Volte-face d’une partie de la droite en vue des élections générales
30 10 2009
Ces derniers jours, alors que la campagne pour les élections générales du 6 décembre bat son plein, de nombreuses personnalités de l’opposition de droite ont retourné leur veste et rejoint les rangs du MAS. Ainsi, plusieurs politiciens conservateurs, des proches du Préfet de Santa Cruz Ruben Costas, des membres du Comité Civique de Santa Cruz et des activistes de l’Union Juvénile de Santa Cruz – deux institutions qui constituent le cœur de l’opposition au gouvernement Morales et qui ont mené la tentative de coup d’Etat civil de août et septembre de l’année passée – ont quitté ces institutions et se sont joint à la campagne du parti du président Morales.
A Santa Cruz, le président de l’Union Juvénile, un groupe paramilitaire qui jouait le rôle de bras armé de l’opposition autonomiste, a démissionné avec une partie de ces collègues du comité, et s’est engagé pour le MAS. Devant la presse, l’ex-président a déclaré « avoir été trompé par le Comité Civique, qui nous a utilisé comme une entreprise de sécurité pour servir des intérêts particuliers. »

Jeunes autonomistes de Tarija lors du référendum pour l'autonomie en juin 2006
Le directeur de la Sécurité Citoyenne de la Préfecture de Santa Cruz ainsi que le garde du corps personnel du préfet Ruben Costa ont également démissionnés de leurs fonctions, ainsi que d’autres fonctionnaires de la préfecture et de la municipalité.
« Malheureusement le nom de Santa Cruz est utilisé à des fins qui ne correspondent pas à l’intérêt du peuple. Nous ne pouvions plus continuer à accepter cette supercherie. C’est là un facteur qui nous a conduit à démissionner et à nous joindre au processus de changement, à appuyer le candidat sénateur pour le MAS Isaac Avalos et Evo Morales » a ainsi déclaré un ancien collaborateur du préfet de Santa Cruz.
Selon Alejandro Colanzi, député du parti Union Nationale (droite) pour Santa Cruz, la région vit « une métamorphose politique », passant de la droite au centre gauche. « Même à l’intérieur de la droite on voit des changements ». Certains événements de la campagne semblent confirmer ce revirementt. Ainsi, si les habitants du quartier populaire « Plan 3000 » ont rejeté un candidat de droite qui voulait faire campagne dans leur quartier, le MAS a installé un centre de campagne en plein centre du quartier Equipétrol, le quartier bourgeois par excellence, et son candidat à sénateur fait sa campagne en pleine place central de la capitale de l’Orient, qui était un territoire rigoureusement interdit au MAS il y a encore quelques mois.
Et le phénomène n’est pas circonscrit à Santa Cruz. A Tarija, autre bastion de l’opposition de droite, le MAS a recluté des opposants convertis, comme le sénateur Roberto Ruiz, membre de l’ex-parti de droite PODEMOS. Ce dernier a déclaré que : « la proposition du MAS est la seule qui permette d’intégrer l’autonomie [des départements] et l’inclusion du monde indigène à la gestion démocratique de l’Etat. »
Ces revirements ne sont cependant pas du goût de tous. Ainsi, la nouvelle de l’unité du MAS et l’Union Juvénile de Santa Cruz a surpris et indigné une partie des bases du parti au pouvoir. Certains considèrent comme un scandale cette association avec des jeunes qui, il y a à peine une année, tenaient des discours d’un racisme exacerbé, traitant de « lamas » les indigènes et les migrants en provenance de l’altiplano et le président Morales, qui ont en de nombreuses occasions humiliés publiquement, frappés et crachés sur quiconque avaient un couleur de peau un peu trop sombre ou qui avait la témérité d’émettre des opinions différentes.
Le changement est en effet impressionnant. Des personnalités qui se battaient becs et ongles depuis trois ans contre le gouvernement d’Evo Morales, souvent en utilisant des moyens malhonnêtes, illégaux voire violents, chantent maintenant les louanges de l’ennemi, du « dictateur » et de son fameux « processus de changement ». L’opposition de droite à tout essayé depuis trois ans. Elle maîtrise 85% des médias et désinforme en permanence contre le gouvernement et les mouvements sociaux ; elle a mené plusieurs campagnes politiques avec des moyens nettement supérieurs ; elle a tenté un coup d’état civil, mais rien n’y fait. Une majorité jamais connue appuie le premier gouvernement populaire ; les mouvements populaires sont forts et ne se laissent plus marcher sur les pieds ; les indigènes, les paysans et les femmes n’acceptent plus leur soumission et participent à la politique à tous les niveaux. A l’extérieur, le gouvernement est solidement appuyé par la Communauté Internationale, et en particulier par la quasi-totalité des pays latino-américains. Par son opposition radicale, la droite autonomiste s’est surtout enfermée dans des concepts du passé, et est devenue un problème pour l’ensemble du pays, même pour une partie de la droite, comme les entrepreneurs et les industriels, qui ont besoin d’un pays calme pour leurs affaires. Le MAS domine la politique nationale depuis trois ans, et continuera à la faire durant au moins la prochaine législature. Il a mené le pays vers une relative stabilité économique et travaille maintenant pour l’autonomie des départements. Le réalisme politique veut donc que l’on tienne compte de ces réalités.
De plus, en Bolivie, les transfuges politiques sont monnaie courante. Les associations et les louvoiements les plus acrobatiques ne font pas peur aux politiciens. L’exercice du pouvoir va en effet avec une série de privilèges, comme celui de pouvoir récompenser ses fidèles avec des postes de travail fourni par les instituions conquises politiquement. Or, le MAS a au mieux mis un léger frein à ce type de pratiques jouant avec les limites de la corruption, au pire a pris son parti de cette réalité.
Le MAS semble jouer une politique du court terme, cherchant à élargir son appui, en particulier dans les bastions de l’opposition que sont les départements occidentaux, afin d’obtenir les deux tiers des sièges de la future Assemblée nécessaire pour pouvoir modifier la nouvelle Constitution. Cependant, on peut se demander quelles seront les conséquences de ces associations a priori contre-nature à moyen et long terme. Une partie des bases se plaint depuis l’ascension au pouvoir, il y a trois ans, que la droite a noyauté le mouvement avec des personnes qui ont simplement retourné leur veste, mais qui ne sont pas véritablement acquises au processus de changement et qui le bloquent de l’intérieur. Avec la cooptation de nouvelles personnalités issues des milieux de la droite libérale, le risque est grand de créer de nouvelles difficultés, et pourrait avoir pour conséquence la désillusion d’une partie importante des bases populaires traditionnelles du MAS.
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