La table parallèle qui déplaît à Evo Morales

22 04 2010

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La fameuse table No18 se tient dans un restaurant populaire, à deux pas de l'entrée de la conférence officielle

Contrairement à ce que pourrait penser certains, tout n’est pas parfait dans la Bolivie du premier président indigène. Si les discours mettent en avant le respect de la Terre Mère – la Pachamama - et des peuples indigènes, la réalité n’est pas aussi idyllique. Ainsi, les 17 tables de réflexions officielles de la Conférence ont une petite sœur “illégitime”. Refusée par les plus hautes autorités boliviennes, elle se tient en dehors du site officiel de la Conférence. Située dans un restaurant populaire, sur l’avenue qui mène au campus, à une centaine de mètres de l’entrée de la Conférence et signalée par de grands panneaux colorés, il est néanmoins difficile de la manquer, et les débats s’y déroulent en toute liberté.

Ici, la belle image d’une Bolivie écologiquement et socialement vertueuse est quelque peu ébréchée. Organisée par des mouvements écologistes et indigènes boliviens, s’y débattent des thèmes qui demeurent “tabous” pour le gouvernement. Mégaprojet d’infrastructures de transport qui couperaient en deux des communautés indigènes amazoniennes situées dans des zones écologiques aussi riches que délicates. Exploitation de minerai par une entreprise japonaise sur l’altiplano qui épuise les eaux fossiles - et donc non renouvelables - des communautés indiennes des alentours avec la bénédiction du gouvernement. Exploration et exploitation pétrolière dans des zones indigènes sensibles des plaines de l’est sans le respect des autochtones et les formes de consultation demandées par le nouvelle constitution (elle-même impulsée par le gouvernement Morales). La liste des problèmes “cachés” par le gouvernement semble longue comme une journée de travail sans feuilles de coca.

Cependant, les discours des participants demeurent modérés envers le gouvernement. “Le président Evo ne fait que le 50% de ce qu’il faudrait faire. Mais il est vrai que les précédents n’ont absolument rien fait du tout pour nous”, signale ainsi un chef indigène aymara des environs du lac Titicaca, dont la communauté voit sa rivière disparaître peu à peu. “Au moins, ce gouvernement nous écoute, mais c’est pour nous dire qu’il ne peut rien faire pour le moment” signale-t-il. Pour Alberto Acosta, ancien président de l’Assemblée Constituante Equatorienne, “ces thématiques sont réelles, mais ne sont pas absentes des tables “officielles”. Et il ajoute qu’ « il ne faudrait pas oublier que ces rencontres ont été rendues possibles par le président Morales”.

Il est certain que les changements prennent du temps. Comme l’a signalé le ministre bolivien de l’intérieur, “cela ne fait que quatre ans que les mouvements sociaux sont au pouvoir en Bolivie.” Et les changements sont réels. Il est vrai également qu’une grande partie des boliviennes et des boliviens vivent dans des conditions difficiles, et que le gouvernement a besoin d’importantes ressources financières pour financer la nécessaire augmentation du niveau de vie matériel de la population. Cependant, il sera difficile de continuer le “processus de changement”, comme l’on dit ici, si le gouvernement n’accepte pas d’écouter ceux qui, finalement, sont plus des alliés que des ennemis.


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