OUI à la nouvelle constitution, malgré tout. Et maintenant?

31 01 2009

Le peuple en fête pour le OUI dimanche soir devant le palais du gouvernement à La Paz

Le peuple en fête pour le OUI, dimanche soir devant le palais du gouvernement à La Paz (photo ABI)

Après le dépouillement de 99,8% des bureaux de votes, la Cour Nationale Electorale donne les résultats officiels suivants quand au référendum sur la nouvelle constitution de dimanche passé:
- au niveau national, le OUI l’emporte avec 61,5% des votants ;
- la nouvelle constitution gagne « la double majorité » des départements et du peuple, puisque 5 des 9 départements l’ont acceptée ;
- en ce qui concerne la possession de la terre, 25% des votants ont voté « blanc », 61% ont opté pour la limiter à 5′000 hectares par personne et 14% ont opté pour 10′000 hectares;
- la participation a été extrêmement élevée, puisque 90% des citoyens inscrits sont allés voter (rappelons que le vote est obligatoire en Bolivie, néanmoins c’est là la plus forte participation jamais enregistrée).

Au-delà de la claire victoire de la nouvelle Carta Magna, la division entre l’Orient et l’Occident du pays demeure. En effet, les cinq départements andins l’ont acceptée. Chuquisaca de justesse avec 51,5% de OUI, La Paz avec 78%, Cochabamba avec 65%, Oruro avec 74% et Potosi avec 80%. Par contre, les quatre départements « autonomistes » des plaines l’ont quant à eux refusée, soit Tarija avec 57% de NON, Santa Cruz avec 65%, Béni avec 67% et Pando avec 59%.
Comme lors des quatre dernières votations (soit depuis qu’Evo Morales et le MAS sont au pouvoir), on peut noter que cette forte polarité se donne plus exactement entre ville et campagne, ainsi qu’entre centre-ville et quartiers périphériques. Ce sont en effet les villes, et en particulier les centres-villes et les quartiers aisés qui ont voté NON (de même qu’ils ont voté pour la révocation d’Evo Morales en août passé), alors que les quartiers modestes et les campagnes ont voté massivement pour le nouveau texte (de la même façon qu’ils ont plébiscité « leur » président en août dernier). A Tarija par exemple, le OUI a gagné dans 4 provinces sur 6. Le NON l’a emporté dans les deux provinces qui comptent les trois plus grandes villes du département, et le OUI l’a emporté dans les 4 provinces dans lesquelles domine la population rurale. Dans le département de Chuquisaca, la courte victoire du OUI cache une forte polarisation. Ainsi, la province centrale de la ville de Sucre refuse le texte à 70%, mais les campagnes l’acceptent à 80%.
Cette victoire électorale du gouvernement d’Evo Morales est sa quatrième victoire de suite, après les élections générales de décembre 2005 (remportées avec 53% des suffrages), les élections à l’Assemblée Constituante de 2006 (51% des suffrages) et le Référendum révocatoire d’août passé (67%). De tels scores ne s’étaient jamais vus depuis le retour à la démocratie, il y a 25 ans.
Néanmoins, de nombreux observateurs, et le gouvernement lui-même, s’attendaient à des résultats encore plus favorables pour la Nouvelle Constitution. Les sondages publiés plusieurs semaines avant le référendum donnaient même le OUI gagnant dans tous les départements, quoiqu’avec un nombre important d’indécis. Il semble que la campagne aussi intelligente que malhonnête de la droite ait fait mouche. Alors que la campagne pour le OUI s’est centrée sur le fait de faire connaître le nouveau texte constitutionnel, la campagne pour le NON n’a jamais cité la proposition de constitution, et a fait appel aux peurs des citoyens. Les thèmes de campagne se sont donc centrés sur la religion : « choisi Dieu, vote NON », « Non à un Etat sans loi, sans foi et sans Dieu », « Attention, la Constitution va légaliser l’avortement », sur la propriété privée « avec la Nouvelle Constitution on va vous prendre votre maison », « constitution communiste », ou encore la justice communautaire : « la Nouvelle Constitution légalise les lynchages », etc. Inutile de préciser que l’on ne trouve aucune trace de ces affirmations dans la nouvelle Carta Magna

dictature imminente, vote NON à la constitution. Evo et la croix gammée, Hitler avec la Whipala, le drapeau des indigènes

"ATTENTION: dictature imminente, vote NON à la constitution." Evo avec la croix gammée et Hitler avec la Whipala, le drapeau des indigènes

On peut noter également que, suite au dialogue de Cochabamba entre le gouvernement et les départements autonomistes, puis à la session du parlement, qui ont permis de modifier près de la moitié des articles pour satisfaire la droite, une grande partie de l’opposition s’était déclarée partisane du nouveau texte. Néanmoins, durant la campagne, ces personnes se sont soit tues, soit sont passés à défendre le NON. Les Eglises, et en particulier l’Eglise catholique, sont également entrées dans l’arène politique du côté du NON.
Cette semaine, de nombreuses personnalités de droite opposées à la Nouvelle Constitution ont tenu des déclarations agressives. Pour la préfète de Chuquisaca, la courte défaite dans son département est due à des « fraudes massives du MAS ». Selon elle, les rapports très positifs du processus électoral rendus par l’Union Européenne, l’Organisation des Etats Américains, le gouvernement étasunien, l’ONU ou encore par le Centre Jimmy Carter, sont tendancieux et inobjectifs. Elle a appelé à ne pas respecter la nouvelle Constitution. Le président du puissant Comité Civique de Santa Cruz a quant à lui remarqué qu’une Nouvelle Constitution qui ne récolte pas « au moins 80% des voix n’est pas légitime ». Considérant la victoire dans les basses terres, la droite a même appelé à un nouveau dialogue « afin de modifier la Nouvelle Constitution ».
De son côté, le gouvernement a signalé que « la Nouvelle Constitution, rédigée et votée par la peuple bolivien pour la première fois de son histoire, ne se négociera pas ». Il a par contre appelé au dialogue et à la négociation afin de la mettre en application. En effet, c’est le parlement « ancienne formule » encore en activité qui est chargé de commencer à légiférer les premières lois de mise en application du nouveau texte constitutionnel. En particulier, il doit décider des modalités de l’élection du parlement « nouvelle formule », qui donnera par exemple plus de poids aux indigènes. Cette votation, ainsi que celle du président, devrait avoir lieu en décembre.
Ainsi, malgré cette nouvelle victoire, l’année qui vient ne s’annonce pas facile pour Evo Morales et son gouvernement. Malgré l’appui populaire massif dont ils jouissent, la droite garde une très forte capacité de nuisance. Elle bloque toujours plus d’une centaine de lois au parlement, grâce à son contrôle de la chambre haute. Et elle continuera selon toute vraisemblance à jouer l’obstruction en ce qui concerne la mise en application de la nouvelle constitution. Le gouvernement devra donc choisir entre attendre l’élection du nouveau parlement, ou appliquer la nouvelle Carta Magna par décret. La première solution risque de lui aliéner une partie de ses bases, pour lesquels les changements sont déjà beaucoup trop lents. La seconde lui vaudra une pluie de critiques de la droite, relayée par les médias, qui l’accuseront de totalitarisme. De plus, la crise économique mondiale mettra très probablement à très rude épreuve les finances nationales et les projets dirigés aux plus démunis. Mais à n’en pas douter, la droite et la grande majorité des médias qui leurs obéissent au doigt et à l’œil ne se gêneront pas pour faire porter le chapeau au gouvernement.



Deux heureux événements dans notre arche de Noé

30 01 2009

Luca est enchanté de l'arrivée de ces nouveaux passagers

Luca est enchanté de l'arrivée de ces nouveaux passagers

Depuis deux semaines nous avons une seconde portée de quatre petits chats, qui sont nés sous notre lit. Et depuis hier, Jimba a eu sa première portée de trois chiots, dont deux ont survécu, bien qu’on se demande s’ils ne sont pas prématurés!

Les quatre chatons de Barbouille

Les quatre chatons de Barbouille

Les deux chiots de Jimba

Les deux chiots de Jimba

Une drôle de bestiole

Une drôle de bestiole



Les Boliviens acceptent leur nouvelle constitution

26 01 2009

Suite à une journée électorale qui s’est passée dans le calme, les Boliviens ont approuvé la Nouvelle Constitution qui leur était soumise. Selon les sondages non-officiels effectués à la sortie des bureaux de vote par différents médias, le score se situerait aux alentour de 60% de OUI contre 40% de NON. Selon les premières informations données par la Cour Nationale Electorale et les observateurs internationaux, il semble que la votation se soit déroulée de façon régulière et que la participation ait été très élevée. Comme à son habitude depuis qu’elle perd les votations, la droite a néanmoins dénoncé « de larges fraudes de la part du gouvernement et de ses alliés. »
Il semble que le pays soit à nouveau divisé selon une ligne géografico-sociale. En effet, les quatre départements des basses plaines orientales (Pando, Béni, Santa Cruz et Tarija) ont semble-t-il assez largement refusé le texte qui leur était soumis, alors que les départements altiplaniques (La Paz, Oruro, Cochabamba et Potosi) l’ont très largement plébiscité. Dans le département de Chuquisaca, dont Sucre est la capitale, on se dirige semble-t-il vers un “match nul”. A l’intérieur des départements, il semble que le fossé entre ville et campagne et /ou riches et pauvres soit également confirmée.
La victoire du OUI est nette, mais pas écrasante comme on pouvait le penser jusqu’à il y a quelques jours encore. La raison en est probablement la campagne calomnieuse et agressive menée ces derniers jours par la droite. Elle a en effet joué sur la peur et la corde sensible de la religion, faisant croire par exemple aux citoyens que la nouvelle constitution allait faire de la Bolivie “un état athée dans lequel l’avortement serait légalisé”.

La campagne pour le NON marquée par la peur était toujours présente hier soir sur la place centrale

La campagne pour le NON marquée par la peur était toujours présente hier soir sur la place centrale

D’où le sentiment un peu curieux, ce soir à Tarija, que tout le monde considère avoir gagné. Sur la place centrale, un millier de personnes environ étaient réunies pour fêter le NON de leur département à la “Nouvelle constitution totalitaire du MAS”. Les autorités locales ont tenu des discours agressifs, au cours desquels “le gouvernement dictatorial du tyran Morales” a été descendu en flèche. “Le peuple de Tarija a dit NON à votre Constitution tâchée de sang bolivien, vous avez intérêt à un tenir compte, M. Morales” a par exemple déclaré le président du Comité Civique. On est même allé jusqu’à appeler à ne pas respecter la nouvelle Carta Magna.

Discours sur la place centrale pour fêter le NON de Tarija à la nouvelle Constitution

Discours sur la place centrale pour fêter le NON de Tarija à la nouvelle Constitution

Quelques rues plus loin, l’ambiance était beaucoup plus festive devant le siège local du MAS. Plusieurs centaines de personnes dansaient joyeusement devant une simple estrade pavoisée aux couleurs de la Bolivie et de Tarija. Les discours étaient enthousiastes au sujet de la nouvelle constitution et « de la nouvelle ère qui s’ouvre pour les pauvres, les indigènes, les femmes ou les paysans. » Les orateurs ont remarqué le pas historique effectué par les Boliviens, « qui ont pu voter pour la première fois au sujet de leur constitution, qui a été rédigée par une Assemblée élue par vote populaire et qui a largement fait participer les mouvements sociaux. » Et vers 22h00, une pluie torrentielle a renvoyé dos-à-dos et à la maison tout ce petit monde !

Le peuple fête "sa" nouvelle constitution

Le peuple fête "sa" nouvelle constitution



La reconquête pacifique des indigènes

25 01 2009

Dans le cadre du référendum sur la Nouvelle Constitution qui se déroule aujourd’hui, voici une série d’articles très intéressants écrits de Santa Cruz par notre ami Bernard Perrin. Ils sont parus dans Le Courrier le samedi 24 Janvier 2009, dans un cahier “spécial Bolivie”.

BOLIVIE: LA RECONQUÊTE PACIFIQUE DES INDIGÈNES


Trois ans après l’élection d’Evo Morales, les Boliviens s’apprêtent à inaugurer leur nouvelle maison commune. Le projet de Constitution soumis aux voix dimanche devrait consolider les réformes juridiques, sociales, politiques et économiques en cours. Une «décolonisation du pouvoir» qu’illustre la réforme agraire en pays guarani.
Imaginez qu’une famille soit propriétaire de l’équivalent de la superficie du canton du Valais… ou de plus de 500000 terrains de football. Et que sur ce même territoire, des milliers de paysans sans terre survivent en esclavage, avec au mieux un salaire de misère, au pire juste de quoi nourrir leur famille. Bienvenu dans le département de Santa Cruz, terre des inégalités! Dans cet Oriente bolivien où seulement 5% des plus riches propriétaires possèdent 85% des surfaces cultivées… Dans la région reculée de l’Alto Parapeti1, à quelques heures de jeep de la petite ville pétrolière de Camiri, le temps semble s’être figé. Et le paysage magnifique, fait de vallées et de montagnes recouvertes d’une végétation luxuriante, rappelle le paradis perdu. Perdu, car dans ce monde oublié, le XXIe siècle rime encore avec esclavage pour le peuple guarani. Dans les énormes propriétés privées de plusieurs milliers d’hectares, des communautés entières vivent toujours en état de servitude, soumises à un patron.
Les Guaranis ont habité cette région au moins depuis le XIVe siècle, et ont résisté à toutes les tentatives de colonisation pendant plus de trois cents ans, jusqu’à leur défaite militaire en 1892 lors de la bataille de Kuruyuki. Le territoire fut alors distribué par l’Etat aux propriétaires terriens, boliviens ou étrangers, et les «bons sauvages» guaranis furent dispersés dans les différentes haciendas, utilisés pour le travail aux champs. Une main d’oeuvre corvéable à souhait bienvenue…

Un siècle de travail forcé

Des communautés entières furent ainsi privées de leurs terres fertiles et réduites au travail forcé. «Ce fut le début de la période la plus pénible de notre histoire, qui n’est malheureusement pas encore terminée», explique Felicia, assise devant sa petite hutte faite de bois et de paille. Dans sa communauté d’Itacuatia, la vieille dame, 67 ans, témoigne d’un passé qui se mêle au présent: «J’ai été séparé de ma famille quand je n’étais encore qu’une enfant, pour entrer au service de la famille Chávez. Dans leur hacienda, depuis toute petite, j’ai lavé le linge, pelé les légumes et préparé les repas. Je ne suis jamais allée à l’école et pendant très longtemps je n’ai pas su ce qu’était l’argent. Les hommes, eux, étaient aux champs, du lever du soleil à la tombée de la nuit.»
Selon l’Assemblée du peuple guarani, Itacuatia compterait aujourd’hui encore trente familles soumises à une forme ou à une autre d’esclavage ou de servitude. «Nous recevons des salaires de misère, en général 15 bolivianos (un peu plus de 2 francs) pour une journée de dix ou douze heures de labeur. Et il y a encore peu, nous n’étions rétribués que par un peu de sucre, du savon, quelques cacahuètes…», confirme Nicanor Cerezo Bejarano, le mburuvicha (le chef) de cette communauté. Et comme tous ses compagnons, il est lié au propriétaire par une supposée dette qui se transmet de père en fils. Résigné, il se sent encore incapable d’imaginer un autre futur que celui de «vivre et mourir sur cette terre qui m’a vu naître, au service d’un maître».

2009, année de la libération?

Et pourtant… L’espoir que plus d’un siècle d’exploitation prenne fin cette année est bien réel… Pendue à un arbre, une vieille radio grésille pour l’ensemble des familles d’Itacuatia. Le programme de Patria Nueva, un canal pro-gouvernemental, fait la promotion de la nouvelle Constitution. Nicanor Cerezo Bejarano écoute pensivement: «Ce nouveau texte fondamental pourrait nous offrir enfin ce que nous voulons: vivre librement, en travaillant notre propre terre et en nous organisant en communauté. Alors le 25 janvier, nous irons tous voter, évidemment.»
Le vice-ministre des Terres, Alejandro Almaraz, l’a lui-même clamé haut et fort: cette année 2009 sera celle de la libération du peuple guarani et de la fin de l’esclavage. Il y a moins d’un an pourtant, l’avenir de la réforme agraire dans ce coin de pays semblait bien compromis. En avril 2008, trois grands propriétaires terriens, soutenus par l’oligarchie la plus conservatrice de Santa Cruz et par la préfecture de droite, avaient même pris les armes contre le gouvernement. Et ce même Alejandro Almaraz fut retenu en otage pendant sept heures par les propriétaires terriens rebelles et leurs groupes de choc. «Mais en août, en plébiscitant le président avec 67% de votes, le peuple bolivien a mis en déroute cette droite fasciste, et avec elle les propriétaires terriens», raconte Don Valerio Castaño. Le vieil homme travaille lui aussi pour la famille Chávez, depuis plus de vingt ans. La sueur perle sur son front ridé alors que la température dépasse les 37degrés. Mais désormais un léger sourire crispe son visage: «Fin novembre, les fonctionnaires du gouvernement ont pu reprendre le processus d’assainissement des terres de l’Alto Parapeti, sans que les propriétaires terriens ne leur tirent dessus. Ils ont pu effectuer leur travail de terrain, maintenant nous attendons le résultat et une éventuelle redistribution…»

Extrême précarité

Les chefs des communautés guaranis de l’Alto Parapeti ont transmis au gouvernement une demande de reconstitution d’une Terre communautaire d’origine (TCO) de 157′000 ha dans le cadre de l’assainissement foncier. L’histoire est donc en passe de rendre aux Guaranis ce qu’elle leur a volé. Mais Don Valerio n’ose pas encore y croire: «Il faut nous comprendre… La peur des patrons est ancrée quasi génétiquement en nous. On a peur de tout, peur de parler, peur des représailles…»
Les propriétaires terriens pourtant font désormais profil bas. L’un d’eux, Ronald Larsen, qui avait tiré dans les pneus de la voiture du vice-ministre en avril, aurait même quitté le département, peut-être la Bolivie.
Mais pour ne pas être accusés de maintenir des communautés en régime d’esclavage, et donc de perdre leurs terres, les Chávez ont récemment privé les Guaranis de travail, espérant du même coup les contraindre à quitter la région. Sans le salaire de misère octroyé par le patron et toujours sans terre, les milliers de Guaranis qui composent les dix-neuf communautés de l’Alto Parapeti vivent aujourd’hui dans la précarité la plus absolue. «On cultive en cachette, clandestinement, de petites parcelles qui appartiennent bien sûr au latifundiste. Mais cela nous donne à peine de quoi nourrir nos familles», poursuit Don Valerio.
Pourtant dimanche, même l’estomac vide, Don Valerio ira voter le coeur léger: «Pendant des années, j’ai fait ce que le patron exigerait de moi, je vivais dans la peur, sans pouvoir me défendre contre les mauvais traitements, dans l’ignorance de mes droits, faute d’éducation. L’histoire a changé. Avec le gouvernement d’Evo, avec cette nouvelle Constitution, les Guaranis vont pouvoir enfin être maîtres de leurs terres, et de leur destin.»I
Note : 1 Le Courrier des 10 avril 08 et 19 août 06.

«Nous avons une dette historique envers les peuples indigènes»
PROPOS RECUEILLIS PAR BPN

Il n’a pas hésité, en avril dernier, à affronter directement les propriétaires terriens, quitte à essuyer leurs tirs. Et il n’a pas attendu que la Constitution inscrive dans le marbre les principes de la réforme agraire pour aller de l’avant. Avec ses lunettes à monture noire et sa barbe de jeune révolutionnaire, le vice-ministre des Terres, Alejandro Almaraz, incarne bien ce processus impulsé par le gouvernement.

Etes-vous satisfait du cours de la réforme agraire?

Très satisfait. En trois ans, nous avons assaini1 18,3 millions d’hectares (ha), soit deux fois plus que ce qui avait été réalisé depuis 1996. Et surtout, ce processus bénéficie enfin aux communautés. Sept millions d’hectares ont ainsi été remis aux peuples indigènes en Terres communautaires d’origine (TCO), et plus de 2,3 millions aux communautés paysannes.

Au détriment des entreprises privées?

Non, 600′000 ha ont été titularisées à des petites entreprises et plus de 900 000 ha aux moyennes et grandes. Cela montre qu’il ne s’agit pas, contrairement à ce que prétend l’opposition, d’une réforme anti-démocratique, qui exproprie les privés. Au contraire, nous leur offrons la sécurité juridique.

Où en est le processus d’assainissement?

Vingt-sept millions d’hectares sont assainis, mais la Bolivie en compte 106… J’estime qu’il nous faudra encore cinq ans pour arriver au terme du processus. L’an dernier, nous avons pu déclarer un premier département entièrement assaini, celui de Pando, qui compte 6,5millions d’ha. Avant, les communautés indigènes n’y avaient pratiquement aucun droit sur la terre, désormais elles sont titulaires de 2,5 millions d’hectares, dont 500 ha attribué à chaque famille .

D’où proviennent ces terres redistribuées?

Ce sont les terres qui étaient inexploitées, qui ne répondaient pas à la fonction économique et sociale. Je vous donne un exemple. Dans le département de Pando, une famille réclamait 300′000 ha. Or l’étude sur le terrain a montré que seul 1% de cette surface répondait à la fonction économique et sociale. Et seul ce pour-cent a donc été titularisé…

Qu’est-ce que la fonction économique et sociale?

C’est un principe fondamental qui est inscrit pour la première fois dans le marbre de la Constitution! Une terre qui n’est pas exploitée ou qui l’est mais au travers de la survivance de l’esclavage ne remplit pas la fonction économique dans le premier cas et la fonction sociale dans le second. Elle est alors expropriée, sans indemnisation, et l’Etat se charge de la redistribuer, par exemple à ceux qui la travaillent, à des communautés soumises à un maître.

C’est le cas de l’Alto Parapeti…

Oui, et l’année 2009 sera celle de la libération du peuple guarani et de la fin de l’esclavage! Il y a eu une résistance de la part de quelques propriétaires terriens, qui ont même pris les armes contre nous l’an dernier, et qui s’opposent à la fin de leurs privilèges insensés, à cette accaparement inadmissible de dizaines de milliers d’hectares. Ils étaient appuyés par l’oligarchie conservatrice de Santa Cruz et par les mouvements séparatistes et autonomistes. Mais cette droite extrémiste et raciste a été défaite, et les propriétaires terriens avec elle. La redistribution de terres dans cette région est désormais imminente…

La Constitution ne fait-elle pas la part trop belle aux peuples indigènes?

Non, nous avons une dette historique à payer, celle de l’humiliation de communautés qui formaient ce pays avant la conquête espagnole, et qui ont souffert de siècles d’exploitation et de discrimination…

Qu’apporte encore la nouvelle Constitution?

Elle renforce la gestion communautaire de la terre. Ici, en Bolivie, nous ne pensons pas qu’il s’agisse d’une utopie, comme le pense la droite et une partie de la gauche. Ce système a pour but le bien commun, tout en respectant l’individu. Il est harmonieux.
Note : 1 L’assainissement consiste à vérifier la validité du titre de propriété et la légalité de l’exploitation puis à redistribuer les terres saisies..

Un Constitution ethnique ou intégratrice?
BERNARD PERRIN

C’est une députée du Mouvement vers le socialisme, le parti d’Evo Morales, qui le dit sans ambages: malgré trois ans de gestion gouvernementale, le processus de changement n’a pas réellement démarré en Bolivie. «Certes, il y a eu la nationalisation des hydrocarbures, la mise en place d’un système de rente universelle pour les personnes de plus de 60 ans et l’alphabétisation de l’ensemble de la population. Des avancées majeures! Mais nous avons besoin de cette nouvelle constitution pour enfin décoloniser le pays et refonder totalement la Bolivie», explique Julia Ramos. «La refonder sans discrimination, afin que tous les Boliviens soient égaux et unis, que chacun puisse vivre dignement dans ce pays», d’ajouter le vice-président de la république, Alvaro García Linera.

Le peuple rédige et vote

Après 184 ans de vie républicaine, la Bolivie se prépare donc à faire sa vraie révolution! Pour la première fois de son histoire, c’est en effet le peuple, représenté par les 255 constituants élus en 2006, et non une élite politique, qui a écrit la nouvelle charte fondamentale, soumise au référendum ce dimanche 25 janvier.
Et pour la première fois, la majorité indigène du pays devient véritablement actrice du changement. «Comme dans de nombreux pays du monde, les constitutions boliviennes depuis l’indépendance en 1825 ont été de terribles instruments de domination sociale, aux mains d’une élite bourgeoise. Ce nouveau texte offre une rupture totale, il est anti-colonialiste et nous libère de l’esclavage néolibéral», relève Idon Chivi Vargas, avocat indigéniste au Vice-ministère des droits de l’homme.

Deux justices égales

A côté de l’égalité des sexes, du droit à la maternité, du droit à vivre dans un environnement sain, et de droits sociaux, comme l’accès à l’eau potable, à des systèmes de santé et d’éducation gratuits, la nouvelle Constitution offre surtout une reconnaissance inédite des droits des trente-six nations indigènes originaires qui composent une (grande) partie du pays. Droit d’exister librement, droit à l’identité culturelle et religieuse, droit à leur propre vision du monde, droit aussi à leur libre détermination et à leur territoires. Et dans ce cadre, droit d’appliquer leurs justices traditionnelles (lire ci-contre), mises au même niveau hiérarchique que la justice ordinaire.
Pour Eugenio Rojas, le maire de la petite ville d’Achacachi, bastion de la communauté aymara, près du lac Titicaca, c’est une reconnaissance logique: «La justice traditionnelle est plus morale, plus éthique et bien moins corrompue que la justice ordinaire, qui protège avant tout les riches. Le coupable doit réparer les conséquences de son acte, ce qui passe par exemple par les travaux d’intérêt général. La peine vise à une prise de conscience, à une réflexion de la part du coupable.»
«Il y a des avancées dans ce texte avec la reconnaissance des droits des peuples indigènes, trop longtemps exclus», reconnaît volontiers l’analyste politique Carlos Cordero, placé à droite sur l’échiquier politique. «Et créer des droits spécifiques aux indigènes procède d’une bonne intention. Mais cela crée de nouvelles discriminations. On racialise la politique, on crée un fondamentalisme ethnique, on offre un traitement privilégié aux indigènes, par rapport aux populations métisses ou d’origines européenne, oubliés dans cette Constitution. Et on passe d’une nécessaire réparation historique à une regrettable revanche.»

Pas assez socialiste

Si la droite rejette le nouveau texte constitutionnel, jugé trop «indigéniste», extrêmement «anti-libéral» et «démesurément étatiste au niveau économique», celui-ci ne fait pas non plus que des heureux à l’extrême gauche, signe peut-être qu’il a atteint malgré tout un niveau insoupçonné de consensus…
Raul Jimenez, en tout cas, ne décolère pas. Doyen de la faculté de droit de l’Université San Andrés de La Paz, il dénonce une trahison: «Certes, la Constitution a été écrite par le peuple, mais elle est pleine de contradictions. Elle se prétend socialiste, mais elle reconnaît la propriété privée, c’est absurde!»I

«Tout le droit international et même davantage!»
PROPOS RECUEILLIS PAR BENITO PEREZ

Non sans humour, le vice-ministre de Justice et des Droits de l’homme, Wilfredo Chávez, qualifie la nouvelle Constitution de «droitière… tant elle octroie de nouveau droits» aux Boliviens. Dont celui de choisir sa juridiction: ordinaire ou indigène.

En tant de chargé des Droits humains, que mettriez-vous en avant dans le nouveau texte?

Wilfredo Chávez: Au-delà de son caractère démocratique –ce serait la première Constitution rédigée et votée par les citoyens boliviens– je relève que l’ensemble des droits humains existant dans les traités internationaux ont été intégrés au droit national supérieur. Par exemple, sur la base de la Déclaration internationale des droits des peuples autochtones de 2007, ceux-ci pourront demander une autonomie territoriale et une représentation directe à l’Assemblée nationale. A cela, les constituants ont adjoint des droits sociaux non encore reconnus internationalement, comme le droit à l’eau, aux services publics universels, etc. Enfin, ils ont fait ce qui aurait dû l’être depuis longtemps: instaurer l’égalité de genres et la pénalisation de la discrimination, séparer l’Etat de l’Eglise et déclarer la Bolivie pays pacifiste, interdisant les bases militaires étrangères et rejetant la guerre comme solution politique. Cette affirmation a son importance au vu de l’actualité mondiale…

La reconnaissance de la justice communautaire fait peur, car elle peut être parfois expéditive…

Au contraire: son inscription dans la Constitution permet de la soumettre au respect des droits humains universels. Les punitions physiques sont donc évidemment interdites et réprimées comme tout atteinte à la personne humaine. De plus, on ne pourra être soumis à cette justice sans consentement préalable. En cas de conflit de juridictions, le Tribunal constitutionnel plurinational (TCP) tranchera. Croyez-moi: c’est un enrichissement! Dans la plupart des cas, la justice communautaire est plus appropriée et efficace, car elle est rapide et se préoccupe d’abord de ressouder le justiciable et sa communauté, à réparer plutôt qu’à punir.

Mais sa célérité n’affaiblit-elle pas le droit au recours?

En principe, l’appel est garanti par la Constitution. Il y a le cas particulier des communautés pratiquant la justice en assemblée. C’est un type de fonctionnement qui implique le repentir public et l’immédiateté de la peine ce qui en garantit l’application. Mais ceux qui se soumettent à cette assemblée le font volontairement, c’est un signe d’adhésion à la communauté, au même titre que d’accepter ses autres règles de fonctionnement. C’est un tout. Et si le justiciable refuse cette juridiction, il peut faire recours au TCP. Il faut être clair: ce n’est pas la nouvelle Constitution qui a inventé la justice communautaire. Qu’on le veuille ou non, ces pratiques existent, elles ont survécu à la colonisation. La justice communautaire a en particulier pallier l’absence de l’Etat auprès des communautés rurales. Jusqu’à présent, les deux systèmes étaient divorcés. Désormais, ils seront compénétrés.

Commentaire : Déroute de l’opposition
BERNARD PERRIN

Une image du Christ à côté de celle d’Evo. Et un slogan: «Le 25 janvier, choisis Dieu!» L’affiche orne les murs de Santa Cruz, le bastion de la droite anti-gouvernementale, farouchement opposée à la nouvelle Constitution politique de l’Etat. Et pourtant, l’article 4 de la nouvelle charte prévoit le respect de toutes les croyances! La campagne mensongère de la droite, qui prétend aussi qu’on légalisera le mariage gay ou l’avortement, thèmes qui ne se trouvent dans aucun des 411 articles soumis au vote dimanche, illustre son total désarroi plus encore que sa crasse malhonnêteté.
Comment en effet convaincre les citoyens de s’opposer au changement? Certainement pas en débattant des propositions inscrites dans la Constitution, comme la meilleure répartition des terres… Mieux vaut prétendre que le «gouvernement communiste va interdire la propriété privée», même si l’article 56 la garantit expressément… Ne restent que la diffamation et le mensonge pour tenter de rallier les suffrages.
La droite bolivienne ne relève décidément pas la tête. Podemos, le principal parti d’opposition de l’ancien président Jorge Qujiroga, a bien tenté de jouer un rôle majeur lors des négociations sur la Constitution au parlement, qui ont abouti en octobre à la révision d’une centaine d’articles. Las, la tactique a encore élargi la base de soutien au texte constitutionnel à droite, et mené Podemos au bord de l’implosion.
Les préfets autonomistes, eux, ont perdu toute crédibilité, après la tentative de coup d’Etat marquée par la vague de violences du mois de septembre, la prise des institutions publiques et le massacre, dans le Pando, d’une vingtaine de paysans.
La campagne de dénigrement du président Morales, présenté comme un apprenti dictateur dans l’ombre du Vénézuélien Hugo Chávez et comme un extrémiste indigéniste prêt à diviser les Boliviens sur des critères ethniques, leur est revenue dans la figure comme un boomerang. Ce sont en effet désormais ces préfets qui incarnent, à la lumière crue des événements, le confinement régionaliste au détriment de l’unité nationale, le déchaînement du racisme, et le non-respect des institutions et de la démocratie. Une déroute totale, qui les a fait perdre jusqu’à la bannière de l’autonomie départementale, désormais largement incorporée dans une nouvelle Constitution qui apparaît comme la plus décentralisée de l’histoire, et qui devrait obtenir l’aval du peuple dimanche au-delà, pour le moins, des 60%.I



Le racisme comme arme de propagande massive

22 01 2009

Hier soir, j’avais envie de sortir en ville boire une petite bière. Je suis descendu à pied jusqu’à la Place Sucre, la seconde place en importance de la ville, autour de laquelle se trouvent de nombreux bistrots. Elle était fermée à la circulation, car s’y déroulait un «festival différent pour le NON à la Nouvelle Constitution», organisé par le Comité Civique Juvénile. Quelques centaines de personnes, surtout des jeunes, assistaient aux spectacles. Quand je suis arrivé, un « sketch comique » se terminait sur la scène montée dans la rue. Ponchos rouges et bonnets andins traditionnels, pas de doute, les deux acteurs campaient des « Khollas », des indiens de l’altiplano. La scène représentait un entretient d’embauche dans l’administration nationale. Le candidat était un imbécile absolu. Néanmoins, il obtenait le poste sans problème, malgré « que vous ne parlez que l’Aymara, parce que vous m’êtes recommandé par le compagnon Evo Morales »… Bêtise, corruption, népotisme, les attaques contre le gouvernement du MAS sont nombreuses, fortes… et très peu fondées.
A suivi un discours édifiant de l’animatrice. Il faut bien sûr voter NON à la Constitution, elle l’aura bien assez répété. Pourquoi ? Entre autre parce qu’un certain article (je ne sais plus lequel, mais de toute façon ils sont tous mauvais, n’est-ce pas ?) oblige les fonctionnaires nationaux à parler deux langues nationales, l’espagnol et une langue indigène. Or, cela ne peut pas être, « c’est trop difficile, imaginez-vous, ce serait couper les ailes à nos enfants (sic!). Comment, nous, les gens de la ville, devoir apprendre une langue indigène !? » Bien sûr, les Aymara, Quetchua ou Guaranis qui vivent en Bolivie depuis des millénaires doivent apprendre l’espagnol, c’est simplement normal. Mais que les blancs ou les métisses doivent apprendre la langue de ces sauvages, voilà qui dépasse l’entendement de cette dame.
Suit une chorégraphie typique de Tarija, donzelles en minijupes affriolantes et beaux gars bien bâtis, « la meilleure expression de notre folklore, de nos racines ». Je me rince l’œil, et au changement de scène, je vais quand même boire ma bière, pour me remettre de mes émotions.
Une petite heure plus tard, le spectacle continuait. J’ai pu assister aux dernières notes d’un groupe de rock local, tous arborant fièrement le T-shirt « Protège ta famille, vote NON à la constitution », saupoudrant sa prestation de remarques machistes.
Puis retour sur scène des comiques. Ponchos rouges et bonnets andins. Cette fois, on joue une scène « pour montrer comment sera la Bolivie avec la Nouvelle Constitution ». Deux indiens, toujours aussi bêtes, sont juges à la Cour Suprême. Deux autres indiens, paysans, mêmes ponchos rouges et mêmes bonnets pointus (l’égalité communiste ?), mais portant en plus des passe-montagnes à la Marcos, débarquent sur scène en traînant violemment un homme habillé à l’occidentale. Ils l’accusent de vol de lama.
Il s’agissait bien sûr d’une parodie de la justice indigène, ou communautaire, que la Nouvelle Constitution reconnaît, mais qui pour les non-indigènes ne se résume que par un mot : lynchage. L’un des grands thèmes de la campagne pour le NON, avec la religion (« vote pour DIEU, vote NON »).
L’accusé est violemment battu, par ceux qui l’ont amené, mais aussi par les juges, qui brandissent la Nouvelle Constitution, « qui leur donne le droit ». Ils le forcent à s’agenouiller, et l’un des juges lui relève la tête en le tirant par les cheveux : « Pouah, un « Qh’ara » (un blanc), bien sûr ! ». Un avocat, habillé à l’occidentale également, arrive sur scène « parce que quand même, ce monsieur a des droits ! ». Il subit immédiatement le même sort que l’accusé, les juges brandissant encore la Nouvelle Constitution : « Le droit, c’est nous ! ». Les « juges », parodiant les traditions indigènes, décident alors de la culpabilité de l’accusé … en lisant dans les feuilles de « la coca sacrée ». L’accusé est déclaré innocent. On le jette hors de scène. On relance les feuilles de coca, et le juge-sorcier trouve le coupable du vol, dans le public ! Le nouvel accusé est amené manu militari sur scène, et immédiatement déclaré coupable. On demande alors son avis au public, « car voilà comment fonctionne la justice communautaire ». « Lynchez-le, Lynchez-le », scande le public en délire… La scène se termine alors par une rapide pendaison du « coupable »… Et la gentille animatrice d’enfoncer encore le clou : « Voilà ce que le gouvernement veut faire avec nous. Protégez vos famille, votez NON dimanche ».

Il est vraiment impressionnant de constater, très régulièrement, le profond racisme qui imprègne la société bolivienne. Les indiens sont «bêtes, sales, alcooliques et paresseux ». Ce sont des sauvages, voire des « anthropophages », comme me l’avait dit un jour une dame sur la place centrale. Il n’est pas possible de comprendre les tensions et le processus politique actuel sans prendre en compte ce cadre. Le racisme et la très profonde injustice structurels (c.f. article du blog du 12 janvier : « La Bolivie, terre d’injustice ? ») sont acceptés comme « naturels » par la très grande majorité des blancs et des métisses, mais également encore par beaucoup d’indiens eux-mêmes. Beaucoup de blancs ne se considèrent en fait pas eux-mêmes comme raciste. C’est simplement une évidence, « prouvée par les faits », que l’indien est un être inférieur.
Le mouvement actuel de reconnaissance des majorités indigènes et/ou paysannes, initié au début des années 90 et qui culmine actuellement avec la présidence d’Evo Morales, d’origine Aymara, est en butte avec des secteurs qui monopolisent le pouvoir depuis bientôt cinq siècles. Il ne s’agit pas de tomber dans un manichéisme bushien, et de prétendre qu’Evo Morales et le MAS sont parfaits. De nombreux points du processus sont discutables, et discutés. De l’autre côté, la droite autonomiste n’est pas purement diabolique, et il est clair que certaines de ses revendications sont, en partie du moins, légitimes.
Il est néanmoins clair également que, au fond, le gouvernement d’Evo Morales est profondément démocratique, élu par une majorité très rarement atteinte dans aucun pays démocratique. Il s’agit de donner plus d’espace aux majorités oubliées, de diriger la société bolivienne vers une plus grande justice, une plus grande égalité entre citoyens. Pour ce faire, le gouvernement utilise des moyens démocratiques, pacifiques, jouant le jeu de la démocratie bourgeoise qui ne lui est pas favorable. De l’autre côté, la droite cherche principalement à conserver ses privilèges, en utilisant son pouvoir médiatique et son pouvoir de séduction pour se rallier une partie de la classe moyenne, surtout dans les plaines basses. Beaucoup d’indiens « urbanisés » rêvent en effet d’être blancs et riches comme eux, et sont donc prêt à les suivre et à faire la sale besogne. Depuis que nous sommes ici, nous avons pu nous rendre compte de très nombreuses fois de la mauvaise fois de la droite, qui invente excuse sur excuse, sans autre but que de freiner le processus de changement.
On ne peut donc que souhaiter que ce processus de changement et de dignification des plus humbles se poursuive, de façon démocratique et pacifique. Que les boliviens trouvent eux-mêmes, sans ingérence extérieure, leur chemin vers une société plus juste.



Décès de notre ami Matthieu Cramer, volontaire E-CH en Colombie

21 01 2009

Nous avions connu Matthieu lors du long stage final d’E-Changer au Bouveret, en été 2006. Nous avons passé de grands moments ensemble, à se préparer, à rêver, à refaire le monde, à partager nos espoirs d’un monde meilleur… et même à dormir à la belle étoile sur le Grammont. Merci pour tout ce que tu nous as apporté en si peu de temps, on ne t’oublieras pas, Mateo!

“Mateo el Suizo” ne reviendra plus. La coopération en deuil
Paru dans le Courrier, le Vendredi 12 Décembre 2008
SERGIO FERRARI ET BENITO PEREZ

COLOMBIE - Bien connu des milieux de la solidarité avec l’Amérique latine, le Genevois Matthieu Cramer est décédé dans un accident de la route. Retour sur un engagement conséquent et passionné.
«Si beau qu’il ne peut mourir. Si présent qu’il ne mérite pas de cesser d’être par la médiocrité d’un accident.» Et pourtant… «Mateo el Suizo», Matthieu Cramer, coopérant genevois en Colombie de 33 ans, est décédé dans la nuit de mardi à mercredi. L’hommage de ses camarades de l’Association des assemblées indigènes du Nord Cauca (ACIN, lire également ci-contre) dit combien la disparition de Matthieu consterne et émeut tous ceux qui l’ont connu. La rédaction du Courrier, qu’il avait si souvent aidée, guidée, en fait partie. Le cheminement de Matthieu a pris fin sur une route du Nord-Pérou. Avec Anderson, son camarade de Popayán, également décédé, il se rendait en Argentine. Des vacances bien méritées auprès de son frère et… l’occasion de participer à un congrès paysan. La vie et la lutte, à la façon de Mateo. Sac sur le dos et en stop. Au point de monter en douce sur le pont d’un camion.
Fatale ironie, c’est ainsi que Matthieu avait découvert son Amérique, il y a treize ans. «J’avais à peine 19 ans quand j’ai entrepris un voyage de onze mois, sac à dos, entre le Canada et Santiago du Chili, nous disait-il récemment. J’ai vu tant de choses! Mais le plus important, c’est que j’ai appris à désapprendre. J’ai dû laisser mes préjugés derrière moi, saisir à bras le corps cette réalité pleine de contradictions, de contrastes, de diversité, de misère et de joie. Pleine de vie…»

Démocratie communautaire

De retour en Suisse, il s’engage à gauche, lit, apprend, découvre, squatte, lutte. Mais le virus colombien l’a atteint. C’est à Bogota qu’il poursuivra ses études de mathématiques. A l’Université nationale de Colombie qu’il connaîtra des jeunes issus de l’autre Colombie, le pays rural, modeste, mais combatif. Les vacances académiques passées à soutenir la communauté paysanne de Inzá-Tierradentro, dans le Cauca, changeront sa vie.
Diplôme en poche, Mateo s’installe dans ce sud colombien, loin de tout, sauf des appétits transnationaux et paramilitaires. Avec l’association paysanne locale, il multiplie les projets de développement. «C’est avant tout une expérience de démocratie communautaire. On apprend à s’organiser pour revendiquer le droit de se développer», expliquait alors Matthieu Cramer.

Expulsé en 2004

Cet activisme lui valut de soudains problèmes de visa. Et un retour forcé à Genève. Deux ans. Juste de quoi établir un véritable pont aérien entre Genève et Inzá, entre le squat de la Tour et les faubourgs de Cali1. On ne compte plus les Suizos débarqués dans le Cauca. Les «amigos de Mateo»2.
En novembre 2006, Matthieu peut s’envoler à nouveau vers Inzá, dans la peau, cette fois, d’un coopérant E-Changer. Un travail de «renforcement institutionnel» auprès de la communauté paysanne, qu’il complètera par une solidarité sans faille avec les luttes sociales qui agitent le Sud colombien. Coupeurs de canne et, surtout, Minga indigène, dont il accompagna le mois dernier la marche vers Bogota3.
Matthieu Cramer aurait dû terminer son mandat de coopérant en octobre dernier. Mais son coeur colombien l’avait convaincu de prolonger l’engagement. Mateo el Suizo, Matt le Colombien, reposera pour toujours à Tierradentro.
Nous publions à continuation une interview réalisée peu de temps avant son décès. A l’origine, ce texte devait illustrer une page de la rubrique «solidarité» prochainement consacrée à l’engagement volontaire dans les pays du Sud.

Dans la complexe situation vécue par la Colombie, de quel espace dispose réellement la coopération solidaire?

Matthieu Cramer: Il est clair que la durée et la cruauté du conflit ne facilitent pas la tâche de la coopération! A mes yeux, celle-ci n’a guère le choix: elle doit être le plus près possible des secteurs les plus appauvris de la population et reconnaître l’aspiration des Colombiens à des changements profonds. Le type d’organisation partenaire avec laquelle on travaille est alors essentiel. Il y a en Colombie une multitude d’ONG qui revendiquent une coopération dite «neutre» et se tiennent éloignées de ce que pensent et revendiquent les organisations sociales. Pour moi, c’est une vision limitée et insuffisante. Sans compter qu’avec le silence presque total des organismes internationaux sur ce qui se passe réellement en Colombie, s’en tenir à cette apparente neutralité, c’est être dans une certaine mesure complice du statu quo.

Il faut donc une coopération deproximité?

Lors d’une rencontre entre coopérants suisses et partenaires colombiens, ceux-ci ont affirmé l’importance d’accompagner les communautés qui tentent de construire une proposition de paix. Alors que règnent l’exclusion, la guerre, la crise humanitaire, de nombreuses communautés résistent et agissent pour avoir une vie digne, conforme à leur façon de comprendre le développement qui pour elles passe par la préservation de l’harmonie entre le territoire, la communauté organisée et la production agroalimentaire. La présence des «coopér-acteurs»4 leur donne des forces, les valorisent, les protègent et leurs offre une certaine garantie au milieu du conflit. Il est important que ces projets de vie et de paix, dont ces communautés, ces associations, ces organisations sont porteuses, soient visibles. Notre présence peut faciliter les choses. Elle contraint l’armée ou les groupes paramilitaires à modérer leurs actions. Pour ce qui est des autres acteurs armés, c’est la capacité à s’organiser dont fait preuve la communauté qui garantit la sécurité de ses membres.

Quel est l’apport spécifique des«coopér-acteurs»?

Le «coopér-acteur» est un pont. Il tisse des liens entre les organisations sociales colombiennes et la société civile suisse, les rapproche pour qu’elles puissent partager leur vécu. Pour ce qui est de Genève et d’Inzá, par exemple, il existe depuis plusieurs années une relation étroite entre des institutions municipales et cantonales ainsi qu’entre des associations. Ma présence a permis que de nombreux Genevois viennent à Inzá et se rendent compte de ce qu’est la vie quotidienne de ses habitants, et que des collègues d’Inzá aillent en Suisse et entrent en relation avec des Genevois. La rencontre entre les peuples, facilitée par les «coopér-acteurs», est une plus-value. Ce que nos partenaires nous enseignent au quotidien est également une plus-value. Ils nous apprennent à rêver, à renouveler l’utopie…
Vía Campesina, le plus vaste réseau paysan à l’échelle de la planète, a pour slogan «mondialiser la lutte, mondialiser l’espoir». C’est-à-dire qu’il faut avoir une vision globale, comprendre que nous devons maintenant nous opposer au système mondial, qui exclut et marginalise. Sans compter que les pays d’origine des «coopér-acteurs» ont généralement une large responsabilité dans ce qui se passe à travers le monde.
Accompagnement, solidarité, identification avec leur vécu et leurs revendications, voilà ce que demandent nos partenaires. C’est là un point-clé de notre action.
Note : Traduction de l’interview: Michèle Faure, UNITE
1 Le Courrier du samedi 18 décembre 2004.
2 Association Protierradentro-Genève, ccp 17-560000-0.
3 Notre édition du 15 novembre 2008.
4 Fusion des mots «coopérant» et «acteur»



Evo à Tarija pour le “SI” à la Nouvelle Constitution

21 01 2009

Evo Morales en plein discour

Evo Morales en plein discour, au milieu des drapeaux boliviens, de Tarija et du MAS

Le président Morales était à Tarija aujourd’hui, faisant campagne pour le “OUI” à la Nouvelle Constitution. Les Boliviens seront en effet appelés aux urnes dimanche prochain 25 janvier, afin d’approuver ou de rejeter le projet de Constitution qui leur est proposé. Une foule impressionnante s’était réunie sur l’avenue principale, non loin du marché paysan, pour écouter et acclamer “son” président. Une multitude composée d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards, les uns en habits traditionnels de Tarija et chapeau melon, les autres en jeans, T-shirt et casquette, avec les drapeaux vert-jaune-rouge de la Bolivie, à carrés arc-en-ciel de la Whipala indigène, rouge et blanc de Tarija, bleu-blanc-noir du MAS ou encore rouge avec le portrait du Che. Il était impressionnant de ressentir l’enthousiasme de la foule, sa sincérité, l’impression qu’elle donne de participer à un moment historique de refonte du son pays. Après plusieurs discours enflammés des différents représentants des syndicats, des paysans, des indiens Guaranis, mais aussi d’un entrepreneur, la foule a enfin pu entendre « son » président. Emaillé de nombreux « witz » qui font bien rire « son » publique, utilisant le langage du peuple qui est le sien et qui touche les gens par la proximité que leur manifeste l’ex-petit berger de lamas, Evo Morales a défendu la Constitution et a également – et intelligemment – brocardé les incohérences de ses opposants.

Un publique enthousiaste, comme cette grand-maman en tenue traditionelle de Tarijaavec sa petite fille

Un public enthousiaste, comme cette maman en tenue traditionelle de Tarija, qui a ammené sa petite fille pour voir le président Morales

Le lieu choisi pour ce meeting était très symbolique. En effet, le 10 septembre dernier, l’un des moments les plus forts de la tentative de coup d’état civil menée par la droite autonomiste a eut lieu lorsque ces derniers poussèrent des groupes de jeunes à attaquer le marché paysan, symbole du soutien au gouvernement et de l’opposition aux élites locales. Les paysans et les petits commerçants, tout d’abord surpris par l’attaque de leur poste de vente, de leur siège syndical et surtout de leur radio - l’un des très rares médias à ne pas s’aligner sur les positions des élites locales - s’étaient rapidement ressaisis, organisés et défendus, et avaient fini par repousser les jeunes vandales jusqu’à l’entrée de la ville. C’est justement là, sur le lieu des plus violents affrontements – un jeune y a perdu une main suite à l’explosion d’une cartouche de dynamite - que s’est tenu ce meeting; pas tout-à-fait en ville certes, mais plus non plus dans la zone traditionnellement contrôlée par les partisans du gouvernement. Une sorte de victoire symbolique en quelque sorte…

"OUI à la Nouvelle Constitution et à l'autonomie"

Victoire symbolique à laquelle s’ajoute le grand nombre de personnes (plusieurs milliers sans doute) qui ont assisté au meeting. Même au plus fort de la campagne pour l’autonomie, la droite n’a jamais réussi à réunir plus de monde sur la place centrale. De plus, jusqu’à aujourd’hui, si le discours de la gauche avait réussi à se faire entendre (pour la première fois depuis que nous sommes ici), il restait bien en deçà de la propagande pour le NON, et en parcourant la ville on pouvait avoir l’impression que peu de monde soutenaient le OUI.

Il est également intéressant d’observer et d’analyser le matériel distribué par les deux camps. Par exemple, les “neinsager” ne distribuent jamais d’exemplaires de la Constitution, et leurs libelles ne citent même jamais le moindre article de cette dernière. Il s’agit en fait de concentré de mauvaise foi. On y trouve par exemple: “Nous ne voulons pas d’une constitution qui ne garantisse pas la propriété privée”, alors que l’article 56 précise que “La propriété privée est garantie, si l’utilisation qui en faite ne porte pas préjudice à l’intérêt collectif”. Ou encore “Nous ne voulons pas d’une Bolivie athée, sans Foi et sans Religion.” L’article 4 stipule clairement que: “L’Etat respecte et garantit la liberté de religion et de croyance spirituelle, en accord avec les différentes cosmovisions. L’Etat est indépendant de la région.” Les majuscules à Foi et à Religion montrent clairement que pour les opposants, il n’existe qu’une seule Religion - la Catholique bien sûr - les autres n’étant que des superstitions… Le thème religieux aura en fait été LE thème de la campagne, puisque la droite utilise depuis plusieurs semaines ce thème sensible, relayée qu’elle est par les hautes sphères de l’Eglise. On utilise ainsi des slogans du genre : « Vote pour Dieu, vote NON». On a également accusé la Nouvelle Constitution de légaliser l’avortement, ce qui ne figure dans aucun article. Il s’agit en fait de faire peur au citoyen, en évitant si possible qu’il prenne le temps de lire la constitution qui lui est proposée. De peur, certainement, qu’il se fasse un avis personnel et qu’il ne la trouve finalement pas si mal que cela…

La gauche mène quant à elle une campagne qui, si elle n’est pas parfaite - des personnes défendant le NON ont par exemple été chassés de la place centrale de la Paz par des supporters du gouvernement - semble nettement plus honnête que celle de la droite. Les supporters du gouvernement distribuent largement la Nouvelle Constitution et encouragent les gens à la lire et à en débattre. Les tracts qu’ils distribuent la citent amplement, donnant les articles en référence. Résultats d’ici une semaine.



La Bolivie veut déférer les dirigeants israéliens devant la justice

20 01 2009

Voilà un article paru dans le Courrier le 17 janvier. Il est intéressant de noter que devant la passivité des gouvernements du monde entier - même de la majorité des gouvernements des pays musulmans - ce soit la Bolivie qui dénonce haut et fort la situation à Gaza. Cette action s’inscrit dans le cadre générale de l’action internacionale de la Bolivie, qui essaye de défendre une ligne peu empruntée, de défense des peuples du sud, des indigènes de tous les pays. Le président Morales et son gouvernement dénoncent en effet régulièrement de nombreuses formes de (néo)colonialisme, qu’il soit américain, européen ou israélien.

Si ce genre de déclarations, à l’ONU par exemple, sont bienvenues et fondées, il faut également dire que les rapprochements du gouvernement bolivien avec la Russie, la Lybie ou encore l’Iran le sont un peu moins et ne semblent pas témoigner d’une totale cohérence éthique…


PROPOS RECUEILLIS PAR BENITO PEREZ

Etat-partie à la Cour pénale internationale, la Bolivie est habilitée à saisir La Haye, assure le vice-ministre Sacha Llorenti à Genève.
«Si nous regardions simplement et ne faisions rien pour la vie des Palestiniens, nous deviendrions complices de ce génocide.» Par ces mots, Evo Morales justifiait jeudi la rupture des relations diplomatiques, la veille, entre la Bolivie et l’Etat d’Israël, coupable aux yeux de La Paz de perpétrer un «massacre» injustifiable dans la Bande de Gaza. Avec le Venezuela, qui avait expulsé l’ambassadeur hébreu dès le 7 janvier, la Bolivie se place donc à l’avant-garde du soutien à un peuple palestinien paradoxalement lâché par les chancelleries arabes. Caracas est même parvenu à faire pénétrer hier à Gaza deux camions chargés d’aide humanitaire à travers son ambassade au Caire. De passage ce même jour à Genève, deux vice-ministres boliviens ont confirmé le lancement d’une nouvelle offensive solidaire des gouvernements latino-américains: une plainte auprès de la Cour pénale internationale (CPI) pour les attaques perpétrées par l’armée israélienne contre des civils. Le point avec Sacha Llorenti, vice-ministre de coordination avec les mouvements sociaux.

Le président Evo Morales a annoncé mercredi que la Bolivie allait demander à la CPI d’enquêter sur la violence à Gaza. Où en êtes-vous?

Sacha Llorenti: Nous sommes en train d’élaborer la demande et prenons des contacts avec d’autres pays pour qu’ils rejoignent cette démarche. Nous savons que d’autres gouvernements de la région sont prêts à nous suivre, mais quoi qu’il en soit la Bolivie ira de l’avant. Le Statut de Rome donne la compétence à tous les Etats parties de saisir le procureur pour qu’il enquête. Des contact avec La Haye (siège de la CPI, ndlr) ont été pris et une réunion s’y tiendra sous peu, probablement la semaine prochaine, pour finaliser notre démarche.

Pensez-vous qu’il y ait une chance que la CPI enquête ou est-ce avant tout une action symbolique?

La CPI doit agir, c’est évident, il en va de son principe fondateur qui est la compétence universelle. De nombreux organes internationaux, notamment des Nations Unies, ont déjà dénoncé les crimes commis, les destructions. Il faut maintenant agir, même si nous sommes conscients des limites de notre démarche.

Contre qui la plainte est-elle dirigée?

Je ne peux encore donner de noms, mais l’identité des responsables civils et militaires israéliens de l’attaque contre la Bande de Gaza, ceux qui ont organisé le massacre comme ceux qui le perpètrent, est claire…

La Bolivie a rompu ses relations diplomatiques avec Israël. Quelles en seront les conséquences?

Les répercussions sont essentiellement politiques, les échanges économiques sont non seulement limités mais surtout d’ordre privé. Ils ne devraient donc pas être touchés.

FAIRE PRESSION SUR LE PROCUREUR MORENO-OCAMPO

Les dirigeants israéliens risquent-ils réellement des poursuites? C’est peu probable au regard du Statut de Rome, qui préside à la Cour pénale internationale, et des rapports de force internationaux. En principe, la CPI n’entre en action que si un «Etat-partie» (ayant ratifié le Statut) est concerné par le crime à travers la nationalité du suspect ou la localisation du forfait. Or, l’Etat d’Israël ne reconnaît pas la CPI, tandis que la Palestine n’a pas d’existence étatique. Le Statut prévoit une exception: la saisie directe par le Conseil de sécurité. «Mais je vois très mal les Etats-Unis voter une telle résolution», relève Manon Schick, porte-parole de la section suisse d’Amnesty International.
En fait, l’article invoqué par la Bolivie repose sur la bonne volonté du procureur de la CPI, le Mexicain Luis Moreno-Ocampo, auquel «tout Etat-partie peut déférer (…) des crimes relevant de la compétence de la Cour» et «prier le procureur d’enquêter (…) en vue de déterminer si une ou plusieurs personnes identifiées devraient être accusées de ces crimes». (art. 14). Au vu de l’article 15, le procureur peut en effet initier une enquête de son propre chef, la poursuite de l’investigation exigeant dans un second temps l’accord de la Chambre préliminaire de La Haye.
Dans le cas de Gaza, Manon Schick n’y croît guère, soulignant la prévention de la communauté internationale à l’heure de «se fâcher avec Israël». La représentante d’Amnesty estime toutefois «possible» que les destructions subies par l’ONU finissent par provoquer un «sursaut» de cette même communauté: «Les attaques contre des hôpitaux et des écoles sont incontestablement des crimes de guerre».
Sans pressions internationales, il est en revanche peu probable que M.Moreno-Ocampo ouvre une enquête. «S’il l’avait désiré, il aurait eu d’autres opportunités d’intervenir dans un conflit aussi prolongé que celui du Proche Orient», note Mme Schick. Réagissant à une récente initiative d’ONG pro-palestiniennes, Luis Moreno-Ocampo a d’ailleurs rappelé mercredi son inflexible credo: «La CPI n’a pas de juridiction à Gaza». BPZ



La Bolivie, terre d’injustice?

12 01 2009

A lire nos comptes-rendus de la vie politique bolivienne, certains d’entre vous pensent peut-être que les Boliviens sont des gens bizarres, voire un peu fous… Il est vrai que la situation sociale et politique est très « active », et qu’elle l’a très souvent été par le passé. Ainsi, la Bolivie a eu presque autant de présidents que d’années d’indépendance. Elle a connu un nombre assez impressionnant de coups d’état. Néanmoins, on se rend vite compte que les Boliviens, comme l’immense majorité des peuples du monde, désirent vivre dans le calme et dans la paix. Ils aspirent simplement à un minimum de dignité, à pouvoir vivre, et non seulement à survivre. Il nous semble que se sont en fait principalement les incroyables niveaux d’injustice, tant sociale qu’économique, et auxquels nous sommes peu habitués en Europe et en particulier en Suisse, qui expliquent cela.
Si certaines sociétés précolombiennes étaient nettement inégalitaires, c’est principalement la colonisation européenne qui a instauré des systèmes dans lesquels les êtres humains sont profondément inégaux. Au somment de la société se trouvent les Espagnols nés en métropole, et juste en dessous les créoles, espagnols nés aux colonies. Ces derniers prendront les rennes du nouvel état lors de l’indépendance, en 1825, ce qui ne changera pas grand-chose à la situation des plus pauvres. En dessous, on trouvait les métisses, auxquels s’identifient aujourd’hui une grande partie des Boliviens. Et, tout en bas, les indiens et les noirs, amenés comme esclaves depuis l’Afrique, et qui conserveront un statut très inférieur même après l‘abolition de l’esclavage et ce jusqu’à aujourd’hui. On peut d’ailleurs noter que cette situation se retrouve dans presque tous les pays américains.
Depuis cinq siècles, la société bolivienne comporte donc une majorité de citoyens de seconde classe. Dans la région du Chaco (sud-est), subsistent même jusqu’à aujourd’hui des poches de servage. Des familles d’indiens guaranis, qui vivent sur les terres qui leur ont été volées par les colons, sont maintenues dans une situation proche de l’esclavage. Ils doivent travailler pour un « salaire » misérable, quand il y a salaire. Les patrons, qui ont le monopole du petit commerce dans leur région, leur vendent les produits de base à des prix qui font que les indiens sont endettés. Cette dette passe aux enfants, et les indiens passent leur vie au service de leurs patrons, en souffrant des abus et des violences constantes. Lorsqu’une propriété est mise en vente, les indiens – à travers leurs dettes – sont venus avec. Cette situation est dénoncée depuis plusieurs années par l’ONU, L’OEA et différentes organisations de défense des droits de l’homme, mais la situation n’évolue que très lentement. Une commission d’enquête du gouvernement a ainsi récemment été attaquée et refoulée de la région. Les propriétaires empêchent que la loi et le droit fassent leur apparition dans leur région.
En ville, la discrimination envers les pauvres, paysans et/ou indigènes, est constante. Quelques jours après être arrivé pour la première fois en Bolivie, en 2000, j’avais été le témoin d’un fait pour moi hallucinant. Je marchais dans une rue du centre de Cochabamba, lorsque j’ai vu une petite fille qui mendiait. Elle portait des habits traditionnels vieux et sales et avait le visage cuivré et craquelé des indigènes de l’altiplano. Elle devait avoir environ 8 ans et tenait dans ses bras son petit frère. Un garçon d’une dizaine d’année, au teint tout aussi cuivré mais habillé « Nike » flambant neuf de la casquette aux baskets, monté sur un BMX, la poursuivait en lui donnant de très violents coups de pied dans le dos. La pauvre petite ne disait rien, et essayait seulement de soustraire son petit frère aux coups du forcené. Et personne ne disait rien ! Je me suis levé et interposé. Je n’ai pas compris grand-chose à ce que me disait le voyou, mon espagnol n’étant encore que rudimentaire. Mais je voyais à l’expression de son visage qu’il ne comprenait absolument pas pourquoi je m’interposais, et qu’il devait même m’insulter pour ne pas le laisser continuer son petit jeu. Il a même essayé de me contourner pour poursuivre ses victimes. Je suis resté absolument sans voix, et je n’ai pu que l’empêcher de passer assez longtemps pour que la petite fille puisse aller se cacher.
Ce racisme incroyablement violent s’est également manifesté au mois de mai de l’année passée à Sucre. Les paysans indigènes, qui étaient venus en ville pour accueillir « leur » président ont vécu un véritable calvaire. Les indigènes ont en effet été violemment attaqués par des citadins, entre autres des étudiants. Ils ont été persécutés, frappés et insultés. Certains ont été dirigés sur la place centrale de la ville sous les coups et les insultes. Là, triste ironie, devant la Maison de la Liberté, une foule en délire les a obligé à se mettre à genoux et torse nu. Puis, les gens ont brûlés leurs habits traditionnels ainsi que leurs drapeaux, et les ont obligé à crier: «A genoux, indiens de merde», « Excusez-vous, lamas ! ». Et ces faits se sont passés en présence des autorités locales, qui n’ont rien fait pour empêcher ces actes scandaleux. Au mois de septembre, c’est un véritable massacre qui a été perpétué dans le département de Pando. Des paramilitaires autonomistes ont massacré plusieurs dizaines d’indigènes et de paysans qui se rendaient à une réunion syndicale. Ils les ont attaqué sur la route et les ont descendus de sang-froid avec des fusils et des mitraillettes. On a pu voir des images atroces de ces gens – certains étaient venus en famille – qui se jettent à la rivière pour échapper, et les assassins qui continuent à tirer.
L’immense majorité de ces crimes restent absolument impunis. Le système judiciaire est occupé par les mêmes personnes qui contrôlent l’état et qui sont responsables de ces atteintes aux droits de l’homme. Il est très rare qu’un membre de l’élite soit puni. Au pire, on demande l’asile politique aux Etats-Unis, comme l’a fait l’ancien président Sanchez de Lozada, accusé du massacre du plusieurs dizaines de personnes. Les médias sont également dans leur immense majorité contrôlé par les élites, et « informent » la population selon le bon vouloir de ces derniers. Ainsi, les demandes des mouvements sociaux pour plus de justice se transforment en actes terroristes, alors que les exactions des patrons sont passées sous silence.
Alors que la petite minorité riche vit dans de véritables palais, n’en sortant que dans d’immenses 4×4 pour aller au supermarché ou prendre l’avion pour Miami - où elle envoie ses enfants étudier (l’ancien président Sanchez De Lozada, propriétaire de mines, parle mieux l’anglais que l’espagnol) - la majorité des boliviens vit dans la pauvreté. On peut citer quelques chiffres pour illustrer ces profondes iniquités. Selon le PNUD, le 10% des boliviens les plus riches possèdent près de 100 fois plus que les 10% les plus pauvres. Le bolivien moyen a été à l’école durant 5 ans, mais il existe une différence de 7 ans de scolarité entre le 20% le plus riche et le 20% le plus pauvre. La Commission Economique pour l’Amérique Latine, qui a mené une l’étude en 2000, confirme ces chiffres en signalant que le cinquième des familles les plus riches ont des ressources 50 fois plus élevée que le cinquième des familles les plus pauvres. Le taux de pauvreté se situe au environ de 60% de la population, et l’extrême pauvreté concerne un bolivien sur trois. Les chiffres sont encore plus alarmants en ce qui concerne la population indigène, dont plus de 80% vit dans la pauvreté. Dans les campagnes, les taux de mortalité infantile sont deux fois plus élevés qu’en ville. Et la pauvreté a augmenté au cours des années 90, suite à l’adoption des politiques néolibérales d’ajustements structurels imposés par les pays du nord. Si le taux de chômage officiel se situe aux environs de 15%, on estime que les deux tiers des boliviens travaillent dans le secteur informel, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas d’emploi fixe et ne bénéficient d’aucune protection sociale. Le salaire minimum est actuellement fixé à 580 bolivianos par mois (85 francs), mais il n’est pas rare que les employeurs paient moins que cela.
Selon l’UNICEF, il y a en Bolivie 300′000 enfants de moins de 14 ans qui travaillent « au noir » et généralement dans des conditions très difficiles. Selon l’institut national de statistique, un cinquième des enfants de 7 à 9 ans travaille, un tiers des enfants de 10 à 13 ans, et la moitié des enfants de 14 à 17 ans. Chaque année, 15′000 enfants meurent en Bolivie pour des raisons qui pourraient être évitées. Un document de la FAO montre que 27% des enfants boliviens souffrent de la malnutrition. Et l’étude, datée de l’an 2000, signale que la situation se dégrade.
Un rapport du PNUD signale que la distribution de la terre est tellement inégale en Bolivie qu’une petite centaine de famille sont propriétaires de 25 millions d’hectares, alors que 2 millions de familles – en majorité indigènes – ont à peine accès à la terre et se partagent 5 millions d’hectares. Selon le ministère de l’agriculture, 87% des terres cultivables sont en main de 7% des propriétaires. Les centaines de milliers de petits paysans se partagent le 13% restant, et leurs terres sont en général de qualité bien inférieure. De plus, selon le ministère, 95% de terres des grands latifundistes ne sont pas utilisées. Les propriétaires font de la spéculation en attendant que l’état ouvre des routes et d’autres types d’infrastructures. Une bonne partie de ces terres ont été prises aux indigènes et offertes aux amis des dictateurs, en particulier lorsqu’était au pouvoir le Général Banzer, durant les années 70. Plusieurs personnes possèdent des patrimoines de plusieurs dizaines de milliers d’hectares, en particulier dans les départements des basses terres. Selon les données de l’Institut de Réforme Agraire, 24 propriétaires du département de Santa Cruz (0.1% du total des propriétaires agricoles et éleveurs de bétail) possèdent 1,4 million d’hectares, avec des domaines de plus de 20′000 hectares chacun. A Santa Cruz même, quatre propriétaires détiennent à eux seuls 803′000 hectares (4% de la terre). Ainsi, Branco Marinkovic, président du comité « civique » (certains disent « cynique ») de Santa Cruz, dispose d’une « petite ferme » de 300′000 hectares (la taille du canton de Vaud). De l’autre côté, pour la grande majorité des paysans, généralement indigène, on parle de minifundio (mini domaine agricole), voire de surco-fundio (domaine agricole - sillon), tant les domaines sont petits. Il existe également plusieurs centaines de milliers de paysans sans terre en Bolivie.
C’est dans ce contexte là qu’il faut comprendre les tensions actuelles en Bolivie. Le gouvernement d’Evo Morales ne peut en effet pas être qualifié de gouvernement révolutionnaire. Il ne cherche pas à établir un état fondamentalement différent, à transformer la Bolivie en pays communiste comme on l’entend souvent. Le projet de Nouvelle Constitution et les négociations menées avec la droite montre bien qu’on est en présence d’un projet clairement capitaliste, bien qu’avec un important contrôle de l’état. Mais, avec le contrôle quasi absolu qu’exercent les élites dans tous les domaines de la vie sociale, tout les changements qui pourraient rogner ne serait-ce qu’une infime partie du pouvoir des élites est combattu avec une rare violence, même lorsqu’ils sont menés dans un cadre démocratique et constitutionnel. Et la situation est semblable dans l’ensemble de l’Amérique latine. Cette réalité permet de mieux comprendre les différents mouvements sociaux ou révolutionnaires qui agitent régulièrement le continent. La réforme agraire, la justice sociale, la lutte contre le racisme, une meilleure répartition des richesses, sont des demandes que l’on retrouve dans les revendications des mouvements sociaux latino-américains depuis plusieurs dizaines d’années. Depuis quelques années, on les retrouve dans les agendas de la plupart des gouvernements latino-américains progressistes, comme le Brésil, le Vénézuela, l’Equateur, le Paraguay ou la Bolivie. Mais la mise en application de ces politiques visant à diminuer ces immenses inégalités se heurtent à une féroce résistance des secteurs privilégiés. Ces derniers ont souvent perdu une partie du pouvoir politique au cours de ces dernières années, mais conservent un immense pouvoir économique, social et médiatique.



Les fêtes à Tarija

9 01 2009

Pour cause de pluie, nous avons dû attendre Nouvel An pour allumer notre mandarinier de Noël

Pour cause de pluie, nous avons dû attendre Nouvel An pour allumer notre mandarinier de Noël

La région de Tarija, dans le sud de la Bolivie, est une région de tradition nettement espagnole. Contrairement à d’autres régions du pays, l’influence indienne y est faible, et la religion dominante est par conséquent un catholicisme populaire d’origine espagnole. La fête de Noël est ainsi une fête importante, mais cependant moins centrale que chez nous, du fait du grand nombre et de la grande importance d’autres fêtes religieuses, comme Pâques ou surtout la fête de Saint Roch, le Saint Patron de la ville.
L’approche de Noël ne se fait pas sentir ici comme en Suisse. La Bolivie étant située dans l’hémisphère sud, la période des fêtes se place en plein été, qui correspond également au début de la saison des pluies. Il fait donc plutôt chaud à cette époque, et Noël n’étant (pas encore) une fête aussi commerciale que chez nous, c’est à peine si l’on remarque son approche. Quelques semaines avant, quelques sapins anachroniques et déplacés annoncent aux personnes attentives l’arrivée prochaine des fêtes, ainsi que les mêmes décorations lumineuses que l’on retrouve partout. Sauf qu’ici, elles entourent les palmiers de la place centrale ! On peut également apercevoir quelques rares Pères Noël qui se baladent de ci de là, laissant le badaud se demander par où ils apporteront leurs cadeaux, dans un pays où l’immense majorité des maisons n’ont pas de cheminée ! Dans tout le pays, l’arrivée des fêtes est également marquée dans les villes par une forte augmentation du nombre de mendiants. Ce sont surtout des femmes indigènes en habits traditionnels et avec leurs petits enfants, qui viennent des petits villages pauvres de l’altiplano, comptant sur une générosité des citadins accrue par le sentiment religieux de Noël.
Contrairement aux habitudes suisses, la frénésie ne s’empare de la plupart des gens que lors de l’après-midi du 24. C’est là, au tout dernier moment, que l’on fait ses courses pour la fête, que l’on achète les cadeaux ; autant dire qu’il y a du monde en ville cet après-midi-là! Peut-être les habitants de Tarija désirent-ils faire honneur à leur réputation de « vaudois » de la Bolivie ! Comme chez nous par contre, la fête de Noël est surtout une fête familiale. On se réunit – tard – chez les parents ou les grands-parents, et l’on fait un grand repas traditionnel, la « Picana ». Il s’agit d’une sorte de bouilli au vin et aux légumes, qui doit comporter au moins trois types viandes différentes, si possible quatre, généralement du bœuf, du porc, du poulet et de l’agneau. A minuit, bien sûr, on va écouter la messe à l’église la plus proche.
Une tradition particulière est celle de « l’adoration ». Durant toute la période de Noël, on croise régulièrement des processions de personnes portant de petites corbeilles avec des bébés Jésus dedans. Souvent, la procession suit une Vierge Marie toute décorée et portée sur une sorte de brancard. Le petit Jésus est généralement couché sur un lit de blé vert, symbole de la renaissance de la vie. Souvent, les gens dansent devant leurs petits Jésus, et les danseurs terminent par s’agenouiller en signe d’adoration. Et, lors de la messe de minuit, ainsi que lors d’autres messes de cette période de l’année, on emmène son bébé Jésus – qui est en fait celui de la crèche que chacun a à la maison - « écouter la messe ».

La place centrale de Tarija, le 31 décembre vers 23 heures

La place centrale de Tarija, le 31 décembre vers 23 heures

Quant au Nouvel An, il s’agit, comme en Suisse, d’une fête qui regroupe la famille et les amis. L’important est surtout de bien faire la fête, ce qui signifie, pour les boliviens - et les Tarijenos en particulier – danser au rythme de leurs musiques traditionnelles, et boire, boire beaucoup. Contrairement à chez nous et comme pour toutes leurs fêtes, tout le monde, de tout âge et de toute conditions sociales, danse et boit. A minuit, on mange 12 grains de raisins aux douze coups du clocher, et l’on partage un bon cochon, car cet animal est réputé pour manger en avançant, ce qui est un bon signe pour l’année à venir… Ensuite, il s’agit si possible de danser et boire jusqu’à l’aurore. Plus l’on tient tard, meilleures seront les augures pour la nouvelle année…

Article écrit pour le journal d’Orbe