
Le panel de réflexion sur les causes structurelles du changement climatique. Au centre, Alvaro Garcia Linera, Vice-président de la Bolivie
La Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et la Terre Mère bat son plein à Cochabamba, en Bolivie. Les 17 tables de travail travaillent d’arrache-pied afin de parvenir, dans le peu de temps qui leur est imparti, à un accord pour une déclaration finale. De nombreuses organisations sociales du monde entier, écologistes, féministes, paysans, peuples indigènes, ou encore syndicalistes, partagent leurs problèmes, leurs analyses et leurs espoirs dans de nombreuses tables ronde autogérées. Des panels de personnalités du monde scientifique, des intellectuels engagés, des élus de plusieurs pays ainsi que des militants “tête d’affiche”, partagent leurs réflexions, leurs doutes et leurs espoirs avec un très nombreux public.
L’un des thèmes récurent y est celui de l’injustice climatique. Alivio Aruquipa, indien aymara vivant dans une communauté située près de La Paz, au pied de l’Illimani, montagne sacrée et emblématique, est venu témoigner des difficultés liées au changement climatique que rencontre son village. Les glaciers fondent et le manque d’eau pose de sérieux problèmes. Les habitants ont ainsi noté l’apparition de nouvelles maladies, tant chez les plantes, les animaux et les humains, liés à l’augmentation de la température. En conséquence, les jeunes s’en vont à la ville. Pour Aruquipa: “il est injuste que nous, qui n’avons en rien contribué au changement climatique, soyons les premiers à en souffrir. De plus, les pays riches ne veulent rien faire, et continue à faire leurs bénéfices sur notre dos.”

Les habitants du petit village de Khapi, situé au pied des glaciers de l'Illamani, sont venu dénoncer les dégâts que le réchauffement climatique créent dans leurs commuantés
Sous l’oreille attentive du président Morales en personne, ainsi que de plusieurs de ces ministres, l’un de ces groupes de personnalités à ainsi débattu ce mardi matin des causes structurelles du changement climatique. Pour Alvaro Garcia Linera, sociologue, vice-président et éminence grise du gouvernement bolivien: “le capitalisme vit du sang des peuples et de la nature, c’est dans sa nature.” Il est donc “nécessaire de donner des droits à la planète, mais aussi et surtout des devoirs envers elle aux êtres humains”. Enry Leff et Edgardo Lander, intellectuels et universitaires latino-américains, partagent, comme la grande majorité du public, l’idée que “l’humanité ne survivra pas au capitalisme”. Or, la planète est finie et les ressources limitées. Pour Fred Magdoff:”Le système capitaliste doit par essence croître de façon infinie, afin de générer des bénéfices, de la plus-value”. C’est là son essence, et il se serait vain de prétendre l’”améliorer”. Pour l’ensemble des intervenants, le salut de l’humanité et de la planète ne peut donc que passer par une sortie du capitalisme, ce qui rend nécessaire une remise en question fondamentale des modes de vie occidentaux, et de la dictature de la croissance. Mais également d’un nouvel imaginaire, d’une “décolonisation mentale”. Langder signale qu’”une croissance infinie dans un monde qui est lui fini, n’est simplement pas possible”. Selon lui, c’est même bien de décroissance qu’il faut commencer à parler!

Le président Morales écoute attentivement les panelistes
Pour ces personnalités engagées, il serait une grave erreur d’attendre de la science et de la technique qu’elles apportent des solutions. Au contraire, dans le système actuel, phagocytées par le marché, mises au service des intérêts des puissants, elles ne font qu’empirer les choses. Et les véritables solutions ne viendront pas non plus du développement durable, cet amalgame de petits changements “qui ne sont acceptés que s’ils permettent d’obtenir plus de bénéfices” comme le signale Lander. On peut également noter que le paradigme communiste, voire socialiste, est également rejeté para la majorité des intervenant et des participants. Pour David Choquehuanca, ministre bolivien de l’intérieur et indigène Aymara: “Si le capitalisme se centre sur le bénéfice, le socialisme se centre sur ‘être humain. Nous sommes plus proches du socialisme, mais il faut également dépasser ce paradigme andro-centrique, pour mettre au centre la vie, la Mère Terre, les montagnes, les rivières, les papillons…” Le communisme et le socialisme sont considérés comme des “frères ennemis” plus que comme des systèmes profondément différents. Issus de la société occidentale, ils caractérisent par un même productivisme et un même matérialisme, qu’il s’agit de dépasser. Pour tous, il est donc nécessaire d’inventer de nouveaux modes de vie, en donnant la parole aux peuples du monde et en partant de leurs modes de vie et de leurs cosmovisions plus respectueux de la nature et de l’être humain.
Pour les panelistes suivants, dissertant sur “les nouveaux modèles afin de rétablir l’harmonie avec la nature”, c’est également dans les sagesses traditionnelles, dans des modes de vie plus simples et en harmonie avec les semblables et la planète, que les êtres humains pourront trouver les racines de futurs modes vie plus harmonieux. Pour David Choquehuanca, c’est par exemple en se laissant influencer par le “Bien Vivre” - et non “mieux vivre”, en réfléchissant au mode de vie politique indigène, basé sur le consensus et les droits des minorités, qu’il pourra être possible d’améliorer la démocratie. Utilisant de nombreux mots aymara désignant des concepts inconnus en Occident, il montre que des voies existent qui permettent de repenser la vie collective, afin “de retrouver un équilibre”.
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