Les Boliviens se préparent à voter leur nouvelle constitution

7 01 2009

"OUI à la nouvelle constitution et à l'autonomie", siège du MAS à Tarija

"Oui à la nouvelle constitution et à l'autonomie", siège du MAS de Tarija

Dans un peu plus de deux semaines, le dimanche 25 janvier, les Boliviennes et les Boliviens seront appelés aux urnes pour accepter ou refuser la Nouvelle Constitution Politique de l’Etat (NCPE). Ce référendum conclut un processus qui aura duré presque 20 ans. En effet, c’est en 1990 que les indigènes des plaines orientales du pays marchèrent plus de 500 kilomètres jusqu’à La Paz, afin d’exiger le respect de leurs sociétés et une nouvelle constitution respectueuse de leurs droits. L’assemblée constituante a finalement commencé à travailler à Sucre en juillet 2006, et a rendu sa copie en décembre 2007, après des travaux difficiles et aux milieu de fortes tensions sociales. Suite à ces tensions et aux violences qui ont ponctué l’année 2008, liées aux thèmes de l’autonomie et de la nouvelle constitution, la proposition de NCPE a été profondément modifiée, premièrement par un dialogue entre le gouvernement et l’opposition autonomiste, puis au parlement. Finalement, les deux tiers des parlementaires ont accepté, sous la pression d’une marche de plus d’un million de personnes, que la nouvelle Constitution soit soumise au peuple.
La plus grande partie de la gauche et une grande partie de la droite soutiennent le texte consensué. Seuls quelques groupes aux deux extrêmes de l’échiquier politique le rejettent. A la gauche du gouvernement, plusieurs organisations de paysans et d’indigènes considèrent que les concessions faites à la droite vont trop loin. En particulier, la réforme qui limitera la propriété privée de la terre à 5000 ou 10000 hectares par personne ne sera pas rétroactive, comme le demandait le projet original. Ces groupes dénoncent par conséquent le fait que les grands propriétaires terriens ne seront pas affectés, et que les problèmes d’accès à la terre des petits paysans ne seront pas résolus. De son côté, la droite autonomiste dure dénonce le fait que l’autonomie qui est offerte aux départements est trop limitée. Elle a aussi soucis que le respect à la propriété privée ne soit pas garanti.
La campagne est pour le moment assez discrète. Quelques affiches au centre-ville de Tarija défendent par exemple le NON, considérant que la NCPE amènera une situation de dictature. Une grande banderole recouvre le bâtiment du comité civique, invitant à voter NON « Pour la démocratie et pour le future de nos enfants ». La campagne pour le OUI est encore plus discrète. Seul le modeste siège du MAS affiche le OUI à la NCPE et à l’autonomie .

« Pour la démocratie et le future de tes enfants, vote NON à la NCPE », banderole déroulée sur une façade de la place centrale

« Pour la démocratie et le future de tes enfants, vote NON à la CPE du MAS », banderole déroulée sur une façade de la place centrale

La campagne a généré de nouvelles tensions entre le gouvernement et la hiérarchie catholique. En effet, l’opposition a organisé une messe spéciale pour défendre la foi catholique et pour le NON à la NCPE dans la capitale constitutionnelle, Sucre. Le gouvernement a dénoncé l’immission de l’église dans le champ politique. L’Archevêque de Sucre, qui a mené la messe, a en effet attaqué la NCPE en la déclarant « antichrétienne », parce qu’elle légaliserait l’avortement et qu’elle ferait perdre à la religion catholique son rôle de religion quasi étatique. La NCPE reconnaît en effet les cosmovisions et les cultes des indigènes au même titre que la religion catholique.
Une enquête publiée trois semaines avant la votation confirme la tendance nette pour le OUI. Selon l’Observatoire pour la Gestion Publique, 64% des boliviens se préparent à voter OUI, 16% NON, alors que 20% sont encore indécis. Les intentions de vote pour le OUI dépassent les 80% dans les départements andins. C’est dans le département de Santa Cruz que l’acceptation est la plus faible, mais le OUI l’emporte néanmoins sur le NON, avec 41% des intentions de vote contre 39%.
Il est donc très probable que la NCPE soit acceptée par le chiffre mythique de deux tiers des citoyens. Mais il n’est de plus pas impossible que la plupart des départements l’acceptent également, y compris les départements autonomistes. Cela laisse augurer d’une très large acceptation de la NCPE, et donc d’une grande victoire pour le président Morales, qui avait déjà été ratifié l’été passé par plus des deux tiers des boliviens.

Mathieu