Fête de fin d’année à Creciendo

9 12 2010

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Lina et ses copains du jardin d'enfants attendent leur entrée en scène...

Ça sent la fin… Noé et Lina ont participé vendredi passé (26 novembre) à la fête de fin d’année à Creciendo. Pour eux, se termine cette magnifique aventure qui leur aura vu fréquenter les bancs d’une école différente, construire de belles amitiés avec les enfants du quartier. Noé adore l’école, surtout ces copains. Les heures de classe, un peu moins. Mais l’amitié aura été très forte pour lui, la même équipe d’inséparables pendant cinq ans! Et des relations qui seront sûrement différentes en Suisse. Beaucoup de bruit, parfois de disputes, mais également beaucoup de générosité et de solidarité entre ces enfants de niveau social très modeste, auquel Noé s’est très bien intégré. Pour lui, si le contenu des cours lui plaira sûrement plus en Suisse, cette amitié lui fera peut-être défaut… Quant à Lina, elle s’est intégrée peu à peu au jardin d’enfants durant ces trois années. Très indépendante et la tête dure, elle a changé ces amitiés, mais reste l’une des “leaders” du jardin d’enfants, faisait rire tout un chacun - y compris les profs - par ces idées et son imagination. Pour elle, on ne se fait pas de soucis d’intégration en Suisse…

Des moments magnifiques, mais aussi difficiles. Nous avions tous des larmes aux yeux, et certains profs et élèves également, à voir partir Susanne, Noé et Lina. Trois années magnifiques et intenses, durant lesquelles nous avons appris au moins autant que nous avons offert. Un immense merci à Creciendo, à ses deux directrices, à ses enseignants… et bien sûr à ses élèves!

Pour deux semaines encore, Susanne, les profs, et les élèves qui n’ont pas tout-à-fait atteint le niveau requis seront au travail les matinées, soit jusqu’au 10 décembre. De là, ce sera les grandes vacances. Pour nous, resterons deux semaines à Tarija, afin de faire nos adieux, de ranger, nettoyer et repeindre la maison. Nous passerons quelques jours à Cochabamba et à La Paz pour dire au revoir à des amis… et nous débarqueront à Zurich le 31 décembre. A tout bientôt.

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Une petite pièce de théâtre présentée par le jardin d'enfants

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Une danse présentée par Noé et trois copains de première année

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Susanne suit attentivement le déroulement de la fête

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Lina et ses copines chantent une jolie chanson sur la joie et la fierté d'être différents mais égaux

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Noé et une copine admire la présentation des 2e années

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Une autre chanson du jardin d'enfants de Lina

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Susanne et Luca sont en "backstage"

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La licorne

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La danse de la licorne

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Noé et ses copains de 1ere année ont présenté un petit spectacle sur l'importance de ne pas mentir

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Lina et sa copine Abigaïl

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Et voilà, c'est fini, au revoir ... et merci!



Javier Medina, philosophe bolivien

24 11 2010

En ces dernières semaines boliviennes, pas beaucoup de temps pour vous tenir au courant de nos activités… Je vous propose par contre deux traductions que j’ai faites du philosophe bolivien Javier Medina, l’un des plus intéressant et fécond intellectuel bolivien que je connaisse - et il y en a!


Pour un post-développement convivial: une lecture d’Illich et de Georgescu-Roegen depuis la Bolivie¹

Une société conviviale

Historiquement, le concept de «quantité» a surdéterminé les sociétés industrielles, et celui de «qualité» les sociétés vernaculaires, comme l’amérindienne. La plupart des pays du Sud, comme la Bolivie, ne sont pas parvenus à devenir des sociétés industrielles. Il existe quelques usines, bien sûr, mais un vol d’hirondelles ne fait pas le printemps. Cependant, il s’agit bien là du modèle sur lequel s’est construit l’imaginaire des Républiques issues des Indépendances. Le modèle industriel, dans des pays sans usines, est le générateur du grand simulacre que nous sommes devenus.

Tant la notion de qualité que celle de quantité ont pour base opératoire le concept d’outil. Les sociétés industrielles ont travaillé à partir de l’hypothèse selon laquelle l’outil pourrait substituer l’esclave, reprenant ainsi la vieille discussion aristotélicienne. Dans cet exercice, l’outil se convertit en « machine-outil » et crée, au travers de la production en série, ce qui va s’appeler la production industrielle, excitée par le dogme « développementiste » d’une croissance infinie.

Terminée la révolution industrielle, nous savons maintenant que la machine-outil s’est métamorphosée en un implacable producteur de servitude pour l’ouvrier et d’intoxication pour le consommateur². La domination de l’outil par l’homme, comme le dit Ivan Illich, a été remplacée par la domination de l’homme par l’outil. C’est pour cela qu’une « société de la qualité de vie » ne peut se définir qu’à partir de la relation de l’être humain avec l’outil.

Ivan Illich, dans « La convivialité », appelle convivial le type d’outil dont l’humanité a véritablement besoin. Un outil convivial doit selon lui répondre à trois critères : (1) il doit générer de l’efficacité, sans dégrader l’autonomie des personnes ; (2) il ne doit produire ni maître ni esclave ; (3) il doit augmenter le rayon d’action des personnes.

Cela signifie que l’être humain a besoin d’un outil avec lequel travailler, et pas d’instruments qui travaillent à sa place. Il a besoin d’une technologie qui tire le meilleur parti de l’énergie et de l’imagination des personnes, et non pas d’une technologie qui l’écrase et le programme. L’échelle optimum est celle qui permet à l’être humain de conjuguer efficacité et autonomie. La relation industrielle entraîne une sorte de réflexe conditionné à des messages émis par des êtres qui ne seront jamais connus. Une situation aliénante d’abstraction et d’anonymat. La relation conviviale, au contraire, implique l’interaction des personnes qui participent à la création de la vie sociale, à travers la personnalisation et la localisation.

La convivialité est produite au sein d’une communauté équipée d’outils efficaces répondant à ces critères. Illich appelle « conviviale » cette société, dans laquelle l’outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité, et pas au service d’un corps de spécialistes. Conviviale est la société dans laquelle l’être humain contrôle vraiment l’outil.

Des pays du Sud conviviaux seraient plus adaptés pour les « pauvres » : ils dépendraient plus de nous. Une Bolivie industrielle dépend des investissements étrangers, de la sécurité juridique qu’y trouvent les investisseurs, de règles du jeu claires et respectées par les trois pouvoirs de l’Etat, d’importantes infrastructures de transport, de main d’œuvre qualifiée, de moins de corruption gouvernementale, etc.

Une société de frugalité et de qualité de vie

L’immense majorité des habitants des pays du Sud - la majorité des Boliviens par exemple, c’est-à-dire la Bolivie rurale, péri-urbaine, amérindienne, les majorités pauvres en un mot - ne vont jamais pouvoir accéder au rythme et aux taux de consommation des sociétés industrielles du Nord. D’autres Bolivies, oui, par le trop-plein des interactions des élites locales avec la globalisation, mais pas par la dynamique propre de notre appareil productif, qui dépasse à peine le stade d’exportateur de matières premières.

En ce qui nous concerne, une stratégie de réduction de la pauvreté devrait être pragmatique. Si il est matériellement impossible que le Sud puisse atteindre les mêmes niveaux de consommation que le Nord, alors nous ne devrions pas aspirer à cela à travers nos politiques publiques. La clé pour sortir du tiers-mondisme se trouve dans la non-aspiration au modèle occidental, à ne pas désirer ce que l’on ne peut obtenir, surtout si en plus de ne pas être possible cela n’augmente pas la qualité de vie.

Une société de haute synergie

Il ne doit actuellement pas exister de société qui dispose d’un système tant sophistiqué et institutionnalisé de circulation d’information, d’énergie, de biens, de services, de dons, d’aide mutuelle, basée sur la réciprocité (le « capital social »), comme les sociétés amérindiennes.

l’Ayni³, l’aide mutuelle, a permis que cette civilisation ne succombe pas devant le rouleau compresseur de la modernité, qui a amené avec lui l’individualisme, l’atomisation de la vie, la primauté de l’abstrait, l’érosion des valeurs humaines et la fragmentation de la réalité. L’Ayni, c’est l’ingénierie rituelle du modèle de réseau, avec lequel il faudra construire le projet de la Maison Commune Planétaire. L’Ayni devrait apparaître dans les Plans de Développement Municipaux, dans les Plan Annuels Opératoires. Ces instruments de gestion devraient inclure l’Ayni, non seulement comme « apport local » de « pauvres petits bénéficiaires » qui n’ont pas d’argent. L’Ayni doit briser l’hégémonie de l’Argent, étant pensé comme le seul moyen capable de faire bouger le monde.

La crise argentine, qui d’un jour à l’autre a submergé dans la pauvreté la moitié de sa population, redécouvre l’Ayni : en ce moment, 10 millions d’Argentins échangent des biens, des dons et des services, sans la médiation de l’argent de la Banque Centrale et des lois du marché.

L’Ayni est ce que les économistes d’avant-garde du Nord recherchent dans leur quête de ce qu’ils appellent «Économie écologique», et «Économie vernaculaire». Le projet de Maison Commune Planétaire ne sera qu’un vœu pieux, tant que l’Ayni ne se sera pas converti, premièrement, en une politique publique et deuxièmement, avant qu’il ne commence à équilibrer la position dominante de l’Argent dans les budgets.

Nous, les Boliviens, comme les autres habitants du Sud, devons nous enlever les œillères du productivisme. Nous devons apprendre à voir les autres ressources que nous avons, qui proviennent de la civilisation orientale, qu’elle soit amérindienne, africaine, asiatique, aborigène, etc. Nous devons cultiver la fierté de ce qui nous est propre. Nous devons abandonner notre complexe d’infériorité. Nous devons cultiver l’auto-estime collective. Ainsi, la grande richesse de la Bolivie c’est l’Ayni; sa pauvreté, c’est l’argent.

Une société de basse entropie

Nicholas Georgescu-Roegen, dans « The Entropy Law and the Economic Process », à partir des théories du chaos et de la thermodynamique, a montré la myopie suicidaire de économie d’échange du productivisme. Depuis la perspective de la loi de l’entropie, la croissance « sacrée », en réalité, résulte une illusion. En effet, dans la mesure où l’on produit plus, en moins de temps, plus grande est la quantité d’énergie à jamais dissipée, et, en conséquence, moins grande est l’énergie disponible restante. En clair, cela signifie qu’à plus grande croissance économique, plus grande décroissance de la nature.

A partir de la seconde loi de la thermodynamique, économie de l’échange du productivisme avance en forme de compte à rebours. Plus elle croit avancer, plus elle recule dans les faits, globalement. En réalité, moins nous dépensons, plus nous gagnons. A partir de là, Georgescu-Roegen propose de stimuler des économies de basse entropie, ou comme il le dit, d’ « économies isentropiques ». Or, justement, c’est ce que sont les Économies de réciprocité des sociétés vernaculaires.

La technologie andine, en particulier, et les technologies indiennes en général, sont des technologies isentropiques. C’est-à-dire qu’elles sont intensives en main d’œuvre et extrêmement efficaces dans l’utilisation de l’énergie. Quelque chose dont a énormément besoin économie d’échange, qui est intensive en capital et en coûts entropiques d’énergie. V. M. Toledo a démontré comment, afin de produire deux outputs d’énergie, l’agriculture intensive nord-américaine a besoin de 9 inputs d’énergie en pétrole, sous forme de diesel, de fertilisant, de pesticides, etc. Au contraire, l’agriculture de polycultures des Tsembaya de Nouvelle Guinée - considérés comme les agriculteurs les plus primitifs du monde selon le point de vue du productivisme - n’ont besoin que de 4 inputs d’énergie pour en produire 15, et sont donc les plus efficaces du point de vue énergétique.

Il y aurait beaucoup à dire au sujet des technologies amérindiennes, qui sont imbattables dans le domaine de la gestion de l’énergie. Si économie est bien la science de gérer le manque afin de produire l’abondance, la technologie et l’économie amérindienne sont, encore une fois, une source inépuisable pour construire la future Maison Commune Planétaire.

Une Bolivie et des pays du Sud possibles sont des pays qui possèderaient des systèmes économiques isentropiques et pas de chimériques pays industrialisés avec des systèmes économiques hautement entropiques.

Une société d’équilibre

Conceptuellement, la lutte sourde et l’affrontement entre les élites boliviennes et la Bolivie amérindienne a consisté en une lutte pour instaurer un modèle de société basé uniquement sur la dimension quantitative, extractive, de manière économiquement réductionniste, contre le modèle de société amérindien, basé sur le fait de tenir compte de toutes les variables (de là sa complexité), et, en même temps, basé sur la recherche de l’équilibre, de là son homéostasie.

Pour cette raison, les sociétés amérindiennes sont fondamentalement des sociétés anti-développement. Le développement parie sur la croissance exponentielle d’une seule variable au détriment de tout le reste.

Les amérindiens ont résisté, comme ils ont pu, jusqu’à aujourd’hui, à ce système. Le résultat de cinq siècles de combat inégal est une sorte de match nul catastrophique : ne fonctionnent bien ni le modèle occidental – pour cela nous sommes dans le peloton de queue des indices de développement - ni le modèle amérindien, parce qu’il ne peut que se contenter de résister.

Une société éco-symbiotique avec son espace

En ce qui concerne l’espace, il se passe également un blocage conceptuel et opératoire. S’affrontent la vision européenne de région, valide pour des espaces plats, d’humus profond, de haute pluviosité, de faible biodiversité, relativement homogènes, à laquelle s’est ajoutée la vision cartésienne de l’espace compris comme un réseau étendu, inerte, plane, dont l’être humain s’est extrait, avec la vision amérindienne de l’espace, entendu comme un être vivant, intelligent, capricieux, imprévisible, et dont les êtres humains font partie.

Il s’agit de se remettre à penser et à tisser l’espace de façon éco-symbiotique, à partir des communautés⁴. C’est là la stratégie la plus facile, la moins chère et que nous avons sous la main, afin d’accéder à la variété qu’offre la biodiversité bolivienne, et de grand nombre de pays du sud. Mourir de faim et être sous-nourris en Bolivie, n’est possible que parce que le lavage de cerveau a été très profond, que les valeurs ont été mises sans dessus dessous – nos valeurs propres comme celles venues d’ailleurs – et que notre auto-estime est au plus bas.

Il s’agit que nous nous proposions des buts pragmatiques, au lieu de désirer la chimère que nous propose le projets classique de développement. L’aveuglement des élites économiques des pays du Sud réside dans le fait qu’elles veulent s’articuler à la globalité selon la recette industrielle, et, comble de la myopie, à partir du degré zéro: la simple exportation de matières premières.

Au lieu de cette Fata Morgana développementiste, il faut proposer quelque chose de plus évident et que nous avons sous la main : que les amérindiens et les autres peuples du Sud déploient toutes leurs grandes qualités comme «éleveurs de la vie», experts en biodiversité, tisseurs de symbioses interzonales, de façon à ce que nous puissions faire de notre biodiversité et de notre multiculturalité les bases sur lesquelles nous articuler aux post-marchés de la globalisation.

Notes

1. Original Ce texte est une traduction, légèrement adaptée et résumée, des pages 142 à 148 de l’ouvrage de Javier Medina : « Diarqua ; Nuevo paradigma, dialogo de civilizaciones y Asamblea Constituyente », publié chez Garza Azul Editores, La Paz, Bolivie, 2006. Ce livre se présente comme une réflexion et une contribution de l’auteur au débat sur la refonte constitutionnelle de la Bolivie, pays qui a réécrit sa constitution entre août 2006 et juillet 2007. L’auteur met en avant les deux matrices civilisationnelles profondément différentes qui constituent la société bolivienne (l’occidentale et l’amérindienne), analyse leurs fondements et propose des solutions pour dépasser leur opposition historique.

2. Outil Dans son superbe roman « L’aventure ambiguë » [1961], Cheick Hamidou Kane, romancier sénégalais, fait dire à son personnage principal : « L’Occident est tellement fasciné par le rendement de l’outil, qu’il en a oublié l’immensité infinie du chantier. »

3. Ayni forme du principe économique de la Réciprocité consistant à échanger des biens et des services, pratiqué principalement entre parents consanguins et rituels, mais également au-delà, voire avec la nature et le divin, et qui créée de la « valeur » sociale, culturelle, au moins autant qu’économique, en tissant des liens, en générant du sens, en reliant tous et tout avec tout et tous.

4. Communauté : Le mot « comunidad » est plus riche en espagnol qu’en français, et en particulier en espagnol bolivien. Une « comunidad », c’est le village ou le hameau, mais c’est aussi son territoire, son organisation sociale, politique, familiale et productrice propre. Et s’il s’agit d’une « communidad » indienne, le terme inclut également les liens tissés entre les êtres humains entre eux et entre eux et leur « environnement » au sens large, c’est-à-dire la terre, le territoire, le vent, l’eau, les animaux, les plantes, les esprits, les dieux, etc.


« Ch’ulla et Yanantin, les deux matrices civilisationnelles de l’Orient et de l’Occident¹»

Morceaux choisis, traduits, adaptés et commentés par Mathieu

1. Unité et Parité

La voie la plus courte pour comprendre la différence entre l’Occident et l’Indianité est d’aller directement au software² qu’utilisent ces deux civilisations. Si l’on pouvait simplifier encore plus les choses, je dirais que le mot Unité caractérise l’Occident et le mot Parité l’Indianité.

L’Occident et l’Indianité se différencient entre eux, parce que l’Occident parie sur le Un : l’unité, l’homogène, l’impair, et l’Indianité sur le Pair : l’hétérogénéité. Du côté sémite : un seul Dieu, le monothéisme ; du côté grec, la monarchie, tout le pouvoir a l’Un. Du côté indigène : le pair, la paire : Jaqi³.

L’Unité, c’est l’impair, et se dit en quechua Ch’ulla. Parité se dit en quechua Yanantin, ce qui signifie deux énergies antagonistes et complémentaires. Pour l’Indianité, le monde vient par paires, par couples, ce qui est différent de la formule 1 + 1. Elle nous amène seulement au Dualisme, qui est la forme sous laquelle le monothéisme approfondi la séparation, donnant lieu au Manichéisme: l’Empire du Bien lutte contre l’Empire du Mal, et un seul doit vaincre.

Ces deux manières antagonistes de traiter l’information se sont formalisées en deux systèmes logiques également antagonistes. Du côté occidental, dans les Principes d’Identité, de Non Contradiction et de Tiers Exclu. Du côté amérindien, dans les Principes d’Antagonisme, de Complémentarité des Opposés et de Tiers Inclus.

1.1. Du côté occidental

Le principe d’identité

Ce principe s’écrit A est A. Cette formule exprime bien le refus de ce modèle à reconnaître l’existence de l’autre énergie, B, qui est une énergie différente et antagonique. Cependant, comme il n’est pas possible d’ignorer que l’Autre existe, est créée l’illusion que cet Autre est identique à soi-même, A, qui ne peut être qu’Un et ce Un, bien sûr, est universel.

L’exemple emblématique de cette manière de penser est le monothéisme patriarcal de la tradition abrahamique. Il postule un Dieu masculin, en niant le féminin, B, l’autre énergie contradictoire. Cela, bien sûr, n’implique pas que les femmes aient disparus de la face de la Terre. Elles continuent à exister, mais dans l’ombre : elles n’existent pas symboliquement. La faiblesse de ce Principe est qu’il ne traduit pas la réalité empirique telle que tout le monde l’expérimente et sans laquelle la Vie ne se reproduirait pas.

C’est là le principe logique des politiques coloniales d’évangélisation, d’extirpation des idolâtries, du progrès et de la coopération au développement. C’est-à-dire, la pulsion d’homogénéiser le monde selon le modèle occidental. L’actuelle pulsion à imposer une Pensée Unique provient de cette matrice logique. La Globalisation est la forme contemporaine d’imposer à l’ensemble de la planète, politiquement et économiquement, le Principe d’Identité d’Aristote.

Le Principe de Non Contradiction

Ce principe logique dit que A n’est pas non-A. C’est-à-dire, que A et B ne peuvent pas être vrais en même temps et selon le même point de vue. […] Dit autrement, si j’ai raison, alors tu as tort. Si l’Occident a raison, alors l’Indianité a tort. […]

Le Principe du Tiers Exclu

Ce principe soutien qu’il n’existe pas un tiers terme, T, qui soit en même temps A et non-A. Ce principe découle du précédent : une proposition est soit fausse soit vraie. En conséquence, il n’existe pas de troisième possibilité, juste et fausse en même temps, ou ni juste ni fausse. […] Si j’ai raison, alors tu as tort. Une troisième possibilité (par exemple que toi et moi ayons raison en même temps, c’est-à-dire justement la contradiction, le paradoxe) est exclue. […]

C’est là le software logique du Postulat de L’Unité, qui, en théologie est le monothéisme, en politique la monarchie : tout le pouvoir à l’Un, en économie l’échange, en sociologie l’individualisme, en droit la propriété privée, etc. Et qui, fondamentalement, part d’une compréhension statique de la réalité.

Ce qui produit et reproduit cette « congélation » du flux de la vie, c’est l’écriture : elle congèle la voix en atomes verbaux, les morphèmes, qui sont fixés sur un support : papyrus, papier… Le flux de la conversation, de l’oralité, est détenu en un instant qui devient éternel. Il n’y a pas de monothéisme sans écriture ; il n’y a pas de propriété privée sans écriture, il n’y a pas d’Etat sans loi écrite.

Ce sont là les principes logiques qui ont modelé l’âme de l’Occident, jusqu’à aujourd’hui. Une rationalité d’exclusion, basée sur une logique binaire qui ne reconnaît seulement que deux valeurs logiques, et en choisit l’une contre l’autre. Dit en un mot : le Monothéisme a besoin et reproduit un modèle de non-relationnalité, et donc d’uni-directionnalité : du sujet à l’objet. Ce qu’on appelle la Grâce dans la théologie catholique.

1.2. Du côté de l’Indianité

Maintenant, les principes qui ont configuré la civilisation amérindienne et qui commencent à conformer la civilisation du XXIe siècle sont les suivants :

Le Principe de Relationnalité

Au contraire de l’Occident, l’Indianité se base sur le principe de Relationnalité : au début était l’Ayni⁴. Ce principe affirme que tout est lié, relié, connecté avec tout. En conséquence, l’entité de base est la relation elle-même, et non pas les entités, les êtres, comme dans la métaphysique occidentale. […]

En Occident, le concret est un produit secondaire de l’abstrait, de l’universel, qui est premier. Dans les Andes, le concret est premier et est l’épiphanie de la réalité comprise comme un réseau. Pour cela, pour un amérindien, un être totalement séparé et isolé, comme le Dieu monothéiste, est simplement inimaginable. Ce serait le degré maximum de l’abstraction, c’est-à-dire, un non-être. […]

Le Principe de Complémentarité

Ce principe affirme qu’aucun être, aucune action ou événement n’existe isolé, solitaire, pour soi même. Au contraire, toute chose ou être coexiste avec son complémentaire; ensemble, ils sont une complétude. Mais le principe de Complémentarité n’est pas quelque chose d’Objectif dans le sens newtonien et scolastique : « des êtres existants en et pour soi ». La pensée occidentale classique tend à identifier le particulier avec le complet : pars pro todo. La pensée amérindienne insiste sur la signification littérale : il s’agit d’une partie, nécessaire et complémentaire, qui s’intègre avec une autre partie en une entité complète, c’est-à-dire complétée.

Le Principe de Réciprocité

Le Principe de réciprocité naît de la recherche d’un équilibre contradictoire entre les forces antagoniques d’homogénéisation et d’hétérogénéisation, d’inclusion et d’exclusion, d’alliance et d’hostilité, d’amour et de haine. […] A et B sont opposés, mais se complètent dans une relation contradictoire. […]

Dit de manière quantique, l’énergie-matière est continue et discontinue en même temps : l’énergie est émise et absorbée en petits morceaux, quanta, et sauts (Constante de Planck) ; un photon est simultanément onde (Thomas Young) et particule (Einstein). Ce principe formulé par Niels Bohr comme complémentarité onde-particule pour le monde subatomique, Louis de Broglie l’étend à l’univers entier.

Principe du Tiers Inclus

Il existe une troisième possibilité au-delà de la relation contradictoire : la relation complémentaire, justement, qui est un état particulier de potentialités co-existantes, symétriques et contradictoires en elles-mêmes. Cela correspond à une situation particulière dans laquelle deux polarités antagoniques d’un événement sont d’intensité égale et donnent naissance à une troisième possibilité, en soi-même contradictoire : le Tiers Inclus. […]

Toute l’opposition entre l’Occident et l’Indianité, entre le christianisme et l’animisme, est contenue dans ce fait. Pour l’Occident chrétien, la vérité est le lieu de la non contradiction ; pour l’indianité animiste et pour le nouveau paradigme scientifique la réalité (et a fortiori la vérité) est, justement, le lieu même du contradictoire.


2. Application du modèle

A l’humain

Le modèle subatomique : onde/particule régit également la reproduction de la vie au niveau de l’humain. La vie humaine ne peut se reproduire qu’à partir de la complémentarité homme/femme. De la même manière que chaque énergie contient, à l’intérieur d’elle-même, l’énergie contraire minimisée, chaque homme possède sa part féminine, et chaque femme sa part masculine […]

L’Humain, d’un point de vue quantique, est la complémentarité de ces deux énergies et non seulement de l’une d’entre elles, comme à tendance à le penser le Monothéisme patriarcal occidental : le masculin, l’énergie gelée en atome masculin.

En français, nous avons un bon exemple pour illustrer ce que nous venons de dire. Nous avons le concept abstrait d’Homme, qui est l’effet de la complémentarité entre l’homme et la femme. Mais il résulte que, au cour du temps, le modèle patriarcal, basé sur l’idée d’un Dieu homme, unique, a réduit le sens complexe et complémentaire d’Homme à homme. C’est-à-dire que l’idée de femme, qui est contenue dans celle d’Homme, disparaît, est minimisée, ou est devenue subalterne.

Le christianisme, en en particulier le catholicisme, essaye de sortir de cette unilatéralité qui consiste en ne faire valoir que l’énergie masculine, grâce au concept de la Trinité. De l’idée solitaire du Père, on avance à celle du Fils, mais on n’ose pas professer, même symboliquement, le concept de Mère, qui serait le concept suivant logique de la métaphore qui est là utilisée : père, fils… et vient avec le concept sui generis d’Esprit Saint, qui revient à désincarner à nouveau : l’esprit, la pure inertie mentale que comporte la mère, afin d’effacer toute trace de sexualité, de fertilité, que ses patriarches associent à l’idolâtrie.

Le concept d’Unité, depuis une perspective quantique, ne peut qu’être vu comme un concept impair, et partant, anormal, que les kollas⁵ appellent Ch’ulla, incomplet, insuffisant. Le préfixe Chu- fait référence à l’incomplet, le non-défini, et le suffixe -lla signifie presque, casi, sur le point de.

Au contraire le modèle indigène de Yanantin, de Jaqi, de Chachawarmi⁶, le mythe Guarani des jumeaux … rend mieux compte de la réalité. Cela est dû au fait que l’Indianité est un système qui pense en contigüité avec la biosphère, avec les lois de la nature. Le Monothéisme occidental, au contraire, part de l’idée d’une séparation d’avec la biosphère et de l’autonomisation de la sphère de l’humain, considéré comme le summum de la création : là est l’origine de son anthropocentrisme.

Bien sûr, il est juste de rappeler que le fait que le Monothéisme patriarcal n’inclut pas la Femme dans son modèle symbolique n’a pas impliqué que les femmes disparaissent de la face de la Terre. Cette inadéquation entre les mots est la réalité est justement la marque d’une Idéologie, qui est une sorte de viol de la réalité, afin d’imposer un projet contre-nature au bénéfice d’un groupe dominant particulier.

Au social

Au niveau social, le modèle quantique s’exprime dans le fait que l’énergie fermionique⁷ (la fonction particule) se manifeste dans l’individu, alors que l’énergie bosonique (la fonction onde), se manifeste dans le groupe, dans la communauté⁸. Comme nous l’avons déjà vu, de la même manière que chaque énergie contient, en son sein, son énergie contraire minimisée, ainsi chaque être humain se trouve être en tension entre ces deux énergies antagoniques : la pulsion vers l’individu, et la pulsion vers la communauté.

Ainsi, la Société, d’un point de vue quantique, est la complémentarité de ces deux énergies, et non seulement de l’une d’entre elles, comme tend à le penser l’Occident : l’Individu, l’énergie concentrée en atomes sociaux.

Il est typique des diverses cultures de la civilisation occidentale, monothéiste et patriarcale, de mettre l’accent sur la dimension individuelle et d’avoir créé des institutions qui encouragent et cultivent l’individu autonome et autosuffisant. Depuis le sevrage, le berceau, la chambre propre, etc., la civilisation occidentale modèle et crée l’individu, solitaire et isolé, qui est l’unité de base de son système religieux et politique.

Au contraire, il est typique des différentes sociétés de la civilisation orientale, et concrètement de l’Indianité, de mettre l’accent sur la dimension communautaire, collective, et de créer ses institutions, ses coutumes, afin d’encourager et de reproduire l’ayllu⁹, conçu comme beaucoup plus qu’une somme d’individus (ce qui serait le « collectif », le « corporatif », du modèle occidental), comme l’effet que produit, dans le Taypi¹⁰ de son territoire, le Tinku¹¹ de l’énergie Aran¹² et de l’énergie Urin.

Au politique

Au niveau du politique, le modèle quantique s’exprime dans le fait que l’énergie fermionique (la fonction particule) se manifeste dans le libéralisme (autour de l’atome social : l’individu), alors que l’énergie bosonique (la fonction onde) se manifeste dans le communautarisme: le réseau. Comme nous l’avons déjà signalé, de la même façon que chaque énergie contient à l’intérieur d’elle-même l’autre énergie opposée minimisée, de la même façon tout être humain se trouve en tension entre ces deux énergies antagonistes : la pulsion libérale et la pulsion communautaire.

Ainsi, le politique réel et complet est dans la complémentarité de ces deux énergies, et non seulement l’une d’entre elles, comme tend à le penser le Monothéisme patriarcal occidental : le Libéralisme ou le Socialisme : l’énergie concentrée en atome politique, l’individu.

A l’intérieur de la civilisation occidentale, l’antagonisme entre onde et particule s’exprime dans la polarité libéralisme/socialisme-communisme. Ce qu’ont de commun le libéralisme et le socialisme, c’est de se baser sur la même notion fondamentale de l’Individu.

A l’intérieur de l’Indianité, l’antagonisme entre onde et particule s’exprime dans la polarité entre factionnalisme et communautarisme, où le factionnalisme individualiste est de toute manière subalterne à la notion de communauté - d’ayllu dans les Andes - qui se base sur l’idée du réseau. C’est là un système multidimensionnel, alors que le modèle libéral/socialiste et unidimensionnel. Son support est organique, en continuité avec la nature, à la différence du support mécanique, qui s’établi dans le temps : l’histoire, sans aucun lien avec l’espace : la biosphère, qui est une simple donnée supposée, sans aucune implication en rien.

A l’économique

Au niveau économique, le modèle quantique s’exprime dans le fait que l’énergie fermionique, la fonction particule, se manifeste dans l’Echange : l’énergie figée dans la monnaie. L’énergie bosonique, la fonction onde, se manifeste dans la Réciprocité¹³ : l’énergie fluide de l’ayni, la minka¹⁴, etc. Encore une fois, comme chaque énergie contient son énergie opposée minimisée, ainsi également l’économie se trouve en tension entre deux énergies antagonistes : la pulsion individualiste à l’Echange : argent, marché, accumulation, et la pulsion communautaire à la Réciprocité: ayni, fête, foire.

L’Economie « complète » est donc la complémentarité de ces deux énergies, et non seulement l’une d’entre elles, comme tend à le penser l’Occident : l’Echange, l’énergie figée dans l’argent.

Par Echange, on entend la dynamique économique qui part de l’intérêt propre, avec l’objectif de s’enrichir et la finalité d’accumuler, pour avec ces ressources pouvoir acheter sur le marché les biens et les services nécessaires au bonheur.

On entend par Réciprocité la dynamique économique qui part de la nécessité de l’Autre, avec l’objectif de produire une relation affective et la finalité d’obtenir le Prestige d’être un grand donateur qui obligera les donataires à réciproquer plus généreusement le don reçu, de façon former une chaîne de dons et de contre-dons qui rende possible la vie en relation et en harmonie avec non seulement l’entourage social, mais également rituel et cosmologique.

Dans d’autres travaux¹⁵, Javier Medina, avec Dominique Temple, montre que l’économie des peuples indigènes n’est pas une sphère autonome. L’économie, la production, ne peuvent pas être séparées de la spiritualité, du social, etc. Il montre également que le but de ces économies n’est pas seulement la production et l’échange « juste ». Mais la mise en circulation de « produits » qui n’ont souvent pas de valeur d’usage. On produit des choses pour pouvoir les faire circuler, pour tisser des liens sociaux, pour créer de la réciprocité, pour créer du sens. Et cette réciprocité ne se noue pas uniquement à l’intérieur de la communauté humaine, mais elle relie celle-là à la communauté de la nature et à la communauté des esprits (qui ne sont en réalité pas séparées de la communauté humaine). La chacra (le « champ » des agriculteurs andins) est beaucoup plus qu’un moyen de production. Elle est le lieu dans lequel se tisse les liens entre les membres de la communauté humaine, et entre les différentes communautés (humaine, naturelle et surnaturelle). La chacra est à la fois « atelier » (dimension productive non aliénée), « temple » (lieu de relation avec la transcendance), «place du village» (lieu de socialisation), « école » (lieu d’éducation), etc.

Au civilisationnel

Au niveau de la civilisation, le modèle quantique s’exprime dans le fait que l’Humanité également, composée de masse et d’énergie, s’actualise soit comme énergie fermionique, la fonction particule, et alors on peut l’appeler Occident, énergie concentrée dans la masse; soit comme énergie bosonique, la fonction onde, et alors cette autre moitié peut s’appeler Orient, dont l’Indianité est un sous-système: l’énergie fluide du Tao¹⁶, du Qhapaq Nan¹⁷, du Tha’qi¹⁸ de la Qamaña¹⁹. Toujours de la même manière, comme chaque énergie contient en elle-même son énergie contraire minimisée, de la même manière l’Humanité occidentale comporte en elle-même, minimisée, l’énergie bosonique de l’Indianité, et l’Humanité indienne comporte en son sein, minimisée, l’énergie fermionique de l’Occident.

Ainsi, la Civilisation est la complémentarité des ces deux énergies : Orient et Occident, et non seulement l’une d’entre elles, comme le pense l’Occident : l’Occident comme unique civilisation, le reste n’étant que Barbarie qui doit être civilisée par elle. De là dérive la Conquête, l’Evangélisation, l’Extirpation des idolâtries, l’Aide au développement et la Lutte contre la Pauvreté d’aujourd’hui.

Ainsi, d’un point de vue quantique, on entend par Civilisation le résultat de comment l’humanité résout de manière hégémonique la polarité masse/énergie. Cette polarité archétypique se divise en autres polarités plus connues, par exemple créateur/créature, bien/mal, espace/temps, sujet/objet, vie/mort, etc.

Si cette polarité est pensée de manière excluante, c’est-à-dire de façon dualiste (« l’empire du bien lutte contre l’empire du mal », G. W. Bush), on obtient la civilisation monothéiste occidentale. Si cette polarité est pensée de manière incluante, c’est-à-dire comme une unité duale, alors on obtient la civilisation orientale, dans notre cas, la société amérindienne animiste.

C’est là le grand parapluie de l’humanité. A l’intérieur de chaque civilisation on trouve différentes cultures qui sont des variations dues en grande partie à des réponses apportées à différents écosystèmes dans lesquels les êtres humains doivent assurer leur vie et leur reproduction.

Ainsi, nous avons par exemple les cultures espagnole, suisse, hollandaise, danoise, anglaise, etc., qui sont très diverses et différentes entre elles, mais qui partagent un parapluie cosmologique unique et commun, caractérisé para la Séparation, le Monothéisme, l’Individualisme et l’Echange. De la même manière, nous avons les cultures tibétaine, chinoise, mapuche, aymara, quechua, guarani, maya, toltèque, iroquoise, inuit, etc., qui sont également différentes entre elles, mais qui partagent le même parapluie cosmologique, caractérisé par se savoir partie du Continuum biosphérique, par l’Animisme, le Communautarisme et la Réciprocité.

3. L’Occident el l’Indianité

Cela dit, il faut ajouter que le Principe de Réciprocité est incompatible avec certaines notions transcendantales de la civilisation occidentale. L’Occident est une civilisation unidimensionnelle. Avec la physique quantique, elle commence à changer, à partir du monde académique. Mais cela n’empêche pas qu’elle comprenne les relations de manière unidirectionnelle. Dieu est un actus purus, souverain, omnipotent, omniscient ; Il n’a pas besoin de la créature. S’Il la crée, c’est comme fruit entièrement libre de sa condescendance, de sa liberté, de sa Grâce. Il n’attend pas de réponse humaine pour être. Traduit épistémologiquement, cela signifie que le sujet connaît de manière active un objet qui est compris comme passif. Economiquement, que l’Homme exploite, au travers du travail et de la technologie, la Terre qui est comprise comme passive et inerte, pour la transformer en produit, c’est-à-dire, en richesse.

Le « dieu » amérindien, au contraire, a lieu au moment du rituel ; il a besoin de l’être humain pour se faire présent, et vice versa. Au-delà du rituel (le laboratoire), il existe virtuellement dans le cosmos, comme un photon avant d’être mesuré dans l’accélérateur de particules : c’est un dieu quantique. Economiquement, travailler, c’est élever, cultiver la vie. La réciprocité implique une compréhension interactive de la réalité. Dit autrement, la réciprocité est la recherche d’un équilibre contradictoire entre les forces d’inclusions et d’exclusion.

Je sais que, dans ce contraste, l’Occident ne paraît pas à son avantage, et que cela peut causer une certaine résistance à accepter cette manière de comprendre les relations entre christianisme et animisme amérindien. J’en suis désolé ; il nous arrive la même chose que les physiciens du premier quart du XXe siècle, lorsque l’expérimentation scientifique changeait la vision de la matière-énergie, de l’espace-temps, de la vie et de la mort. Il y eu également de fortes résistances.

Utilisant une métaphore quantique, je dirai que dans l’ère « écozoïque » qui commence, la « fonction onde » devra être jouée par la civilisation amérindienne et la « fonction particule » par la civilisation occidentale. Ensemble, dans un équilibre contradictoire, elles seront l’Unité duale vers laquelle marchera l’Humanité. Dans ce sens, l’Occident doit cultiver, en son sein, son Orientalité réprimée, et l’Orient son Occidentalité réprimée. Pour cela, il sera nécessaire de régler leurs comptes aux « colonialismes », internes comme externes, c’est-à-dire, aux complexes d’infériorité de certains et de supériorité d’autres.

4. En quoi consiste le dialogue de civilisation ?

Le premier dialogue doit se donner à l’intérieur de chacun. Cela consiste à connecter notre côté masculin, dont les caractéristiques stéréotypées indiquent qu’il est extroverti, conquérant, agressif, individualiste, avec notre côté féminin : plutôt penché vers l’intérieur, réceptif, conciliateur, communautaire… Une manière d’y parvenir est de connecter notre hémisphère neuronal droit : holiste, systémique, en réseau, quantitatif, avec l’hémisphère neuronal gauche : linéaire, sectoriel, séquentiel, qualitatif.

Ainsi, le premier échelon du dialogue des civilisations consiste à connecter notre polarité constitutive corps/esprit, qui ont été séparé par les patrons culturels du monothéisme patriarcal, qui met l’importance sur l’esprit et rejette la matière. Si nous parvenons à atteindre cet équilibre intérieur, nous sommes prêts pour le second pas.

Le deuxième pas consiste à considérer avec des yeux nouveaux notre relation à l’Autre. En premier, accepter qu’il soit Autre, différent, antagonique et non identique à nous-mêmes. […] Il s’agit de comprendre que, si nous sommes différents, ce qui constitue l’Autre, cette altérité, nous la possédons également comme potentialité réprimée. C’est-à-dire, l’Autre est en nous, ce n’est pas une extériorité absolue. Tout occidental est un indien réprimé, et tout indien contient un occidental réprimé.

« L’indien », se sont les pulsions holistes, écologiques, systémiques, communautaires ; les valeurs qui sourdent de la réciprocité, de la recherche de l’équilibre : le qualitatif. « L’occidental », se sont les pulsions linéaires, sectorielles, séquentielles, individualistes ; les valeurs qui sourdent de la liberté, du progrès, du développement : le quantitatif. Mais tous, indiens et occidentaux, nous possédons ces deux dimensions, seulement que l’une domine l’autre.

La pas suivant est de comprendre l’Autre comme notre complémentaire. L’Occident doit démonter l’idée qu’il n’existe qu’un seul modèle, qui est le sien et qui, en plus, est universel, et que, en conséquence, les autres doivent s’y adapter – pour leur bien -, c’est-à-dire, se civiliser. Pour la différence de matrices civilisationnelles, ce travail est plus facile pour l’Indianité, qui a déjà accepté le Dieu monothéiste, l’Argent, le Marché, la Modernité, et ce qui est Autre.

Si l’acceptation de l’Autre ne se donne que d’un côté, le modèle ne fonctionnera pas, c’est la colonisation. Le modèle ne fonctionne que si les deux polarités acceptent le modèle quantique que nous offre le nouveau paradigme. Il faut démonter l’ancien modèle newtonien de lois absolues et universelles. L’univers est plutôt relativiste, probabiliste, contextuel. C’est là la condition de possibilité d’un dialogue de civilisations²⁰.

5. Qu’est-ce que décoloniser ?

Pour commencer, décoloniser est quelque chose qui nous incombe à tous ; ce n’est pas seulement une tâche des colonisés, mais aussi des colonisateurs. Il est fondamental et nécessaire de le signaler, parce qu’il semblerait parfois que seuls les indiens, les africains, les asiatiques, etc. devraient se décoloniser, mais pas les occidentaux.

Deuxièmement, décoloniser signifie démonter le modèle monothéiste patriarcal, c’est-à-dire, la vision unilatérale et unidimensionnelle qui réprime ou ignore l’altérité orientale. Pour le dire de manière occidentale, il s’agit de démonter ou déconstruire le logocentrisme occidental et d’aller vers un modèle quantique boson/fermion, onde/particule.

La manière la plus sympathique, pour un occidental, de démonter le logocentrisme patriarcal de son modèle ésotérique est probablement de se remettre à boire aux sources de ses traditions mystiques. Dans le cas du judaïsme, de retourner à la Kabale ; dans le cas du christianisme, de retourner aux mystiques chrétiens ; dans le cas de l’Islam, de retourner au soufisme. Ces traditions mystiques de l’Occident partagent le même substrat que les traditions hermétiques de l’Orient. Ce que l’on appelle, simplement, la Sagesse.

Donc, décoloniser signifie appliquer le principe de Complémentarité des Opposés à tous les niveaux de la vie. Dit autrement : visibiliser ce qui a été réprimé, caché, nié, par la « conquête », c’est-à-dire par l’Inquisition, l’évangélisation, l’extirpation des idolâtries, le Progrès et le Développement (à travers par exemple la lutte contre la pauvreté et les Buts du Millénaire). (Re)découvrir ce qui a été écrasé, oublié, dévalorisé. Ensuite, lorsque cela aura été fait, relativiser le paradigme occidental avec cette énergie retrouvée, opposée et complémentaire, afin de trouver un équilibre « complété » de ces deux polarités.

Afin de proposer quelques exemples concrets de ce que peut signifier une décolonisation à partir du paradigme Onde et Particule, comme antagoniques mais complémentaires, on peut penser aux exemples suivants :

Territoires

La dimension particule s’exprime dans la notion de limites, d’espaces homogènes et compacts. C’est-à-dire, tout ce que nous connaissons en Amérique latine depuis les Réductions Tolediennes. Généralement en Occident, ce sont les concepts liés aux Etats-Nations, aux frontières fixes et étanches, etc. La dimension onde est celle qu’ont pratiqué et continuent de pratiquer les indiens des Andes: une vision en réseaux d’un contrôle maximum d’étages écologiques. C’est-à-dire, des espaces hétérogènes, distants mais connectés, fluides. De ce point de vue, par exemple, la Bolivie est là où vivent des Boliviens : en plus de la Bolivie, la ceinture du grand Buenos Aires, les environs de Sao Paolo, de Washington ou de Barcelone… A l’ère de la globalisation, cette dimension connaîtra probablement une visibilité de plus en plus grande, ainsi qu’une pertinence politique et économique de plus en plus grande également, à travers les migrations Sud-Nord, les « remesas », etc.

Terre

La dimension particule s’exprime par des mots et des concepts tels que « valeur foncière », « marché immobilier », « propriétaires terriens », de « propriété privée de la terre », etc. La dimension onde, par contre, est celle qui comprend la Terre comme la Pachamama, la Mère-terre, comme un être vivant, comme un système auto-régulé et intelligent, dont les êtres humains font partie et ne sont pas maîtres et propriétaires. C’est la vision écologiste et animiste de l’Indianité.

Décoloniser, dans ce contexte, signifierait positionner fermement une vision systémique, holiste, animiste dans de nouvelles lois qui ne serraient pas des lois sur « la propriété foncière », mais sur « des territoires complexes », « de la Pachamama », etc.

En éducation

La dimension Particule s’exprime dans la prépondérance donnée à la connaissance basée sur l’expérimentation scientifique et l’écriture. Quelques-uns définissent ce qui est correct. Les autres répètent de mémoire et apprennent à avoir foi en ce que disent les spécialistes. La dimension Onde s’exprime elle dans la connaissance produite par l’expérience de vie propre et se transmet au travers d’un système rituel de génération en génération. On sait parce qu’on l’a expérimenté personnellement.

Décoloniser l’éducation, c’est donc rechercher la complémentarité des ces deux systèmes de connaissances, sans considérer a priori certains savoirs comme universels, généralement les savoirs occidentaux scientifiques. L’Universel est, peut-être, ce qui peut naître de la complémentarité de la connaissance particulière et de la connaissance scientifique.

« L’égalité des chances », « l’alphabétisation », « l’augmentation du capital scolaire », etc., sont des mesures libérales propres d’un modèle d’économie de marché, de type occidental, basé uniquement sur l’écriture, et faisant l’impasse, par exemple, sur l’importance et la valeur de l’oralité.

En politique

La dimension particule s’exprime dans la prépondérance accordée à l’Individu, comme unité minimum de sens, ce qui donne lieu tant au Libéralisme qu’au Socialisme, dans la mesure que ce dernier comprend le collectif comme simple agglomération d’individus. La dimension Onde s’exprime quant à elle dans la prépondérance accordée à la Communauté, comme dans le cas de l’ayllu andin.

Cette différence se réalise d’un côté dans la démocratie représentative, le vote majoritaire, la loi écrite, l’Etat de droit, etc. De l’autre côté, dans la démocratie communautaire, directe, qui prend ses décisions par consensus, se base sur la tradition orale et fait passer les devoirs avant les droits.

En religion

La dimension Particule s’exprime dans la prépondérance donnée à l’Un, au Dieu monothéiste abrahamique qui instaure un modèle de civilisation basée sur la Séparation et le privilège d’une seule polarité : Yahvé, le Temps, l’Histoire, l’Individu, et la répression de l’autre polarité : les ancêtres, les dieux, l’espace, l’animisme, le systémique. La dimension Onde s’exprime dans la Parité, la complémentarité des opposés de l’Animisme Indien.

Décoloniser, en conséquence, c’est chercher la complémentarité des deux pôles : expliquer leurs relations et différences (et si pas à l’école, où ?), et ne pas tant postuler un Etat laïque, qui correspond à un modèle libéral d’Etat, qui considère qu’il n’existe qu’un seul modèle civilisationnel, l’occidental, et qui distingue et sépare les sphères publiques et privées, le sacré du profane, considérant que la Religion (monothéiste) correspond à la sphère privée, alors que l’Etat s’occupe de la sphère publique.

Notes

1. Titre : Ce travail consiste principalement en une traduction, résumée et adaptée, du texte de Javier Medina intitulé : « Ch’ulla y Yanantin, las dos matrices que constituyen a Bolivia ». Dans ce texte, publié chez « Garza Azul », La Paz, Bolivie, 2008, Javier Medina propose une réflexion pour la refonte de la Bolivie, en intégrant les ces deux matrices, occidentale et indiennes, présente dans le pays. Cette réflexion s’inscrit dans le cadre de l’Assemblée Constituante, qui a fonctionné en Bolivie entre août 2006 et décembre 2007, et de laquelle est née la Nouvelle Constitution Bolivienne.

2. Software : en anglais dans le texte

3. Jaqi : le couple humain. La femme et l’homme ne deviennent des personnes à part entière qu’en s’unissant comme couple. Le couple est l’unité minimum de sens social chez les Aymaras.

4. Ayni : forme du principe économique de la Réciprocité qui consiste à échanger réciproquement des biens et des services égaux, pratiqué principalement entre parents consanguins et rituels.

5. Kollas : indiens des Andes, en particulier Quechua et Aymara des Andes Centrales. Le Kollasuyo – pays des Kollas - était la partie de l’Empire Inca qui correspond au Sud du Pérou et à la Bolivie actuelle.

6. Chachawarmi : union de deux énergies opposées et complémentaire arquétypiques, mâle et femelle, pour le travail harmonieux dans l’unité de base de l’ayllu qu’est la famille.

7. Bosons/fermions : les particules se présentent sous deux classes de formes basiques : bosons et fermions. Les fermions sont ces particules qui se combinent pour former la matière : électrons, protons et neutrons ; ils sont essentiellement antisociaux. Leurs fonctions ondes peuvent se superposer jusqu’à un certain point, mais jamais complètement. Ils demeurent jusqu’à un certain point des individualités. Par contre, les Bosons : photons, particules négatives et positives w et la particule neutre z, glucons et gravitons, constituent des particules relationnelles. Les bosons transportent les forces qui maintiennent uni l’univers et sont essentiellement grégaires.

8. Communauté : Le mot « comunidad » est plus riche en espagnol qu’en français, et en particulier en espagnol bolivien. Une « comunidad », c’est le village ou le hameau, mais c’est aussi son territoire, son organisation sociale, politique, familiale et productrice propre. Et s’il s’agit d’une « communidad » indienne, le terme inclut également les liens tissés entre les êtres humains entre eux et entre eux et leur « environnement » au sens large, c’est-à-dire la terre, le territoire, le vent, l’eau, les animaux, les plantes, les esprits, les dieux, etc.

9. Ayllu : En apparence, pour un œil occidental, un ayllu est simplement un ensemble de villages ou de hameaux liés et apparentés. En réalité, il est beaucoup plus que cela, c’est la base des sociétés andines, puisqu’il intègre toute la « Communauté Vivante » (la communauté humaine, la communauté animale, la communauté « inanimée » (rivières, montagnes, plantes, etc.), la communauté « transcendantale » (ancêtres, divinités, etc.), mais également les relations sociales, familiales, productives, économiques, religieuses, etc. qui sont tissées entre ces différentes communautés, et entre les « individus » qui les composent.

10. Taypi :

11. Tinku : Rencontre des contraires. Le mot signifie en même temps « frontière », qui sépare en même temps que unit les deux parties, et « combat rituel », par exemple entre deux ayllus, qui fonctionne comme un mécanisme d’ajustement, de redistribution, de rééquilibrage, d’ « équilibre » entre deux parties d’un tout, de « rencontre », par exemple la confluence de deux rivières.

12. Aran/Urin : deux énergies primordiales, qui divisent part exemple les hameaux, les communautés et les ayllus en deux moitiés opposées mais complémentaire, selon des dichotomie fondamentales, comme haut/bas, chaud/froid, etc.

13. Réciprocité : Voir les travaux de Dominique Temple sur l’économie de la Réciprocité: http://dominique.temple.free.fr/

14. Minka : Dans l’économie de la réciprocité, forme de collaboration mutuelle par laquelle quelqu’un travaille pour une autre personne en échange de nourriture, produit ou argent.

15. Voir par exemple : Medina, Javier, « Ñande Reko, La comprehension guarani de la buena vida », FAM-Bolivia PADEP, La Paz, 2002, disponible en espagnol : http://www.educabolivia.bo/Userfiles/P0001%5CFile%5C%C3%B1ande%20reko.pdf.

16. Tao Concept central de la philosophie chinoise. « Tao » signifie « voie », « chemin ». Le tao est la force fondamentale qui coule en toutes choses dans l’univers, vivantes ou inertes. C’est l’essence même de la réalité et par nature ineffable et indescriptible.

17. Qhapaq Nan :

18. Tha’qi :

19. Qamaña :

20. Dialogue : Boaventura Do Santos propose de travailler à partir de ce qu’il appelle une herméneutique diatopique, afin de tenter de dépasser le débat entre universalisme et relativisme. Voir par exemple : « Vers une conception multiculturelle des droits de l’homme », in Revue Droits et société, No35/1997.



Ma dernière rencontre nationale du “Réseau de la Diversité”

21 09 2010

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La joyeuse équipe du Réseau de la Diversité

Ce week-end, je suis allé à Sucre avec mes amis de l’équipe de la Yembatirenda, afin de participer à notre rencontre nationale, la dernière pour moi. Le Réseau de la Diversité est ce magnifique projet auquel je participe depuis une année et demi, et dont la radio Yembatirenda fait partie.  Un week-end très intense, entre autres pour les voyages nocturnes en bus, mais surtout pour l’énergie de cette joyeuse équipe. En fait, c’est beaucoup plus qu’une radio, et elle n’est pas présente qu’à Tarija.

Mario Rodriguez, l’un des fondateur, raconte l’histoire de ce beau projet:

“Au début des années 90, je vivais à El Alto. C’était une époque difficile pour celles et ceux qui rêvaient d’un monde plus juste. Le système fonctionnait mal, mais il semblait ne pas avoir d’alternative. Le libéralisme semblait être le seul modèle possible, après la chute du Mur de Berlin en Europe et la disparition du Sandinisme, ici en Amérique latine. A El Alto, les gens, et en particulier les jeunes, ne participaient presque pas à la vie politique, parce qu’ils avaient honte d’être d’El Alto, une ville-misère, pauvre, indienne, une ville qui n’était vue que comme une étape de transition avant la vraie ville, La Paz.

Alors, avec un groupe d’amis, nous avons pensé qu’il nous fallait travailler le politique (dans son sens noble, c’est-à-dire la participation de toutes et tous) à travers le culturel, en commençant à faire que les jeunes surtout soient fiers d’être d’El Alto. Comment traduire ces identités qui mêlent racines des indigènes avec une culture urbaine? Comment rendre visibles les grandes qualités des jeunes d’El Alto, généralement considérés comme des délinquants? Et c’est ainsi que nous avons décidé de créer le centre culturel juvénile Wayna Tambo d’El Alto, en 1995.”

La radio n’est qu’une des nombreuses activités de notre réseau. Mario nous explique plus amplement le travail développé:

“Nous travaillons à partir de 3 axes centraux. Premièrement, nous cherchons à fortifier, à développer les singularités propres de la Bolivie, qui sont souvent niées, cachées, discriminées, comme les dimensions indigènes, féminines, juvéniles, etc. et nous le faisons principalement dans des contextes urbains. Deuxièmement, nous cherchons à appuyer la société civile (à travers de nombreuses organisations, mouvements, etc.) et à renforcer ses capacités d’être actrice de la gestion publique. Troisièmement, nous appuyons et nourrissons le “processus de changement” qui se donne en Bolivie depuis quelques années, et dont le gouvernement d’Evo Morales est la face visible, tout en conservant notre indépendance et notre sens critique. Pour se faire, nous nous appuyons – drôle d’animal – sur nos 6 pattes: les maisons des cultures, les radios, la maison d’édition “Pluie du Sud” (disques et libres), la production de vidéos/documentaires, les services (bibliothèques, médiathèques, etc.), ainsi que la communauté des savoirs et apprentissages.”

Deux jours donc de rencontre, afin de faire le point, analyser le travail, la conjoncture du pays, le futur, dont quelques grands et beaux défis.  Nous étions une bonne quarantaine de personne, en provenance de l’équipe de la Wayna Tambo, à El Alto, la Yembatirenda de tarija, la Sipas Tambo de Sucre, et deux personnes qui sont venues de Santa Cruz, où nous espérons prochainement débuter nos activités.

Je suis resté, une fois de plus, impressionné par l’énergie, la force et la créativité de cette équipe. Je crois n’avoir encore jamais rencontré une organisation qui fait tellement de choses, d’une si bonne qualité, et avec tellement peu de moyens. En effet, les activités du Réseau sont presque totalement autofinancées, alors même que les activités proposées sont presque toujours gratuites ou très bon marché, puisque s’adressant à des populations de faibles ressources. En fait, le travail se base sur l’engament volontaire, la conviction de l’importance de participer à la construction d’un pays plus juste. Une belle leçon… A l’heure de dire au revoir aux amis de Sucre et d’El Alto, que je ne reverrai probablement plus avant très longtemps, j’en avais les larmes aux yeux…

Samedi soir, nous avons interrompu notre travail, bloqué une rue en plein centre ville, et proposé une fête culturelle aux passants. Une palette de talents, de style et des formes artistiques, articulés par une engagement commun: lutter contre le racisme et l’injustice, faire réfléchir, les gens, construire une Bolivie plus juste, plus incluante, qui sache reconnaître la beauté de sa propre diversité.

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Au travail: on discute, réfléchit, analyse, rêve...

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Samedi soir, on bloque une rue du centre de la capitale bolivienne, et on commence à nous installer....

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Pablo, monté sur d'impressionnantes échasses, sans peur des véhicules, fait le tour de la place centrale pour allécher le public

La banderole annonçant les fameuses "Fêtes multiculturelles itinérantes" du Réseau de la Diversité est installé devant la célèbre cathédrale de Sucre

La banderole annonçant les fameuses "Fêtes multiculturelles itinérantes" du Réseau de la Diversité est installée devant la célèbre cathédrale de Sucre

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Les passants commencent à affluer, et admirent les peintures de deux artistes du Réseau

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Avec un groupe de musique traditionnelle andine, l'ambiance se met à chauffer...

... à chauffer...

... à chauffer...

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... jusqu'à ce que le public - dont votre serviteur - se mette à danser dans la rue!

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On continue avec des contes

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Une Whipala, le drapeau traditionnel des indiens des Andes, réalisé collectivement sur le thème du racisme, afin d'interroger et de faire réfléchir le public.

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Il faut bien vivre: le stand où nous vendons les livres et les discs auto-produits qui financent une bonne partie de nos activités

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On continue avec une hilarante pièce de théâtre de rue, qui interroge le public, grâce au rire, sur les structures et l'injustice qui imprègnent la Bolivie

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Une autre petite pièce sur le thème du SIDA

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Nina, une amie rappeuse de El Alto, enchante le public avec ses textes très engagés

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Après la fête, on s'installe tous dans le nouveau - et petit - local du centre culturel et radio "Sipas Tambo" de nos collègues de Sucre. Une chaude ambiance pour l'"afteure"...



La fête nationale à Creciendo

25 08 2010

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Susanne explique son poste...

Le 6 août, c’est la fête nationale bolivienne, qui commémore l’indépendance de la Couronne espagnole, en 1825. C’est l’occasion d’une grande fête patriotique dans tout le pays, avec discours et défilés. Les écoles y participent également, avec une journée dédiée à la Patrie.

A Creciendo, un place restreinte a été laissée au patriotisme, pour se centrer sur la connaissance de ce magnifique et grand pays, et pour la diversité naturelle et culturelle qu’il recelle. Les élèves de toutes les classes ont ainsi pu prendre part à un rallye organisé par les enseignants - dont Susanne et Basile, civiliste, auront été les coordinateurs. Une dizaine de postes différents auront permis aux éleves de s’amuser, tout en apprenant à connaître un peu mieux leur pays. Les groupes ont mélangés les élèves de toutes les classes (du jardin d’enfants à la sixième année) , et ce fut un plaisir de voir la solidarité entre grands et petits.

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... qui consiste à faire deviner aux élèves quelles sont les spécialités alimentaires boliviennes qu'elle leur glisse délicatement en bouche.

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Même Luca participe

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Dans ce poste, Noé s'efforce de "pêcher" un département de Bolivie, et son équipe devra ensuite en sigaler la capitale.

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Autre poste: mémory des beautés naturelles et culturelles de Bolivie



Les annis

24 07 2010

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Lina fête ses 5 ans avec un beau gâteau bolivien

Le mois de juillet chez nous, c’est les annis! On a commencé avec Mathieu le 11, nous étions à La Paz. On a dégusté un gâteau dans l’hôtel … devant la finale de la coupe du monde! Malheureusement, on a oublié les photos pour immortaliser l’événement. Ensuite, Lina le 15, de retour à la maison. Puis Noé le 18, chez Thérèse, par un temps polaire (-10°C, record de froid à Tarija), et Susanne le 22, à la maison, avec les copines du quartier. Et on a terminé avec Luca, le 3 août, dans le froid et avec notre hall d’entre bien rempli.

Voilà donc quelques photos des gâteaux d’anniversaire, et de la tradition locale consistant à planter la tête du ou de la “cumpleaner@” dans le gâteau…

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La main de Noé va faire respecter la tradition locale....

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... et voilà, Lina est fière de maintenir les délicieuses traditions locales!

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Pour Noé, Susanne a fait un bon gâteau au choc.

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Cette fois c'est Elise, la fille cadette de Thérèse, qui fait respecter la tradition

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C'est sous notre "quincho" et avec ses collègues et amies du quartier que Susanne fête ses 34 printemps, avec un grand Karak - qui a constitué une première pour Mathieu. Ah, ce que femme veut....

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Et c'est encore Noé qui veille au respect de la tradition

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Cette fois on fête Luca, dernier de la série...

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... qui n'aura pas non plus échappé à la tradition!

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Comme gâteau, Luca a bien insisté: "je veux le gâteau vert, comme maman!"

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A la sortie de l'école, la moitié de Creciendo est venue fêtre Luca



Vacances amazoniennes

23 07 2010

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Coucher de soleil sur la rivière Béni

Pour nos dernières vacances boliviennes, les vacances d’hiver, nous avons décidé d’aller découvrir une région de la Bolivie que nous ne connaissions pas encore, l’Amazonie. La petite ville de Rurrenbaque, un petit paradis pour routards, se situe au pied des Andes, sur la rive de la rivière Béni, qui se jette quelques centaines de kilomètres au nord-est dans l’Amazone. Elle constitue la porte d’entrée sud du parc Madidi, l’une des régions les plus méga-diverses du monde, où l’on continue à découvrir des espèces végétales ou animales encore inconnues. Un jungle magnifique et encore très bien préservée. Mais on peut également découvrir la pampa, zone de savane inondée un bonne partie de l’année, où il est plus facile d’observer les animaux.

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On part en promenade "fluviale" dans la pampa du Béni

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On peut y voir plein d'animaux, comme cette famille de capibaras

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Le plus gros rongeur de la planète sert de perchoir à un aigle

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Des caïmans un peu partout

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De magnifiques hoazins huppés (merci Marc pour la précision), oiseaux que l'on trouve dans tout le bassin amazonien

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Un magnifique hibou (probablement un Grand-duc d'Amérique) qui profite des derniers rayons du soleil

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Un jabiru, une sorte de grande cigogne locale

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Plein de tortues également dans ces rivières

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Aujourd'hui, on va se baigner

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Enfin, se baigner... gojer!

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On espère qu'il n'y a ni croco ni piranha ici

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Coucher de soleil sur Rurrenabaque et la rivière Béni

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Deuxième expédition, direction la jungle et le parc national Madidi

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Promenade dans la jungle

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Les exploratrices

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Des arbres impressionnants

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Et pour finir, Mathieu s'est fait en solitaire et à vélo "la route de la mort", 3500 mètres de descente, de l'altiplano au début des plaines tropicales



La Bolivie continue son «processus de changement»

14 06 2010

La Bolivie continue son « processus de changement ». Adoptée en janvier 2009, la nouvelle constitution a mis fin à l’ère de la République instaurée en 1825 et a ouvert un nouveau chapitre de l’histoire du pays, inaugurant un nouvel État « Plurinational ». La Bolivie continue d’être un État de droit, et maintient les trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire. Mais elle poursuit son travail de décolonisation. La Constitution reconnaît enfin et pour la première fois après cinq siècles la majorité indigène, qui s’exprime au travers de 36 ethnies différentes. Ce sont autant de cultures, de modes de vie, de systèmes économiques ou judiciaires ou encore de langues qui sont désormais officiellement reconnus par une Constitution largement approuvée par le peuple.

Né des luttes séculaires des indigènes et des paysans, ce mouvement avait pris de l’ampleur au début des années 2000 - entre autres au travers de la guerre de l’eau de Cochabamba en 2000 et de la guerre du gaz à El Alto en 2003 - et a culminé le 18 décembre 2005 avec l’élection d’un premier président issu des majorités indigènes, Evo Morales. Les anciennes élites, en perdant le pouvoir politique national, se sont retranchées dans les régions matériellement plus aisées des terres basses de l’est du pays.

Le pays a traversé de moments difficiles, marqués par un racisme structurel profondément ancré dans le pays. Les violences physiques contre les indigènes originaires de l’Altiplano dans les rues de Santa Cruz, l’attaque du marché paysan de Tarija par des militants extrémistes de droite, l’humiliation de paysans indigènes dénudés sur la place principale de Sucre et le terrible massacre d’une vingtaine de paysans le 11 septembre 2008 dans le département de Pando en sont l’illustration : l’arrivée au pouvoir de la majorité indigène, symbolisée par Evo Morales a libéré une haine viscérale qui était présente dans le pays au sein des élites. Mais qui était latente tant que ces dernières tenaient les rennes du pouvoir. L’opposition radicale au gouvernement du MAS, violente et raciste, est ainsi allée crescendo à partir de l’élection d’Evo Morales, jusqu’à l’hiver 2008. L’opposition de droite s’est alors écroulée sous le poids de sa propre radicalité.

En conséquence, la situation politique actuelle est très différente de ce qu’elle était il y a 5 ans, lorsque se termina la domination du modèle néolibéral et des élites qui le défendaient. Aujourd’hui, tous les partis qui ont accaparé la scène politique bolivienne depuis le retour de la démocratie en 1982, ont pratiquement disparu. Le MAS du président Morales domine comme aucun parti ne l’a fait jusqu’à présent, et ce suite à des élections qui ont été jugées d’excellente qualité par divers observateurs internationaux. Le second parti en importance est un proche du gouvernement, situé au centre-gauche. Le Mouvement Vers le Socialisme contrôle les deux tiers des deux chambres de la nouvelle Assemblée Plurinationale (l’ancien parlement) et six des neuf gouvernements départementaux. Dans les trois départements orientaux où il n’a pas pu conquérir l’exécutif, il dispose d’une importante minorité dans les assemblées législatives, et seul le gouverneur de Santa Cruz dispose d’une majorité. Les deux tiers des municipalités du pays sont également entre les mains du MAS, et une partie importante du reste est aux mains de nouveaux partis de gauche.

Le président Morales jouit également d’une grande popularité. L’ancien planteur de coca et syndicaliste a été élu avec 53% des voix en 2005 et réélu avec 64% en décembre 2009, du jamais vu ! L’économie bolivienne est stable, les caisses de l’État se portent mieux que jamais. Grâce aux cours élevés du pétrole et à la nationalisation de 2007, les pouvoirs publics à tous les niveaux disposent de moyens inconnus jusqu’alors. Le gouvernement a aussi clairement axé sa politique en faveur des classes les plus défavorisées de la population. Plusieurs rentes ont été introduites, grâce aux revenus liées à la nationalisation des hydrocarbures : rente universelle pour les personnes de plus de 60 ans, bons pour les élèves permettant l’achat du matériel scolaire, rente pour les femmes enceintes… Au niveau international, le président Morales jouit d’une aura positive, et la Bolivie a enfin trouvé une voix propre dans le concert des nations, comme on a pu le voir avec l’organisation de la Conférence des peuples sur le changement climatique. Grâce à ces politiques volontaristes, les boliviens et les boliviennes ont retrouvé leur dignité et leur auto-estime.

Bloqué lors de son premier mandat par un Sénat dominé par la droite, Evo Morales dispose aujourd’hui d’un pouvoir presque absolu, qui théoriquement lui permet même de modifier la constitution. Au cours de ce second mandat entamé au mois de janvier, le président et son parti ont l’occasion historique de pouvoir mener sans entrave la révolution annoncée. La nouvelle Assemblée Plurinationale travaille depuis le début de l’année à la rédaction des 100 lois fondamentales qui doivent permettre la mise en vigueur la nouvelle constitution. Ainsi, les autonomies indigènes, régionales et départementales ont enfin un cadre légal, grâce à la loi d’Autonomie, approuvée durant le mois de mai.

Néanmoins, des difficultés se font jour. La domination sans partage du MAS, couplé avec la quasi disparition de l’opposition de droite, crée des dissensions internes au sein des mouvements sociaux qui le composent. Plusieurs mouvements indigènes en particulier ont dénoncé des dérives du gouvernement, en particulier le manque de considération et de consultation. Ces mêmes indigènes, alliés avec des mouvements écologistes, dénoncent la continuation des politiques extractivistes et capitalistes du gouvernement, et leurs graves conséquences pour les peuples indigènes et leurs environnements.

En effet, les politiques sociales et de développement des infrastructures menées par le gouvernement nécessitent des fonds importants, qui proviennent presque exclusivement de l’extraction de matières premières, en particulier du gaz. Ce dernier se situe principalement au pied des Andes, sous les territoires de peuples indigènes relativement peu nombreux et conservant des modes de vie traditionnels. A ce niveau-là, les changements se fond encore attendre…

C’est là l’une des contradictions majeures du gouvernement. Evo Morales a ainsi récemment déclaré que la consultation des peuples indigènes était une perte de temps et freinait la mise en œuvre de projets de développement. Pour beaucoup, le président ne respecte pas la Constitution qu’il a pourtant contribué à faire adopter et qui sacralise ce droit à la consultation. Il semble ainsi contredire son propre discours en faveur de la Mère-nature, la Pachamama.

La Bolivie change, c’est certain. Mais le fameux « processus de changement » est loin d’être exempts de contradictions.



Une bonne raclette avec les copains de la radio

30 05 2010

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Une raclette avec du fromage d'Anniviers, un p'tit chasselas d'Arnex...

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... au feu de bois, comme même les suisses en mangent pas souvent...

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... de façon à ce que les boliviens se mettent à racler pour ... les p'tits suisses!

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Et en fin de soirée on s'amuse autour du feu...

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… ça s’améliore, mais c’est encore pas ça…

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… là, c’est pas mal: YEMBATIRENDA, la flamme de la radio!



La fête des mères à Creciendo

30 05 2010

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Lina et son amie Luisana dansent "las Morenitas" ("les petites noires")

Vendredi passé, c’était la fête des mères à Creciendo. C’est l’une des fêtes les plus importantes de l’année scolaire, et les élèves s’y sont préparés pendant des semaines. Les mamans reçoivent des bricolages, mais c’est surtout à travers de danses traditionnelles de toute la Bolivie qu’elles sont honorées.

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Les premières enfantines avec leur danse afro-bolivienne

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Noé et ses copains de première primaire dansent la danse des poules et du coq

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La danse des premières années devant le nombreux public des copains et des mamans

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Une chanson en hommage aux mamans

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Elise, la fille cadette de Thérèse, est prête pour la danse des Guaranies, indiens des plaines de l'est du pays

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Les cinquième dansent un tinku, danse traditionnelle de l'altiplano

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Andrès, grand copain de Noé, est prêt pour une "caporales", un style de danse, de musique et d'habits très prisés, originaire de l'altiplano

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Les quatrième année en habit de "caporales"

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La danse Guarani des troisième année est emmenée par Marcos, autre grand copain de Noé



La visite des grands-parents

4 05 2010

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Dès l'arrivée, les grands-parents sont sollicités...

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Lors de leur deuxième visite, l'école Creciendo n'était pas en vacances, et ici Philippe observe la classe de Noé

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Petite escapade de fin de semaine en Argentine

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La patio se convertit en salon de lecture

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On fête l'anniversaire de grand-maman

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Comme l'exige la tradition locale, Marie-Claire a du mordre dans le gâteau. Lina se charge de la "nettoyer"!

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On fait le tour du quartier avec les grands-parents, mais galement Céline et Bertrand qui ont pass quelques jours avec nous

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Y’a du monde sous le quincho!
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C'est dur, de s'occuper de son petit-fils!

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On bricole avec grand-maman

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Noé a profité des conseils d'un entraîneur personnel durant un mois

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La fondue crée la bonne humeur

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On part en ballade ... et le taxi est tombé en panne!

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Nuit de pleine lune sur l'altiplano

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Troupeau de lamas sur l'altiplano

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Départ pour le chemin inca, qui relie l'altiplano à la vallée de Tarija, 2000 mètres plus bas

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Une pause sur une portion très bien preservée du chemin inca

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Et voilà, c'est fini, ils s'en vont...