Le président Morales et les mouvements sociaux qui composent le MAS (Mouvement Vers le Socialisme) ont largement remporté les élections générales de ce dimanche en Bolivie. Selon les sondages effectués à la sortie des locaux de vote, Evo Morales aurait remporté la présidentielle avec un score d’environ 62%, améliorant ainsi de près de 10 points le score historique qui l’avait mené à son premier mandat, il y a quatre ans. Son poursuivant direct, le principal leader de l’opposition de droite, Manfred Reyes Villa, remporterait environ 25% des suffrages. En troisième position, l’autre candidat de droite Samuel Doria Medina obtiendrait environ 6% des voix.
Depuis 2005, le MAS domine largement dans les départements altiplaniques à majorité indigènes. Les votations de dimanche confirment cette tendance, puisqu’Evo Morales y maintient une suprématie qui oscille entre 65% à Cochabamba et 80% à Potosi. Mais, en plus, les fiefs traditionnels de la droite, c’est-à-dire les départements des plaines de l’est du pays, ont tous connu une profonde avancée du MAS. Pour la première fois, Evo Morales remporte en effet le département de Tarija, bastion traditionnel de l’opposition, avec environ 50% des voix. Il y a gagné dans 5 des 6 provinces. Dans les départements de Santa Cruz et de Pando, s’il semble que le MAS ait perdu, il fait presque jeu égal avec l’opposition. Il n’y a que dans le département du Béni que l’opposition reste solidement en tête. Cependant, si le MAS perd dans ces trois départements, sa progression par rapport aux élections 2005 y est spectaculaire. En effet il a gagné 10% de voix en plus à Santa Cruz par rapport à la précédente présidentielle, et il a doublé son score dans le Pando, passant de 20% en 2005 à plus de 40% ce dimanche.
Quant à la configuration du nouveau Parlement, rebaptisé Assemblée Législative Plurinationale, le MAS y jouira d’une ample majorité. Il conquiert en effet largement le contrôle de la chambre haute, qui avait bloqué de nombreuses lois au cours de la première législature. Le MAS remporterait 85 des 130 sièges des députés, et 25 des 36 sièges de sénateurs. Ces scores constituent une autre grande victoire, et devraient permettre au parti gouvernemental de mettre rapidement en application la Nouvelle Constitution sans avoir à négocier avec son opposition.
Cette ample victoire est encore augmentée par un taux de participation historique, qui dépasse les 90%. De plus, tous les observateurs internationaux - des Nations Unies à l’Organisation des Etats Américains en passant par l’Union Européenne - ont fait état de la qualité et de la transparence de cette journée électorale, qui a été vécue comme un fête démocratique par l’immense majorité des boliviens. Plusieurs délégations internationales ont qualifié ces élections « d’exemplaires ».
Les autonomies proposées par la Nouvelle Constitution ont également le vent en poupe. En effet, tous les départements ont accepté le référendum sur l’autonomie qui leur était proposé. Après les départements orientaux – qui ont voté illégalement pour l’autonomie en 2008 – les 5 départements orientaux ont plébiscité hier l’autonomie proposée par la Nouvelle Constitution. C’est également le cas de la province du Gran Chaco du département de Tarija – la province la plus riche en hydrocarbure du pays – qui a voté largement pour l’autonomie régionale. Elle porte là un autre coup dur à l’opposition de droite encore au pouvoir dans le département. La majorité des douze régions indigènes qui votaient pour l’autonomie « indigène et paysanne » l’ont semble-t-il acceptée. La Bolivie vit donc, à travers sa Nouvelle Constitution (largement acceptée par le peuple en janvier dernier), un profond changement dans le sens d’une décentralisation et d’une plus grande autonomie de ces différents niveaux politiques.
Dimanche soir, dans un discours nocturne conciliateur sur la place Murillo de La Paz, le président brillamment réélu à appeler l’opposition à « travailler ensemble pour la Bolivie ». Il a également signalé que « le triomphe remporté dans les urnes nous oblige à accélérer le processus de changement mis en place depuis 2006 ». Le premier président d’origine indigène de la Bolivie, qui est également celui qui dispose du plus grand appui populaire que le pays n’ait jamais connu, a également signalé que « le peuple bolivien a montré une grande vocation démocratique », et a signalé que « le triomphe de ce processus de révolution culturelle et démocratique n’est pas seulement de tous les boliviens », mais également « une juste reconnaissance aux peuples, aux présidents et aux gouvernements anti-impérialistes ».
Le deuxième mandat d’Evo Morales s’ouvre donc sur d’excellents auspices. Il dispose d’un appui populaire dont peu de chef d’Etat peuvent se vanter. Son parti contrôle totalement (ou presque, le nombre exact de parlementaires n’étant pas encore connu) le nouveau parlement. Il dispose d’appuis internationaux importants, principalement en Amérique Latine, mais pas uniquement. La Bolivie est riche de ressources naturelles qui se vendent bien, comme le gaz ou le lithium.
Néanmoins, il y a quatre ans, la situation paraissait également très favorable, et cependant la première gestion d’Evo Morales n’aura pas été facile. Or, l’opposition conservatrice reste puissante. Elle reste aux commandes de l’économie et des médias. Cependant, sa défaite électorale rend peu probable un jeu d’opposition frontale comme lors du premier mandat d’Evo Morales.
Les difficultés pour le gouvernement pourraient venir cette fois de l’intérieur. En effet, de nombreux « transfuges » ont intégré le camp des vainqueurs lors des dernières semaines, ce qui pourrait freiner le processus de changement et créer des tensions internes. De plus, plusieurs importants mouvements sociaux situés à la gauche du MAS, et qui ont été discrets au cours du premier mandat au nom de l’union sacrée contre la droite, pourraient également exiger des changements plus rapides et plus profonds.
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