Cuba vu de la Bolivie

18 02 2009

Un bus décoré par un portrait du Che devant l'église d'Entre Rios

Un bus décoré par un portrait du Che devant l'église d'Entre Rios

Dès mon arrivée en Bolivie, lors de notre premier séjour, à l’automne 2000, j’avais été frappé par les différences de perception entre la Suisse et la Bolivie quant à Cuba. Dans la famille chez laquelle j’étais logé à Cochabamba, lorsque je faisais mes premières armes d’espagnol, on avait une grande admiration pour ce pays. Le père avait accroché bien en vue un billet de banque cubain sur lequel figurait la signature du ministre des finances de l’époque, qui n’était autre que le « Che » Guevara. Son plus grand rêve était de voyager un jour à Cuba. Le boutiquier du coin de notre rue, ex-champion de boxe, a collé deux portraits du Che sur le grand frigo duquel il sort… des bouteilles de Coca-Cola ! Cette admiration est loin d’être, comme chez nous, l’apanage d’adolescents plus rêveurs que révolutionnaires.

Don Rene pose dans sa boutique devant ses portraits du Che

Don Rene pose dans sa boutique devant ses portraits du Che

Il faut signaler que cette admiration est contrastée selon avec qui l’on discute. Pour les classes populaires et une bonne partie des classes moyennes – personnes avec lesquelles nous avons le plus de contacts – le « Che », Fidel Castro et Cuba en général jouissent d’un grand respect, voire d’une véritable ferveur. Par contre, chez les classes élevées et la majorité des médias, le regard que l’on porte sur Cuba est assez semblable à celui qu’on a en général chez nous. L’île est considérée comme une dictature avec un triste bilan au niveau des droits humains.
Si Cuba jouit d’une grande admiration dans le peuple bolivien, c’est me semble-t-il pour plusieurs raisons. La première est l’appui que le peuple caribéen apporte à la Bolivie, comme à d’autres pays du sud. Par exemple, Cuba offre de nombreuses bourses d’études pour des étudiants modestes, en particulier pour étudier la médecine, particulièrement bien développée dans l’île. Plusieurs milliers de médecins cubains travaillent actuellement en Bolivie. Ils soignent gratuitement les personnes les plus modestes, qui n’ont souvent pas accès aux soins. Leur réputation et leur pratique de « médecins aux pieds nus », c’est-à-dire leur simplicité et leur engagement pour les plus pauvres (certains vivent et travaillent dans des zones où peu de médecins boliviens s’aventurent), comme leur respect des cultures autochtones leurs valent une grande confiance de la part de gens. Actuellement, l’ « opération miracle » est en cour en Bolivie, qui vise à soigner tout les Boliviens souffrant de problèmes oculaires. Des brigades mobiles vont dans les villages, soignent sur place ou emmènent gratuitement les patients plus gravement atteints en ville.

Une doctoresse cubaine a installé sa consultation en plein air dans un petit village des environs de Tarija

Une doctoresse cubaine a installé sa consultation en plein air dans un petit village des environs de Tarija

Toujours au niveau de la santé, certains médias boliviens alternatifs ont appris aux gens que Cuba consacre des fonds importants pour la recherche médicale sur des maladies qui ne se trouvent pas ou qui ont disparu de l’île. Contrairement aux pays du nord, qui, dans le domaine de la recherche sur les maladies tropicales consacrent plus d’argent aux recherches vétérinaires qu’aux maladies humaines, Cuba semble faire preuve d’un certain altruisme dont on ne parle que très rarement dans les grands médias.
Grâce à leur grande expérience dans le domaine, de nombreux enseignants cubains mènent également une grande campagne d’alphabétisation gratuite dans tout le pays, afin d’éradiquer cette plaie. Plusieurs départements ont déjà été déclarés « libres d’analphabétisme » au cours des derniers mois. Difficile de savoir si le succès est vraiment au rendez-vous, mais l’effort déployé est en tout cas très grand. Des professeurs viennent également donner différents cours dans les universités, comme par exemple ici à Tarija dans le domaine du droit, qui sont reconnus d’excellente qualité.
On objectera que ces actions ne sont rien d’autre que de la propagande politique. Cela fait maintenant trois ans que j’ai passé en Bolivie, et je n’ai jamais été le témoin d’une quelconque propagande procubaine. S’il est probable que l’aide cubaine soit en partie intéressée, on peut dire la même chose de l’aide de tout les pays occidentaux, y compris de la Suisse. L’aide qu’apporte Cuba ne semble pas plus conditionnée que l’aide des pays occidentaux, qui ne se gênent pas pour poser des conditions à leur aide. Elle est également significativement élevée en chiffres relatifs, en particulier pour provenir d’un pays du Sud. Certains remarquent que les pays riches, qui peinent à remplir leur obligation d’atteindre 0,7% de leur PIB en aide au développement, pourraient en prendre de la graine.
Mises à part ces raisons concrètes, il en existe une d’ordre sociopolitique qui explique le crédit dont jouit le régime cubain en Bolivie. Pour une grande partie des couches moyennes et inférieures de la population, Cuba représente la dignité d’un peuple, la libération de la tutelle occidentale, la victoire contre le colonialisme. C’est une réalité qu’un pays comme la Bolivie était – au moins jusqu’à l’élection d’Evo Morales – largement soumis à la tutelle des Etats-Unis. Les décisions importantes pour le pays se prenaient au moins autant à l’ambassade « gringa » ou à Washington qu’au Palais Brûlé (siège du gouvernement) ou au parlement. Cuba représente donc l’indépendance et la dignité, une voix indépendante et discordante dans le concert des nations célébrant un système qui opprime les majorités des pays pauvres. Mais il représente également un certains succès social et économique. En effet, les boliviens savent que Cuba était en 1959 un pays du sud, aussi pauvre que le leur. Aujourd’hui, Cuba est un pays relativement bien développé, avec par exemple une médecine de pointe, une éducation de grande qualité accessible à tous, etc. De plus, pour la majorité des Boliviens modestes, les limitations économiques et politiques - dont la plupart sont étonnement conscients - qui grèvent la vie des cubains, ne semblent pas bien graves en regard des bienfaits que le système apporte au citoyen commun, en particulier une certaine égalité, qui ailleurs fait cruellement défaut.
Finalement, beaucoup de Boliviens considèrent que leurs médias et les occidentaux usent d’un double discours quant aux droits humains. Au Brésil, au Mexique, en Colombie mais aussi en Bolivie, les droits humains – et surtout ceux des plus faibles, femmes, enfants, indigènes ou paysans – sont régulièrement bafoués. Ces personnes sont bien placées pour savoir que leurs gouvernements - considérés démocratiques par l’occident – sont directement responsables (ou tolèrent) des menaces, des violences, ou des meurtres de nature souvent politique. A priori, la situation à Cuba ne leur apparaît en tout cas pas pire que dans leurs pays considérés démocratiques, au contraire*.
L’image qui ressort de ces observations est, me semble-t-il, celle d’un « deux poids deux mesures ». Si en Occident - et de manière frappante cette vision est également celles des classes dominantes en Bolivie – on n’aime pas Cuba, cela ne semble en réalité pas lié aux limitations des droits de l’homme qui sévissent sur l’île. Comme l’écrit Salim Lamrani dans son livre : « Ce qui dérange l’Europe, c’est le système économique et social cubain. » Pour notre monde du capitalisme triomphant - comme pour les élites boliviennes bénéficiant du système libéral - il est impossible d’accepter qu’un autre modèle soit possible et qu’il ait de plus un certain succès, car cela nous obligerait à remettre en question notre propre modèle.
Pour de nombreux Boliviens, en tout cas, Cuba est un exemple.

*Le journaliste français Salim Lamrani a récemment fait ce travail de comparaison dans un livre intitulé : Double morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’Homme. Il s’appuie sur les rapports d’Amnesty International, organisation particulièrement critique envers Cuba. Selon Salim Lamrani « le résultat de la comparaison avec les autres pays [d’Amérique latine] est édifiant: s’il y a une spécificité cubaine en matière des droits humains, c’est qu’ils y sont mieux respectés qu’ailleurs! Les violations à Cuba sont non seulement moins nombreuses mais aussi moins graves: on ne relève aucun cas d’assassinat politique à Cuba, ni d’exécution extrajudiciaire, aucun déplacement forcé, aucun cas de torture, aucun syndicaliste assassiné, aucun cas de disparition forcée, aucun massacre de paysans, aucun viol commis par la police, pas d’esclavage, pas d’assassinat d’enfants, etc. Autant de crimes qui figurent dans les rapports des autres pays du continent. »

Source : Un journaliste place Cuba sur le podium des droits humains, article de Benito Perez paru dans Le Courrier le Vendredi 09 Mai 2008



Notre “compañera” Julia Ramos est ministre

10 02 2009

Luca ne pensait pas que sa copine Julia n'allait pas tarder à devenir ministre!

Luca ne pensait pas que sa copine Julia n'allait pas tarder à être nommée ministre!

Notre “compañera” Julia Ramos, présidente de l’organisation des femmes paysannes et indigènes de Tarija “Bartolina Sisa”, députée nationale, a été choisie ce lundi par le président Morales pour diriger l’important ministère du développement rural et des terres. Proche amie de Thérèse et d’Elke (notre coordinatrice d’E-Changer à Cochabamba), nous avons eu la chance de faire sa connaissance il y a un peu plus d’une année. Que ce soit autour d’une bonne grillade chez Thérèse et Jorge, ou dans le petit local des femmes paysannes, nous avons pu apprécier sa gentillesse, sa grande simplicité et son engagement. Quelques fois aussi, sa ponctualité toute bolivienne… Lors de la visite de la délégation d’E-Changer, en mars de l’année passée, elle nous avait emmenés en visite dans sa “communauté”, un hameau à quelques dizaines de kilomètres de Tarija. Issue d’un milieu rural modeste, fille d’un paysan syndicaliste, elle s’engage rapidement en politique, milite pour le MAS, mène à bien des études d’infirmière et est l’une des principales dirigeantes de la fédération nationales des femmes paysannes et indigènes. On a un peu de peine à croire, lorsque l’on se souvient de la cabane qu’elle nous a désigné comme étant la maison de son enfance, qu’elle soit aujourd’hui ministre! C’est là l’un des changements importants apportés par le gouvernement d’Evo Morales: depuis janvier 2006, des indiens, des paysans, des femmes, bref, les majorités trop longtemps silencieuses, font -enfin- entre leur voix, se présentent et sont élus à des postes importants.

Julia Ramos et Evo Morales

Julia Ramos et Evo Morales lors de la conformation du nouveau cabinet ministériel

Son travail ne sera probablement pas facile, la réforme agraire se heurtant à des fortes résistances des grands propriétaires terriens, en particulier dans les terres basses de l’est du pays. Elle devra par exemple mener à bien la nouvelle limitation de la propriété agraire, fixée récemment à un maximum de 5000 hectares par personne par la toute nouvelle Constitution bolivienne. Dans un article publié aujourd’hui lundi, elle signale à l’Agence Bolivienne d’Information que “la propriété terrienne ne doit pas se considérer comme un moyen d’enrichissement, mais doit bénéficier à toute la population.” Elle a déclaré vouloir continuer le travail d’assainissement de la propriété terrienne, avec comme finalité de détecter et de remettre à l’Etat celles qui ne remplissent pas la fonction économico-sociale. C’est-à-dire que les terres non-exploitées ou sur lesquelles sont maintenues des populations en situation de servage seront remises à l’Etat, pour être ensuite redistribuées à des paysans manquants ou ne possédant pas de terres. Elle a également signalé qu’elle ne permettrait pas la prise illégale de propriétés. Elle a expliqué que le thème de la terre est intégralement lié à la sécurité alimentaire, et qu’elle continuera les programmes d’appui au secteur productif, comme la mécanisation et la création d’une assurance pour les petits producteurs. Selon un autre article sur les changements ministériels, paru aujourd’hui lundi dans “Los Tiempos” - le principal quotidien de Cochabamba - , les producteurs agricoles et les éleveurs ont signalé que le thème de la terre allant être un des plus difficile pour le gouvernement cette année, il aurait dû choisir pour ce poste une personne expérimentée et surtout qui connaisse la problématique rurale (sic!). C’est la première fois que nous connaissons personellement un ministre, et nous la félicitons pour sa nomination, et nous lui disons … bon courage!



Vive la rentrée!

2 02 2009

Lundi matin, 8h00

Lundi matin, 8h00

C’était la rentrée scolaire ce lundi matin, pour tous les enfants en Bolivie, ainsi que pour Susanne et Noé. Et l’entrée pour Lina, qui commence l’école. En fait, elle n’a toujours pas l’âge, mais Creciendo ouvre un “pré-jardin d’enfants”, suite à de nombreuses demandes de parents. Plusieurs petites puces de 3 ou 4 ans accompagnent donc Lina, un petit groupe qui est intégré au jardin d’enfants. Sous la houlette de Lucia et Carola le matin, comme l’année passée, avec l’aide de Susanne.

Cette première matinée s’est plutôt bien passée pour Lina. Un peu difficile la première heure, mais par la suite elle s’est bien intégrée. Et à midi, elle a raconté à son papa que “c’était très bien, que j’ai joué et peint avec ma copine”.

- Est-ce que tu vas retourner à l’école demain, ou est-ce que tu préfères rester avec Luca et moi?

- Je veux retourner à l’école!

Cette semaine, l’école n’ouvre que le matin, afin de reprendre gentiment le rythme. Tant mieux pour le jardin d’enfants, qui n’a toujours pas trouvé d’enseignante responsable pour l’après-midi. Il est possible que Susanne doive “s’y coller” à partir de lundi prochain, en attendant que soit trouvée la perle rare.

Lina lors de son premier jour d'école

Lina lors de son premier jour d'école