet accord parlementaire qui permet le référendum constitutionnel permette au pays de tourner une page de son histoire. Il est en effet très probable que la Nouvelle Constitution soit largement acceptée. Il est évident que de nombreuses difficultés jalonneront encore le processus de changement dirigé par le président Morales, mais aujourd’hui, il peut sans conteste fêter une grande victoire.

Les marcheurs arrivent à La Paz

Les marcheurs arrivent à La Paz (photo ABI)



Les Etats-Unis cherchent à déstabiliser le gouvernement bolivien

14 10 2008

De l’appui apporté à de nombreux coups d’états ayant renversé des gouvernements démocratiquement élus - on peut penser à celui de Jacobo Arbenz au Guatemala en 1954, à celui de Salvador Allende au Chili en 1972 ou encore à celui, avorté, de 2002 contre Hugo Chavez – au soutien des régimes dictatoriaux et sanguinaires des années 70 (Bolivie, Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay, etc.), en passant par la sale guerre contre le Nicaragua sandiniste des années 80, la liste est longue des ingérences étasuniennes dans les affaires internes des Etats latino-américains. On pourrait penser que cette attitude est actuellement en diminution, étant donné les soucis que l’administration Bush rencontre en Irak et en Afghanistan, ainsi que le fait qu’aujourd’hui la plupart des gouvernements latino-américains se situent à gauche de l’échiquier politique. Or, il semble qu’il n’en soit rien.
Le parti du président Morales et les différents mouvements sociaux dénoncent depuis de nombreuses années l’ingérence américaine dans les affaires intérieures boliviennes. Dans les années 1990, c’est principalement sous le couvert de la lutte contre le narcotrafic - et donc contre la culture de la coca - qu’ont été porté les efforts étasuniens visant à ce que la Bolivie adopte des mesures économiques et sociales allant dans un sens libéral favorable aux intérêts économiques américains. Les gouvernements de droite étaient en effet très proches de l’Ambassade US, en particulier dans la lutte contre les cultivateurs de coca, qui a causé plusieurs dizaines de morts.
En 2001, lors de la campagne électorale pour la présidence, l’ambassadeur américain s’était publiquement exprimé pour signaler aux boliviens qu’ils pouvaient voter pour qui ils voulaient, mais que « s’ils élisaient Evo Morales, ils auraient des problèmes ». Prenant acte que les décisions importantes pour son pays se prenaient à l’ambassade US, le candidat Morales avait refusé de débattre avec les autres candidats et demandé une rencontre avec l’ambassadeur. Il avait argué « préférer parler directement avec le patron du cirque !» Il était alors arrivé en deuxième position, juste derrière Gonzalo Sanchez de Lozada, qui devra renoncer à son mandat sous les morts et la pression populaire deux ans plus tard.
Depuis l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales, en janvier 2006, les relations entre les gouvernements bolivien et étasunien se sont fortement refroidies. Et les choses se sont encore plus détériorées ces derniers temps, le gouvernement ayant déclaré « persona non grata » l’ambassadeur américain à La Paz, et lui ayant donné 72 heures pour quitter le pays. Dans la droite ligne de ses activités précédentes en ex-Yougoslavie, il est accusé par le gouvernement bolivien d’être « un spécialiste en démembrement d’état » et d’appuyer directement l’opposition de droite dans ses velléités autonomistes violentes et illégales ainsi que dans son travail de sape contre le gouvernement. En retour, les Etats-Unis ont également renvoyé l’ambassadeur bolivien, ont inscrit la Bolivie sur le liste noire des pays ne luttant pas assez efficacement contre le narco-trafique, et ont menacé de supprimer certaines aides économiques, en particulier sur l’exportation de tissus boliviens. Le gouvernement d’Evo Morales dénonce régulièrement l’augmentation des ingérences étasuniennes dans la politique intérieure bolivienne. Ces derniers temps, plusieurs éléments sont venus confirmer ces accusations.
En début d’année, un étudiant étasunien bénéficiant d’une bourse de l’état a dénoncé publiquement que l’Ambassade lui avait demandé d’espionner les cubains et les vénézuéliens en Bolivie. Il a déclaré à la presse que : « J’ai été emmené à un briefing de sécurité à l’étage de sécurité de l’ambassade. […] La plus grande partie de l’entretien a porté sur des sujets « standards » et normaux […] mais la partie qui a retenu mon attention a été quand il m’a été dit : « Si vous rencontrez sur le terrain des cubains ou des vénézuéliens, comme des médecins ou des chercheurs, l’ambassade aimerait que vous nous rapportiez leurs noms et où ils opèrent. Nous savons qu’ils sont là, nous voulons les surveiller. »
Selon le journaliste étasunien Jean Friedman-Rudovsky, qui a mené une enquête suite à cette dénonciation, le cas n’est pas isolé. Selon lui, plusieurs membres du Corps de la Paix (une grande organisation financée par le gouvernement US et qui envoie des volontaires pour trois ans dans de nombreux pays du sud) ont reçu la même demande. L’ambassade, qui avait toujours nié ces accusations, a admis les faits après cette dénonciation, mais a signalé qu’il s’agissait « d’une erreur ». Néanmoins, la personne qui a fait ces demandes aux jeunes volontaires est toujours en poste à l’ambassade.
De son côté, le Center for Economic and Policy Research (Centre pour la Recherche Economique et Politique, un institut de recherche étasunien indépendant, qui comprend des grands noms, comme celui de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie), dénonce que USAID (l’agence américaine de développement, dépendant du gouvernement) et la National Endowment for Democracy (entité privée, mais très largement financée par le gouvernement) financent principalement des groupes opposés au gouvernement, et qu’un grave manque de transparence caractérise certaines de leurs activités. Le co-directeur du CEPR a signalé que : « Washington a décidé d’envelopper ses liens avec l’opposition bolivienne dans le secret, et cela nuit à la confiance entre les gouvernements bolivien et étasunien. Si Washington n’a rien à cacher au sujet de qui il appuie financièrement et avec qui il travaille, alors il devrait révéler de quels groupes il s’agit. » Malgré de nombreuses demandes faites selon les normes légales du « Freedom of Information Act », le gouvernement n’a pas révélé les noms de toutes les organisations qui bénéficient des fonds de l’USAID. Or, la Bolivie est un grand bénéficiaire de cette aide, qui se chiffre en millions de dollars. « USAID n’est pas supposé être une organisation clandestine […] mais en ne révélant pas où va l’argent du contribuable et en apportant une aide clandestine à des groupes qui sont très probablement dans l’opposition, cela donne l’impression que les USA contribuent aux efforts de déstabilisation du gouvernement bolivien » dénonce l’organisation.
Citant des documents officiels déclassifiés, le journaliste étasunien Benjamin Dangl montre que ces tentatives ne datent pas d’hier. Ainsi, un document déclassé de l’ambassade US de La Paz, daté de 2002, indique qu’« un projet de réforme des partis politiques se fixe pour but de mettre en application une loi bolivienne visant, sur le long terme, à aider à construire des partis politiques modérés et pro-démocratie qui pourraient servir de contrepoids au radical MAS ou à ses successeurs. » Selon ce journaliste, ce document et d’autres montrent clairement que « depuis au moins 4 ou 5 ans le gouvernement US a cherché à affaiblir l’influence du parti d’Evo Morales. Et, depuis son élection, le gouvernement a agi de façon à renforcer des organisations de droite dans tout le pays, à travers des financements de l’USAID. Pour la seule année 2006, il a été versé environ 4 millions et demi de dollars, pour aider les préfectures départementales à agir de façon plus stratégique et à travailler en vue d’une décentralisation et d’une autonomie vis-à-vis du gouvernement central. »
L’avocate et chercheure vénézolano-étasunienne Eva Golinger dénonce que la NED « a établi une forte présence dans les partis politiques traditionnels de droite […] et a commencé à investir des millions de dollars en aide financière et en conseil stratégique afin de renforcer le mouvement d’opposition et tenter de créer (acheter) des personnalités indigènes qui puissent contrebalancer la popularité d’Evo Morales. »
Un autre journaliste et chercheur indépendant américain, Jeremy Bigwood, dénonce également, sur la base de documents officiels déclassés, une série d’ingérences. Il s’agit par exemple d’un document préparé en 2002 par l’ambassade américaine à La Paz pour l’administration US en vue d’une visite de l’ex-président de droite pro-américain Jorge Quiroga. Ce document visait à lui faire savoir qu’un accord entre le gouvernement et les cultivateurs de coca sur un arrêt de l’éradication de la coca « nous préoccupe beaucoup. Nous pensons qu’une réponse forte et continue aurait pu affaiblir encore plus la base politique d’Evo Morales. »
Certains documents montrent explicitement la participation, voire le rôle primordial de la NED dans la création d’organisations de droite opposées au gouvernement, comme la aujourd’hui puissante Chambre du Commerce de Santa Cruz (CAINCO). D’autres prouvent les liens créés par le gouvernement US avec des groupes indigènes du Chapare (région productrice de coca et bastion d’Evo Morales) ainsi que des départements autonomistes, à travers l’USAID, en vue de créer un front commun anti-Morales et anti-MAS. Selon Bigwood, « ces documents prouvent clairement que le gouvernement US, à travers ses différentes entités – particulièrement USAID – a et continue à conspirer contre le gouvernement bolivien légal et démocratiquement élu. […] USAID fait en Bolivie ce qu’elle a fait au Vénézuela … aider l’opposition. »
Il n’y a en effet pas que la Bolivie qui subisse ce genre d’attaques. De nombreux journalistes, comme les gouvernements latino-américains et les mouvements sociaux concernés, dénoncent ce type d’ingérence du gouvernement US dans de nombreux autres pays de la région. Il est probable que la vague de fond qui pousse les citoyens latino-américains à élire depuis quelques années des gouvernements de gauche - qui ne sont plus alignés et inféodés aux USA – pousse le gouvernement US à chercher d’autres types de solutions pour la défense de ses intérêts stratégiques. Il ne faut pas oublier en effet que derrière ces mouvements se cachent des intérêts économiques : le contrôle du pétrole au Vénézuela et en Equateur, du gaz en Bolivie, ou encore des immenses et très diverses ressources naturelles de l’Amazonie, sont au cœur des préoccupations des Etats-Unis. Le nombre croissant de pays qui quittent leur orbite et qui, pire encore, se dotent d’organisations politiques et/ou économiques permettant d’augmenter leur indépendance est en effet ressenti comme un grave problème pour les USA. S’il semble que ces derniers n’aient pas dit leur dernier mot, on peut néanmoins espérer que ces processus mûriront et que ces pays sauront s’organiser et s’entre-aider afin de créer un hémisphère – et pourquoi pas un monde – un peu différent, un peu meilleur, un peu plus juste.

Sources : les sites internet personnels des journalistes cités et ceux de diverses organisations reproduisant leurs articles et interviews.



Le dialogue se conclut par un semi-échec

7 10 2008

Le dialogue national, qui cherchait à trouver une sortie à la crise politique et qui durait depuis trois semaines, s’est conclu ce dimanche soir à Cochabamba sur un demi-échec. Un document a bien été émis, qui est né du travail de plusieurs tables thématiques, auxquelles ont participé le gouvernement et les autorités départementales, sous les auspices de l’église ainsi que des observateurs internationaux, comme l’OEA, l’ONU ou encore l’UE. Mais ce document n’a pas été signé par les quatre préfets de l’opposition (Santa Cruz, Tarija, Béni et Chuquisaca), qui ont déclaré ne toujours pas être satisfaits par l’accord.
Pourtant, la nouvelle constitution a été nettement modifiée dans le sens d’une augmentation de l’autonomie des départements. Une cinquantaine de compétences spécifiques ont été accordées aux départements. Les observateurs de l’Union des Nations Sud-Américaines ont ainsi qualifié de « responsable et généreux » l’ouverture du gouvernement vis-à-vis des autonomies.
Il semble en fait relativement clair que l’opposition autonomiste n’a jamais désiré le dialogue et encore moins d’arriver à un véritable accord. En effet, tout accord déboucherait forcément vers une légitimation de la Nouvelle Constitution, ce que la droite veut absolument éviter. Alors qu’une Nouvelle Constitution est une demande forte dans le pays depuis les débuts des années nonante, la droite au pouvoir a évité le thème pendant plus de dix ans. Lorsqu’il ne lui a plus été possible de l’éviter, elle a constamment cherché à torpiller le processus. Elle a en fait été obligée au dialogue par les récents événements. A l’interne, se sont les résistances et mobilisations qui se sont fait jour dans les départements autonomistes ainsi que les violences déchaînées par leurs groupes les plus radicaux et à l’externe se sont les pressions internationales, en particulier des « gros clients » des hydrocarbures produits dans les départements autonomistes que sont l’Argentine et le Brésil, qui ont obligés les autorités de ces départements à se mettre à table.
Mais une Nouvelle Constitution serait une catastrophe pour la droite. D’un côté, sans être véritablement révolutionnaire, elle instituera certaines limites à la toute puissance actuelle des classes dirigeantes, comme par exemple la limitation de la propriété privée à 5 ou 10 milles hectares par personne. Elle appellera également à des élections générales anticipées, qui, dans l’état actuel de déliquescence des partis de droite, devrait encore renforcer la position du MAS. Elle ouvrirait également des possibilités de réforme du système judiciaire et de l’administration, qui sont encore et toujours contrôlées par les anciennes élites.
Le gouvernement avait donc décidé, comme il l’avait annoncé depuis plusieurs jours, de conclure le dialogue dimanche passé. Il passe donc la balle au parlement, avec pour tâche de décider de la suite des événements. Il s’agit principalement d’appeler au référendum sur la Nouvelle Constitution. Mais également de trancher la répartition de l’impôt direct sur les hydrocarbures et de la manière de repourvoir les postes vacants du pouvoir judiciaire, acéphale depuis plusieurs mois.
Or, si le gouvernement possède actuellement la majorité absolue au parlement, il ne maîtrise pas la chambre haute. Il ne lui sera donc pas facile de faire voter la convocation au référendum, même si les partis de droite sont virtuellement, et qu’il n’est pas exclu que des « transfuges » soutiennent le parti du président. De plus, l’on se dispute déjà pour savoir si cette convocation à référendum devrait obtenir le soutien des deux tiers des parlementaires (position de la droite) ou si la majorité simple suffit (position du gouvernement).
Les mouvements sociaux, qui commencent à s’impatienter, ont décidé une grande marche, depuis plusieurs points du pays, qui devrait converger le 15 de ce mois sur le parlement, afin de l’obliger à convoquer la votation tant attendue. La droite parle d’or et déjà de « prise en otage de la démocratie », alors que la gauche signale qu’il n’est pas normal qu’une minorité puisse bloquer un processus désiré par la majorité des boliviens. Il est clair que la droite a peur de cette votation, car il est presque certain que la nouvelle constitution, si elle est votée, sera acceptée, et probablement largement. Il est également probable que, dans le cas où le parlement ne parviendrait pas à convoquer rapidement cette votation, de nouvelles tentions et violences seront à craindre.