Pérou: la libre entreprise contre les droits humains

15 06 2009

Voici un article intéressant paru dans Le Courrier du mercredi 10 Juin, par Benito Perez. On peut préciser que les relations entre La Paz et Lima sont actuellement très tendues. Sur le fond, le gouvernement d’Alan Garcia est l’un des rares d’Amérique du sud à conserver une ligne néo-libérale et pro-américaine. Les tensions sont communes depuis plusieurs années, mais ont atteint un niveau critique ces derniers temps, en particulier avec l’asile politique concédé par le Pérou à des personnages haut-placés du gouvernement de Gonzalo Sanchez Lozada, chassé du pouvoir par les soulèvements populaires de l’année 2003. La brutale répression du gouvernement avait fait plusieurs dizaines de morts, et les principaux responsables se sont exilés, afin d’échapper à la justice bolivienne, qu’ils considèrent comme parciale.

A peine ratifié, le Traité de libre-échange (TLC) entre le Pérou et les Etats-Unis est déjà taché de sang. L’assaut policier ordonné vendredi 5 juin par le président Alan García contre un barrage routier a démontré la froide détermination du gouvernement péruvien après deux mois d’intenses mobilisations populaires. Quoi qu’en pensent les habitants de l’Amazonie, les compagnies transnationales se verront bientôt ouvrir quelque 45millions d’hectares supplémentaires de forêt vierge. Plus d’une vingtaine d’indigènes et presque autant de policiers –le bilan est contesté– auraient payé de leur vie les décrets présidentiels qui dérogent à la protection du patrimoine forestier national. Une priorité absolue, selon M. García, si le Pérou entend respecter le TLC signé avec les Etats-Unis et, plus largement, garantir les investissements étrangers dans les domaines porteurs des hydrocarbures et de la biodiversité. «Nous ne céderons pas devant ceux qui veulent stopper le progrès», a-t-il confirmé peu après le massacre. Tactique habituelle, le gouvernement a rejeté la faute des violences sur les protestataires, accusés d’avoir exécuté des otages. «Imaginez les derniers instants de ces policiers qui avaient refusé d’user de leurs armes contre des indiens qu’ils croyaient doux et naïfs et qui étaient en réalité des sauvages», a osé Alan García, usant jusqu’à la corde les pires clichés anti-indigènes. Une présentation des faits qui «oublie» que les «doux» et «naïfs» Amazoniens étaient criminalisés de longue date, l’état d’exception ayant été décrété il y a trois semaines et les leaders indigènes recherchés pour «rébellion» et «conspiration». Le président tait également la chronologie du drame. L’assaut aéroporté (!) à balles réelles est intervenu bien avant que des policiers au sol ne soient retenus par les assaillis. Autre grand classique: Alan García a agité le spectre d’une main étrangère derrière le mouvement social. Dans le rôle des commanditaires: la Bolivie de l’indigène Evo Morales et l’ennemi traditionnel équatorien, prétendument jaloux du potentiel péruvien. Tous responsables, en somme, sauf le gouvernement de Lima. Dans cette triste affaire, c’est pourtant lui qui a refusé de consulter les habitants, violant la Convention 169 de l’OIT, un texte signé en 1989 de la main même d’Alan García, alors président social-démocrate du Pérou. Enterrée également la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, dont le Pérou fut l’un des promoteurs et qui reconnaît la propriété ancestrale et collective des terres. Peu avant le drame, l’ombudsman péruvien avait publiquement rappelé au gouvernement ses obligations internationales. Il devenait visiblement temps de couvrir la voix des juristes par le fracas des armes. Il y a deux semaines, les parlementaires suisses ratifiaient un accord de libre-échange avec Bogotá «pour faire avancer la Colombie sur le chemin des droits humains», dixit Doris Leuthard. Une fausse candeur que l’on devrait nous infliger à nouveau cet automne, lorsque le Parlement se prononcera sur un TLC entre la Suisse et le Pérou d’Alan García.



Tarija coupée du reste de la Bolivie

8 06 2009

piquet-de-greve

Piquet de grève de paysans à la sortie Nord de la ville

Depuis lundi passé, Tarija se retrouve coupée du reste du pays. En effet, les paysans, mécontents de la gestion de la préfecture, ont coupé toutes les routes d’accès à la capitale départementale. Ils demandent principalement que les campagnes soient mieux pourvues en ressources financières, accusant la préfecture de conserver pour elle une trop grande partie des ressources provenant du gaz. Ils considèrent que les zones rurales sont nettement défavorisées en termes d’infrastructures par rapport à la ville, et demandent une substancielle augmentation des ressources qui leurs sont allouées, ainsi qu’une plus grande décentralisation dans la gestion des fonds qui reviennent au département.

Les passagers sont bloqués et la gare routière est vide, à tel point que l'on peut attendre au beau milieu de la rue un hypothétique moyen de transport...

Les passagers sont bloqués et la gare routière est vide, à tel point que l'on peut attendre au beau milieu de la rue un hypothétique moyen de transport...

Samedi soir, les blocus ont été levés pour quelques heures, afin de laisser les personnes qui attendaient depuis une semaine passer, puis les routes ont été à nouveau bloquées. Certains produits commencent à manquer, semble-t-il, bien que nous ne l’ayons pas encore remarqué.

Normalement et depuis que nous sommes ici, ce genre de blocus est dirigé contre le gouvernement, et c’est la première fois qu’un mouvement de grève est dirigé contre les autorités locales, hostiles au gouvernement d’Evo Morales. Il semble bien que cette grève soit beaucoup plus forte que les précédentes, quoiqu’apparement excepte de violence. Elle dure depuis une semaine et ne semble pas pouvoir être contrée par les autorités locales. Des amis vivant à une cinquantaine de kilomètres de Tarija ont dû venir à pied, et nous ont décrit de nombreux et énormes tas de terres ainsi que de très nombreux piquets de grève tout au long de la route reliant Tarija à l’Argentine, témoins dune forte mobilisation.

Après une semaine de blocus, il ne semble pas qu’une solution se profile à l’horizon, et les paysans ont demané la médiation du gouvernement. Quant au Préfet, il a jusqu’à présent refusé de dialoguer tant que les blocus ne seraient pas levés. De son côté, le dirigeant des paysans a déclaré que ces mesures ne seraient pas levées tant que la préfecture ne prendrait pas leurs demandes en considération.

Il y a bien sûr un jeu de force en vue des élections générales de décembre. Le préfet a ainsi accusé le gouvernement d’être responsable de ces tensions, et a déclaré être limité par les coupes budgétaires effectuées par le gouvernement central. De son côté, le ministre des finances a répondu par médias interposés en signalant que le budget 2009 du département de Tarija est en augmentation de 6% par rapport à l’année passée.

Les déchets commencent à s'accumuler

Les déchets commencent à s'accumuler