La fête des mères à Creciendo

30 05 2009
Lina et sa copine sont prêtes ...

Lina et sa copine sont prêtes…

... pour présenter leur danse à leur maman.

… pour présenter leur danse à leur maman.

En deuxième année du jardin d'enfant on sait aussi bien danser...

En deuxième année du jardin d’enfant on sait aussi bien danser…

... que réciter une poésie pour sa maman!

… que réciter une poésie pour sa maman!

Une danse et des costumes traditionnels de l'altiplano ...

Une danse et des costumes traditionnels de l’altiplano …

... dont on est pas peu fières!

… dont on est pas peu fières!

Danse et costumes guarani ...

Que se soit la danse et les costumes des guarani du Chaco …

... ou de la vallée de Tarija ...

… ou ceux de la vallée de Tarija …

... le nombreux public apprécie en connaisseur.

… le nombreux public apprécie en connaisseur.



L’hiver est arrivé

30 05 2009

L'hiver a pointé le bout de son nez, et il faut maintenant bien s'habiller...

L’hiver a pointé le bout de son nez, et il faut maintenant bien s’habiller…

... se baigner à la cuisine, là où le gaz chauffe antant l'air que l'eau ...

… se baigner à la cuisine, là où le gaz chauffe antant l’air que l’eau …

... mais surtout, il faut garder le moral!

… mais surtout, il faut garder le moral!



Mathieu se met à la radio

26 05 2009

Avec un collègue qui anime une émission de hard rock

Avec un collègue qui anime une émission de hard rock

J’ai toujours beaucoup aimé la radio. Il me semble que c’est généralement l’un des meilleurs médias qui soit. Ici à Tarija, mon attention a rapidement été attirée par une chouette radio. Entre, d’un côté des nombreuses radios privées, étouffées par la publicité, la musique “du top 50″ et surtout les attaques constantes et malhonnêtes contre le gouvernement, et de l’autre la radio du gouvernement, plutôt meilleure que les radios privées mais qui reste très alignée de l’autre côté, la radio Yembatirenda propose une voix à part.

Lina devant la radio Yembatirenda

Lina devant la radio Yembatirenda

L’histoire de cette radio commence il y a quelques années à El Alto, banlieue pauvre de La Paz constituée en grande ville par l’immigration massive des paysans indiens chassés par l’hostilité de l’altiplano. Il s’y fonde un centre culturel pour les jeunes d’origine aymara. Défense et illustration de la culture de ces jeunes urbains, concerts, appui à des groupes musicaux (c’est là que naît vraiment le rap aymara), et aussi une radio. Il y a trois ans, le concept émigre à Tarija, dans le but de créer “le réseau de la diversité”. Dans un quartier pauvre, peuplé en majorité de migrants internes en provenances de l’altiplano, s’installe le centre culturel “Yembatirenda”, ce qui signifie “lieu de rencontre” en Guarani.

Avec Hernan, l'un des responsable et animateur d'une émission sur le blues

Avec Hernan, l'un des responsables et animateur d'une émission sur le blues

Le centre culturel propose différentes activités aux gens du quartier, tout en étant ouvert à tous. Concerts, films, formations, mais la principale activité est néanmoins la radio. Yembatirenda offre une voix différente, une voix qui lui est propre. Elle tend à appuyer le processus de changement que vit actuellement la Bolivie, tout en restant indépendant du gouvernement. Elle peut se le permettre grâce à son indépendance financière. Toutes les personnes qui y travaillent sont quasi-bénévoles, et l’infrastructure est simple et peu coûteuse. La radio diffuse beaucoup de bonne musique, de tous genre, qui ne passe pas sur les autres antennes. Elle diffuse des émissions de découverte du monde, des cultures lointaines. Elle cherche également à mieux faire connaître et reconnaître les cultures locales, tout en essayant d’appuyer à leur (re)valorisation. Elle propose également des analyses sociales et politiques critiques de la société bolivienne et mondiale.

Mon "studio"

Mon studio "maison"

Appréciant beaucoup le travail de cette radio, je m’en suis rapproché et j’ai commencé à connaître les personnes qui sont derrière. J’ai découvert des personnes passionantes et passionées et un esprit de participation qui me plaît énormément. Et je leur ai proposé de participer. Depuis le début mai, j’ anime deux petites émissions d’une demi-heure par semaine, chacune étant diffusée deux fois par semaine. La première est une émission de musique, dans laquelle je diffuse des musiques de tous les styles qui me plaisent. Je propose des cycles d’un mois, durant lesquel je présente un genre musical sous divers angles. La deuxième est une émission “littéraire”. Je cherche des livres bon marché et facilement accessibles par tous, et je présente brièvement l’auteur, le livre, et je lis le début, le tout agrémenté de musique lié au thème du livre. Je pioche dans la littérature bolivienne, latino-américaine et mondiale, en espérant donner envie aux gens de lire et de découvrir des livres.

C’est vraiment un travail sympa et qui me plaît beaucoup. Je caresse même le rêve de proposer une émission en Suisse à une radio qui serait intéressée. Ce serait quelque chose comme “radio Tarija”, un petit moment chaque semaine durant lequel j’essayerais d’emmener les auditeurs en Bolivie, à la rencontre des gens, des lieux et des ambiances locales, du pays et de ses immenses richesses culturelles et naturelles…



Un bilan du gouvernement d’Evo Morales

13 05 2009

Evo Morales a été élu président de Bolivie lors des élections de décembre 2005. Premier président d’origine indigène (il est issu d’une famille Aymara de la région d’Oruro), il est également le président le mieux élu de l’histoire démocratique du pays. Son parti, le MAS (Mouvement vers le socialisme, qui est plus une fédération de différents mouvements indigènes et/ou sociaux qu’un parti) a récolté 54% des voix, ce qui leur a non seulement permis d’emporter la présidence, mais également d’obtenir un majorité au parlement. Seule la chambre haute, dans laquelle siègent les représentants des départements, est restée contrôlée par l’opposition.
Lors du référendum révocatoire du 10 août dernier, le président a encore significativement augmenté le soutien populaire dont il dispose, pour se voir ratifier par plus des deux tiers des Boliviens. Au niveau régional, six des neufs départements l’ont confirmé dans ces fonctions, alors qu’il est soutenu par au moins 40% de la population des départements qui globalement le rejettent. De plus, une analyse détaillée de la votation montre que, plus qu’une division régionale ou ethnique, c’est une division de classe qui existe dans le pays. On remarque en effet que ce sont nettement les majorités pauvres du pays qui soutiennent le président, quelles que soient les régions ou les origines ethniques. A l’opposé, ce sont les minorités habitants les quartiers centraux et/ou riches des grandes villes qui s’opposent à sa gestion.
Les réussites du gouvernement Morales sont assez nombreuses. Le nouveau gouvernement s’est rapidement positionné comme un gouvernement plus honnête et transparent que les précédents. Ainsi, cas unique dans l’histoire du pays, le MAS a rendu l’argent qu’il n’a pas utilisé lors de la campagne électorale 2006. En effet, l’Etat finance les partis politiques avant les campagnes électorales et la loi précise que les fonds non-utilisés doivent être rendus. Parmi les premières mesures du nouveau gouvernement ont entre autre figurés la suppression des controversés « fonds réservés », qui permettaient aux gouvernements précédents de financer ce qu’ils voulaient, sans contrôle du parlement et sans avoir de compte à rendre à personne. Les salaires du président et des ministres ont également été divisés par deux. Le niveau de corruption semble avoir significativement baissé, et la Bolivie, de « dauphin » de la corruption qu’il était jusqu’en 2005 (derrière le Paraguay) a passé au 74e rang (sur 180) en 2007, selon une étude internationale.
Evo Morales a réussi le tour de force de tenir la plus grande partie de ses promesses électorales, qui consistaient principalement à changer l’orientation économique néolibérale du pays. Ces politiques, imposées par les organismes financiers internationaux et exécutés par tous les gouvernements précédents depuis 1985, ont déclenché plusieurs soulèvements du peuple et la démission de trois présidents durant les dernières années. Le nouveau gouvernement a donc mis en marche un processus de nationalisation des secteurs jugés clés, en particulier celui des hydrocarbures, tout en demeurant dans un système capitaliste. Les multinationales du secteur en activité dans le pays ont été « priées » de vendre leurs actions, de façon à ce que le gouvernement en récupère au minimum la majorité. Le prix de vente du gaz a été multiplié par 5 ! Et les entreprises ont toutes accepté cette offre, ce qui semble montrer que, non seulement elles réalisaient des bénéfices faramineux, mais également qu’elles continuent à être largement bénéficiaires avec la nouvelle répartition des cartes.
Ce profond changement – auquel s’ajoute les prix en hausse des hydrocarbures - a permis à l’Etat d’améliorer substantiellement ses finances. S’il est difficile de faire un bilan économique pour un non-spécialiste, il semble que certains gouvernements de droite pourraient être jaloux des résultats: diminution de plus de la moitié de la dette extérieure (due également à des annulations), augmentation très significative des recettes, création d’importantes réserves financières, stabilisation de la monnaie, budget de l’Etat « dans le noir » depuis 2006 et pour la première fois depuis au moins 30 ans, etc.
Au niveau économique, la croissance est de 5 à 6% par année, soit prêt du double de ce qu’elle était lors des gouvernements précédents. L’économie ne s’est pas effondrée, comme le criait haut et fort la droite, qui craint toujours la « communisation » du pays et la fuite des investissements étrangers. Au contraire, des grands investisseurs comme le géant Petrobras ont récemment déclarés que la Bolivie est « un excellent et très fiable partenaire ». Les exportations ont également presque doublé entre 2005 et 2007. Les investissements publics ont massivement augmentés, dans les domaines de la production comme des infrastructures.
Au niveau social, l’assemblée constituante – autre demande centrale du peuple depuis une quinzaine d’années – a rendu sa copie en décembre 2007, et a été acceptée par 62% des citoyens en janvier 2009, après un long processus de concertation entre le gouvernement et l’opposition autonomiste de droite. La nouvelle constitution permet de nombreuses avancées sociales, et a été donnée en exemple par de multiples organisations internationales, comme les Nations Unies. Le gouvernement a également mis en place une solide retraite universelle, que touchent tous les boliviens âgés de plus de 60 ans. Bien qu’elle reste modeste (200 bolivianos [CHF 30] par mois), elle améliore très nettement celle qui existait depuis quelques années. Un « bon » scolaire annuel pour les élèves a également été instauré, qui permet aux parents de payer une partie du matériel scolaire nécessaire pour les enfants. Grâce entre autre à l’appui cubain, l’accès aux soins et à la santé s’est amélioré et démocratisé, en particulier pour les plus pauvres. Un vaste programme d’alphabétisation est également à l’œuvre dans tout le pays, qui fait diminuer fortement l’analphabétisme endémique.
Le gouvernement Morales est très respectueux du droit et de la légalité, ce qui confirmé par le soutien dont il dispose au niveau international (pays limitrophes, mais également de toute l’Amérique, Nations Unies, Union Européenne, etc.). Jusqu’à maintenant, et contrairement aux gouvernements précédents, Evo Morales s’est comporté en démocrate avec son opposition. Même lors de la tentative de coup d’Etat civil en août-septembre de l’année passée, ni l’armée ni la police n’ont été utilisées contre les opposants – fussent-ils des vandales.
Une autre réussite assez impressionnante du gouvernement d’Evo Morales est d’avoir rendu aux boliviens leur auto-estime. Par rapport à notre premier séjour, on remarque que les femmes, les paysans ou les indigènes prennent (enfin !) la parole, sont écoutés, se présentent pour des postes à responsabilités… et sont élus. Au parlement siègent des femmes, des paysans ou des indiens, souvent en habits traditionnels et les langues autochtones sont utilisées lors des débats. Tout un pan du pays – qui plus est majoritaire - est enfin visible et écouté. Au niveau international également, la Bolivie fait entendre sa propre voix, défend les peuples autochtones du monde, l’environnement, la souveraineté nationale. Le président Morales a imposé son style, il s’adresse d’égal à égal avec ses semblables, l’ambassade étasunienne à La Paz ne jouit plus des passe-droits sont elle bénéficiait avec les gouvernements précédents. La Bolivie semble avoir trouvé une personnalité propre.
De l’autre côté, les échecs, les difficultés et les erreurs du gouvernement sont également une réalité. Si l’on écoute l’opposition, elles seraient mêmes innombrables… Si beaucoup d’arguments paraissent de mauvaise foi (comme par exemple considérer le gouvernement responsable de la hausse des coûts des aliments, alors qu’il s’agit d’un problème mondial), il est clair que le gouvernement a fait et continue de faire des erreurs et qu’il éprouve des difficultés d’ordre structurel. Ainsi, le MAS est un mouvement jeune qui a pris en quelques années une très grande importance, et il semble manquer de cadres. En effet, les indigènes, les cultivateurs de coca ou les paysans qui le composent sont des gens qui ont été empêchés d’étudier par le système excluant mis en place depuis la colonie. Le mouvement a donc peu de cadres formés qui peuvent occuper les postes administratifs de l’état. En conséquence, de nombreux fonctionnaires de « l’ancien système corrompu » sont restés en place. Sont également venu s’y joindre des opportunistes que le gouvernement n’a pas pu ou voulu écarter. De nombreux échelons corrompus de l’état, comme par exemple ici à Tarija le pouvoir judiciaire, n’ont pas du tout été remis en cause par l’élection d’Evo Morales. C’est un problème de fond et il faudra probablement des années pour que les classes inférieures aient un assez grand nombre des leurs formés pour occuper des postes qui nécessitent une formation professionnelle ou universitaire.
Il faut également signaler que, s’il semble que le problème de la corruption soit plutôt en train de s’améliorer, elle est cependant loin d’avoir disparue. Ainsi le numéro 2 du MAS et président de l’importante entreprise nationale des hydrocarbures a été emprisonné l’année passée pour corruption. Plusieurs hauts dirigeants du gouvernement ont été également accusés de corruption, et les reproches de « vente de place de travail » au sein du parti au pouvoir sont nombreux. Il faut néanmoins remarquer que ces pratiques sont habituelles en Bolivie, et qu’il semble que le gouvernement du MAS soit le premier à ne pas les favoriser à haut niveau.
Une autre erreur du gouvernement est probablement celle d’avoir « ethnisé » sa lutte. Il est compréhensible qu’après cinq siècles de (néo)colonialisme, les indigènes aient le sentiment qu’ils bénéficient actuellement d’une conjoncture favorable, que c’est « maintenant ou jamais ». Néanmoins, une grande partie des boliviens se considèrent comme métisses, et se sentent exclus du discours « ethnique » du gouvernement. Certains passages de la Nouvelle Constitution par exemple peuvent être ressentis comme excluant pour les boliviens qui ne se considèrent pas indigènes. Cette attitude engendre probablement un certain raidissement de certains boliviens contre le gouvernement, ainsi que l’augmentation du racisme et de l’entêtement des plus extrémistes.
Une autre erreur importante a été d’avoir négligé l’aspiration d’une grande partie des boliviens à l’autonomie. En effet, si de nombreux citoyens s’opposent à la façon dont leurs élites locales cherchent à imposer une autonomie à leur mesure, il est probable qu’une majorité des boliviens appelle de ses vœux une plus grande décentralisation, une plus grande proximité des autorités et un plus grand respect des différences locales. L’autonomie départementale est considérée comme légitime par beaucoup, et pour ne pas avoir senti cette demande, le gouvernement s’est coupé d’une partie des citoyens. Il a ainsi permis le regroupement d’une opposition autour de ce thème. De fait, ce sont bien les autorités de certaines régions qui s’opposent à Evo Morales, et plus des partis nationaux, qui ont quasiment disparu de la scène politique. Actuellement, le gouvernement est revenu sur sa position, et la Nouvelle Constitution offre un cadre légal aux autonomies départementales.
On peut encore signaler que le gouvernement n’est pas seulement critiqué depuis la droite. De nombreuses organisations de gauche, comme les puissants syndicats de mineurs par exemple, lui reprochent de ne pas mener des réformes assez profondes. Le gouvernement, selon elles, n’est pas assez dur avec les oligarchies, qui restent propriétaires de l’immense majorité des terres fertiles, des médias, des secteurs de l’industrie, des mines et de l’agro-business. Les réformes impulsées par le gouvernement resteraient trop superficielles, et les grandes injustices sociales et économiques ne sont fondamentalement pas remises en cause. En fait, le gouvernement du MAS resterait un gouvernement conventionnel, développant une économie libérale orthodoxe, derrière un discours révolutionnaire et des changements de surface. Le président Morales se trouve ainsi parfois « pris en sandwich » entre les positions les plus extrémistes qui traversent une société bolivienne passablement polarisée.
Globalement, le bilan des trois premières années du gouvernement d’Evo Morales est, à mon avis, positif. Et selon les boliviens également puisque, élu avec 54% des voix il a été reconfirmé dans ses fonctions par 67% des citoyens une année et demie plus tard. Son gouvernement a remporté les 4 dernières votations nationales, et avec des scores jamais vus. Les élections de décembre permettront de faire à nouveau le point sur sa popularité.
La Bolivie est certes divisée et difficilement gouvernable. Mais il serait erroné de mettre la faute sur le seul gouvernement. Le pays est depuis longtemps réputé pour son instabilité. Et la division actuelle est une division qui existe depuis longtemps, sinon qu’elle était voilée par les classes dirigeantes qui occupaient tout l’espace publique, qu’il soit politique, médiatique, social ou économique. Les tensions actuelles permettent de donner leur place aux invisibles, et sont de celles qui, on peut l’espérer, permettront d’accoucher d’un nouvel équilibre.