Des participants plus que satisfaits

22 04 2010

La conférence a permis de belles rencontres

La conférence a permis de belles rencontres

Chez les participants, la satisfaction est générale. Ainsi, pour Noël Douglas, du réseau “Globalisons la résistance” et qui est venu d’Angleterre juste avant que les aéroports européens ne soient fermés, « la conférence a été simplement fantastique ! Le nombre de participants et la clarté et la radicalité des demandes sont simplement géniaux. Bravo aux boliviens et à Evo Morales. Cela va dynamiser l’ensemble des mouvements sociaux, politiques, culturels, anti-guerres, écologiques, etc.”

Nnimmo Bassey est un écologiste Nigérian engagé, poète et président de « Amis de la Terre International ». Il signale que “cette conférence aura été très inspirante. Nous sommes arrivés à d’excellentes conclusions, qui, je crois, peuvent aider les gouvernements et les mouvements sociaux à avancer vers des sociétés véritablement soutenables et socialement équitables.”

Savourant ses feuilles de coca, Eusebio Quispe, indigène bolivien quechua constate que “nous avons pu traiter de thèmes très importants. C’est fondamental de ne pas parler et défendre uniquement les être humains, mais tous les êtres vivants, les rivières, les montagnes, les animaux, tous ceux qui respirent le même air que nous. Que cette première conférence, avec des gens de tous les pays du monde, ait eu lieu en Bolivie, est historique.”



Les 17 groupes de travail de la conférence ont rendu leur copie

22 04 2010

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La conférence a connu une affluence vraiment impressionnante

La conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre Mère est terminée. Mais les luttes des peuples indigènes, des organisations sociales, des gouvernements présents et des mouvements écologistes pour la défense de la planète ne s’arrêteront pas là. Durant ces quatre journées bien chargées, de nombreux liens se sont tissés. Un bouillonnement d’idées, de propositions, d’analyses et de solidarités a jaillit de cette rencontre de plus de 35’000 participants provenant de 142 pays, dont 47 se sont rendus présents au travers de délégations officielles.

Un très large accord s’est dessiné pour désigner le système capitaliste et la consommation irresponsable des pays du Nord comme les responsables de la catastrophe climatique et des dégâts environnementaux qui mettent la planète à genoux. Lors de la rencontre finale entre les gouvernements participants et les peuples, le président Morales a signalé que “lors des différentes rencontres de chefs d’Etats, on ne discute que des effets du changement climatique, mais jamais de ces causes. Ici, à Cochabamba, nous avons décidé de nous attaquer à la racine du problème”.

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Ces deux policières observent les panneaux d'une exposition sur les conséquences du changement climatique

Les conclusions des 17 tables de travail, « qui viennent d’en bas et demandent à être entendues en haut » sont, entre autres : la nécessité de la création des droits de la Terre Mère; la création d’un tribunal international de justice climatique, qui possède le pouvoir de punir les individus, les entreprises et les Etats qui détruisent la nature; une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, principalement de la part des pays industrialisés, qui doivent « décoloniser et rendre l’atmosphère à l’ensemble des êtres humains »; la limitation à un maximum de 1 degré le réchauffement climatique, et non pas à deux degrés comme le propose “l’accord antidémocratique et insuffisant de Copenhague”; le payement de la dette climatique par les pays industrialisés aux pays appauvris, sans conditions, et à hauteur de 6% de leur PNB; la tenue d’un référendum mondial sur le climat à réaliser dans tous les pays du monde dans une année, le 22 avril, jour de la planète Terre, qui demanderait entre autres à tous les citoyens du monde s’ils sont d’accord de changer le système capitaliste, de transférer les dépenses militaires en dépenses pour la défense de la planète et de créer un tribunal climatique.

Le président Morales s’est engagé à apporter en personne ces conclusions au Secrétaire des Nations Unies, afin qu’elles soient prises en compte lors de la prochaine conférence des Nations Unies sur le changement climatique, qui se réalisera au moins de décembre à Cancun, au Mexique.

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Offrande à la Pachamama



La table parallèle qui déplaît à Evo Morales

22 04 2010

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La fameuse table No18 se tient dans un restaurant populaire, à deux pas de l'entrée de la conférence officielle

Contrairement à ce que pourrait penser certains, tout n’est pas parfait dans la Bolivie du premier président indigène. Si les discours mettent en avant le respect de la Terre Mère – la Pachamama - et des peuples indigènes, la réalité n’est pas aussi idyllique. Ainsi, les 17 tables de réflexions officielles de la Conférence ont une petite sœur “illégitime”. Refusée par les plus hautes autorités boliviennes, elle se tient en dehors du site officiel de la Conférence. Située dans un restaurant populaire, sur l’avenue qui mène au campus, à une centaine de mètres de l’entrée de la Conférence et signalée par de grands panneaux colorés, il est néanmoins difficile de la manquer, et les débats s’y déroulent en toute liberté.

Ici, la belle image d’une Bolivie écologiquement et socialement vertueuse est quelque peu ébréchée. Organisée par des mouvements écologistes et indigènes boliviens, s’y débattent des thèmes qui demeurent “tabous” pour le gouvernement. Mégaprojet d’infrastructures de transport qui couperaient en deux des communautés indigènes amazoniennes situées dans des zones écologiques aussi riches que délicates. Exploitation de minerai par une entreprise japonaise sur l’altiplano qui épuise les eaux fossiles - et donc non renouvelables - des communautés indiennes des alentours avec la bénédiction du gouvernement. Exploration et exploitation pétrolière dans des zones indigènes sensibles des plaines de l’est sans le respect des autochtones et les formes de consultation demandées par le nouvelle constitution (elle-même impulsée par le gouvernement Morales). La liste des problèmes “cachés” par le gouvernement semble longue comme une journée de travail sans feuilles de coca.

Cependant, les discours des participants demeurent modérés envers le gouvernement. “Le président Evo ne fait que le 50% de ce qu’il faudrait faire. Mais il est vrai que les précédents n’ont absolument rien fait du tout pour nous”, signale ainsi un chef indigène aymara des environs du lac Titicaca, dont la communauté voit sa rivière disparaître peu à peu. “Au moins, ce gouvernement nous écoute, mais c’est pour nous dire qu’il ne peut rien faire pour le moment” signale-t-il. Pour Alberto Acosta, ancien président de l’Assemblée Constituante Equatorienne, “ces thématiques sont réelles, mais ne sont pas absentes des tables “officielles”. Et il ajoute qu’ « il ne faudrait pas oublier que ces rencontres ont été rendues possibles par le président Morales”.

Il est certain que les changements prennent du temps. Comme l’a signalé le ministre bolivien de l’intérieur, “cela ne fait que quatre ans que les mouvements sociaux sont au pouvoir en Bolivie.” Et les changements sont réels. Il est vrai également qu’une grande partie des boliviennes et des boliviens vivent dans des conditions difficiles, et que le gouvernement a besoin d’importantes ressources financières pour financer la nécessaire augmentation du niveau de vie matériel de la population. Cependant, il sera difficile de continuer le “processus de changement”, comme l’on dit ici, si le gouvernement n’accepte pas d’écouter ceux qui, finalement, sont plus des alliés que des ennemis.



La conférence s’attaque aux causes structurelles du changement climatique

22 04 2010

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Le panel de réflexion sur les causes structurelles du changement climatique. Au centre, Alvaro Garcia Linera, Vice-président de la Bolivie

La Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et la Terre Mère bat son plein à Cochabamba, en Bolivie. Les 17 tables de travail travaillent d’arrache-pied afin de parvenir, dans le peu de temps qui leur est imparti, à un accord pour une déclaration finale. De nombreuses organisations sociales du monde entier, écologistes, féministes, paysans, peuples indigènes, ou encore syndicalistes, partagent leurs problèmes, leurs analyses et leurs espoirs dans de nombreuses tables ronde autogérées. Des panels de personnalités du monde scientifique, des intellectuels engagés, des élus de plusieurs pays ainsi que des militants “tête d’affiche”, partagent leurs réflexions, leurs doutes et leurs espoirs avec un très nombreux public.

L’un des thèmes récurent y est celui de l’injustice climatique. Alivio Aruquipa, indien aymara vivant dans une communauté située près de La Paz, au pied de l’Illimani, montagne sacrée et emblématique, est venu témoigner des difficultés liées au changement climatique que rencontre son village. Les glaciers fondent et le manque d’eau pose de sérieux problèmes. Les habitants ont ainsi noté l’apparition de nouvelles maladies, tant chez les plantes, les animaux et les humains, liés à l’augmentation de la température. En conséquence, les jeunes s’en vont à la ville. Pour Aruquipa: “il est injuste que nous, qui n’avons en rien contribué au changement climatique, soyons les premiers à en souffrir. De plus, les pays riches ne veulent rien faire, et continue à faire leurs bénéfices sur notre dos.”

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Les habitants du petit village de Khapi, situé au pied des glaciers de l'Illamani, sont venu dénoncer les dégâts que le réchauffement climatique créent dans leurs commuantés

Sous l’oreille attentive du président Morales en personne, ainsi que de plusieurs de ces ministres, l’un de ces groupes de personnalités à ainsi débattu ce mardi matin des causes structurelles du changement climatique. Pour  Alvaro Garcia Linera, sociologue, vice-président et éminence grise du gouvernement bolivien: “le capitalisme vit du sang des peuples et de la nature, c’est dans sa nature.” Il est donc “nécessaire de donner des droits à la planète, mais aussi et surtout des devoirs envers elle aux êtres humains”. Enry Leff et Edgardo Lander, intellectuels et universitaires latino-américains, partagent, comme la grande majorité du public, l’idée que “l’humanité ne survivra pas au capitalisme”. Or, la planète est finie et les ressources limitées. Pour Fred Magdoff:”Le système capitaliste doit par essence croître de façon infinie, afin de générer des bénéfices, de la plus-value”. C’est là son essence, et il se serait vain de prétendre l’”améliorer”. Pour l’ensemble des intervenants, le salut de l’humanité et de la planète ne peut donc que passer par une sortie du capitalisme, ce qui rend nécessaire une remise en question fondamentale des modes de vie occidentaux, et de la dictature de la croissance. Mais également d’un nouvel imaginaire, d’une “décolonisation mentale”. Langder signale qu’”une croissance infinie dans un monde qui est lui fini, n’est simplement pas possible”. Selon lui, c’est même bien de décroissance qu’il faut commencer à parler!

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Le président Morales écoute attentivement les panelistes

Pour ces personnalités engagées, il serait une grave erreur d’attendre de la science et de la technique qu’elles apportent des solutions. Au contraire, dans le système actuel, phagocytées par le marché, mises au service des intérêts des puissants, elles ne font qu’empirer les choses. Et les véritables solutions ne viendront pas non plus du développement durable, cet amalgame de petits changements “qui ne sont acceptés que s’ils permettent d’obtenir plus de bénéfices” comme le signale Lander. On peut également noter que le paradigme communiste, voire socialiste, est également rejeté para la majorité des intervenant et des participants. Pour David Choquehuanca, ministre bolivien de l’intérieur et indigène Aymara: “Si le capitalisme se centre sur le bénéfice, le socialisme se centre sur ‘être humain. Nous sommes plus proches du socialisme, mais il faut également dépasser ce paradigme andro-centrique, pour mettre au centre la vie, la Mère Terre, les montagnes, les rivières, les papillons…” Le communisme et le socialisme sont considérés comme des “frères ennemis” plus que comme des systèmes profondément différents. Issus de la société occidentale, ils caractérisent par un même productivisme et un même matérialisme, qu’il s’agit de dépasser. Pour tous, il est donc nécessaire d’inventer de nouveaux modes de vie, en donnant la parole aux peuples du monde et en partant de leurs modes de vie et de leurs cosmovisions plus respectueux de la nature et de l’être humain.

Pour les panelistes suivants, dissertant sur “les nouveaux modèles afin de rétablir l’harmonie avec la nature”, c’est également dans les sagesses traditionnelles, dans des modes de vie plus simples et en harmonie avec les semblables et la planète, que les êtres humains pourront trouver les racines de futurs modes vie plus harmonieux. Pour David Choquehuanca, c’est par exemple en se laissant influencer par le “Bien Vivre” - et non “mieux vivre”, en réfléchissant au mode de vie politique indigène, basé sur le consensus et les droits des minorités, qu’il pourra être possible d’améliorer la démocratie. Utilisant de nombreux mots aymara désignant des concepts inconnus en Occident, il montre que des voies existent qui permettent de repenser la vie collective, afin “de retrouver un équilibre”.



La conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre Mère s’est ouverte

22 04 2010

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La Whipala, le drapeau des indiens, est porté haut durant l'inauguration

La Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre Mère s’est ouverte ce lundi  19 avril à Tiquipaya, petite ville de la vallée de Cochabamba, située à 2500 mètres d’altitude, au cœur de la Bolivie. Cette conférence, convoquée par le gouvernement d’Evo Morales, a pour but de suppléer à l’échec de la Conférence sur le climat organisée par les Nations Unies en décembre passé à Copenhague.  Le gouvernement bolivien et les mouvements sociaux qui le composent ont appelé les peuples du monde, à travers leurs organisations et mouvements sociaux, à venir discuter et proposer un cadre et des propositions concrètes pour faire face au changement climatique et aux dégâts que subissent les écosystèmes et les peuples du monde entier.
Après un jour et demi, la convocation semble une réussite. Si un bon millier d’inscrits en provenance d’Europe n’ont pas pu venir – certains y voient un signe de la mauvaise humeur d’une Pachamama blessée à mort – l’affluence est plus qu’à la hauteur des organisateurs. On compte environ 15′000 participants, dont une bonne moitié de boliviennes et de boliviens, l’autre moitié provenant des cinq continents. Lundi matin, dernière journée d’inscriptions, une queue longue de plusieurs centaines de mètres dans le centre –ville, attendant dans la bonne humeur leur accréditation, témoignait de ce succès … et des quelques difficultés d’organisation inhérentes à ce genre d’événement.

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Ce groupe d'indigènes "macheteros" est venu des plaines orientales boliviennes pour danser lors de l'ouverture de la Conférence

L’atmosphère qui règne sur le campus qui sert de principal lieu des activités est très chaleureuse, et les allées sont encombrées de stand de nourriture – en Bolivie, on ne travaille pas le ventre vide – d’artisanats écologique et équitable, d’artistes de toutes sortes, d’organisations et d’ONG qui présentent leur travail, diffusent leurs documents, livres ou vidéos, ainsi que des différents ministères boliviens. On se retrouve dans une ambiance de partage, de travail, de fête, mais surtout de soucis pour la planète, qui fait beaucoup penser aux Forums Sociaux Mondiaux.
Les 17 groupes de travail, chargés d’élaborer, à partir de cyber-forums qui ont fonctionné depuis le mois de février, des propositions et des réflexions sur les causes structurelles du changement climatique, des droits de la Terre Mère, la création d’un tribunal international de justice climatique, de la dette climatique, des transferts de technologie, de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, etc., se sont mis au travail. Si le gouvernement bolivien met en place l’infrastructure et les propositions générales et est très présent, les groupes de travail s’organisent de façon démocratique et horizontale. Il sera néanmoins difficile de parvenir à une réflexion profonde et consensuée dans des groupes qui comptent plusieurs centaines de personnes, et qui disposent de peu de temps pour rendre leur copie.

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La marche mondiale des femmes est présente, avec entre autre Albina, une amie de Tarija, tout à droite sur la photo

Les propositions et les témoignages sont extrêmement variés, chacun veut apporter sa pierre à la réflexion, et on sent parfois une certaine confusion. Cependant, il existe un large consensus, qui réside dans la radicalité du rejet du système capitaliste. « Ou c’est le capitalisme qui meurt, ou c’est la planète » est en effet une phrase-choc que l’on a pu entendre non seulement de la bouche d’Evo Morales dans son discours d’inauguration, mais de la part de féministes latino-américaines comme du sociologue portugais Boaventura Do Santos, de la bouche des représentants paysans d’Afrique aux simples participants. A l’unisson, on demande la fin du modèle capitaliste occidental, qui transforme tout en marchandises et en profits, laissant derrière lui des des peuples défavorisés et une planète dévastée.

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Boaventura Dos Santos participe à la réflexion sur les paradigmes civilisationnels alternatifs au capitalisme

Les alternatives existent, mais semblent encore embryonnaires. Ainsi, pour Fernando Mamani, indien Aymara et auteur d’un livre intitulé « Vivre bien »,  la philosophie de vie des indigènes des Andes s’oppose à la manière de voir occidentale qui recherche le salut dans le « plus » ou dans le « mieux ». Selon lui, le « Sumaq Kamana » (Bien Vivre), pourrait féconder toutes les sociétés, pour diriger l’humanité vers un futur véritablement soutenable, grâce à des nouveaux rapports harmonieux entre les êtres humains entre eux et avec la Terre Mère. Car, comme il le souligne, pour les peuples indigènes « la terre ne nous appartient pas, mais c’est nous qui lui appartenons ».



Le MAS d’Evo Morales remporte les élections régionales, mais dans une moindre mesure qu’il espérait

6 04 2010

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EVo Morales crie victoire en conférence de presse (photo ABI)

Ce dimanche 4 avril, les boliviennes et les boliviens se sont rendus aux urnes pour élire leurs autorités régionales et locales. Ce processus était très important pour le pays, puisqu’il s’agissait des premières élections locales à se dérouler dans le cadre de la nouvelle constitution, largement acceptée par le peuple l’année passée. Cette nouvelle constitution, demandée par les mouvements sociaux et indigènes depuis plus de 20 ans, définit la Bolivie comme un État Plurinational, et non plus comme une République. Ainsi, les départements, les municipalités, les zones indigènes et les régions qui en ont fait la demande, ont significativement gagné en autonomie. Par exemple, les départements sont maintenant autonomes, et possèdent des organes législatifs propres avec un pouvoir de décision, d’où l’importance de cette journée électorale.

Ces élections se sont déroulées dans un climat pacifique et ont été d’une grande qualité démocratique. La participation a été un peu plus faible que lors des élections générales du mois de décembre passé, lorsqu’Evo Morales avait été élu par 64% des électeurs avec un taux de participation de 95%. Elle s’est ainsi située aux environs de 85%, ce qui reste un très bon résultat, même s’il faut rappeler qu’en Bolivie le vote est obligatoire. De plus, les observateurs internationaux de l’Organisation des États Américains (OEA) ont souligné la maturité démocratique du peuple bolivien, et ont considéré ces élections comme “exemplaires”.

Selon les résultats partiels connus à l’heure actuelle, le Mouvement Vers le Socialisme (MAS) d’Evo Morales maintient son impressionnante domination au niveau national. Il gagne 6 des neuf gouvernements départementaux, et la majorité des mairies du pays. Entre autre, il conquiert les gouvernements des départements de Chuquisaca et de Pando, qui étaient jusqu’alors en mains de l’opposition de droite. Il ne lui manque que les importants départements des plaines occidentales de Santa Cruz et Béni, ainsi que Tarija, importants économiquement en raison de la présence d’hydrocarbures. Mais il perd ou ne parvient pas à conquérir 7 des 9 villes-capitales du pays. Et sur l’altiplano, là où il normalement le plus fort, il se fait concurrencer par de nouveaux partis, et perd même les deux importantes mairies de La Paz et d’Oruro.

Après les profonds changements de ces 10 dernières années, qui ont vu les partis traditionnels perdre tout crédit après 20 ans de néo-libéralisme et de corruption généralisée ainsi que la montée irrésistible du MAS à un niveau de popularité encore inconnu dans la vie politique démocratique bolivienne (toutes les votations et élections gagnées avec plus de 50% des voix), le pays semble se diriger vers un nouvel équilibre. Le MAS domine nettement la scène nationale et les départements andins, et connaît l’appui d’une forte minorité dans les départements orientaux. Mais la droite conservatrice conserve le pouvoir dans trois départements orientaux, ainsi que dans une partie des autres grandes villes du pays. De plus, son hégémonie altiplanique commence à être disputée par de jeunes partis de gauche ou du centre.

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Les partisans du préfet réélu fête la victoire dimanche soir sur la place centrale de Tarija

“Chez nous”, dans le département de Tarija, le préfet el le maire, tous deux féroces opposants au gouvernement, ont été réélus. Facilement pour le maire, avec difficulté pour le préfet, dont le « challenger » pour le MAS était jusqu’à il y a peu un féroce opposant au gouvernement. En général, et même si en réalité les scores atteints par les candidats du parti gouvernemental dans les départements d’opposition ont encore significativement augmenté en comparaison des dernières élections locales de 2005, la stratégie qui consistait a coopter d’anciens opposants, à attaquer frontalement certains anciens alliés ou proches considéré comme “déviants”, et finalement à utiliser le charisme national du président pour pousser les candidats locaux, n’a pas apporté tous les résultats espérés. Si le gouvernement contrôlera presque intégralement l’Etat au niveau national, avec une majorité des deux tiers dans les deux chambres du parlement, il devra compter au niveau local tant sur les gouverneurs et les mairies de l’opposition de droite dans les basses plaines orientales, que sur une naissante opposition issues de ses propres files dans ses bastions de l’altiplano.