Des participants plus que satisfaits

22 04 2010

La conférence a permis de belles rencontres

La conférence a permis de belles rencontres

Chez les participants, la satisfaction est générale. Ainsi, pour Noël Douglas, du réseau “Globalisons la résistance” et qui est venu d’Angleterre juste avant que les aéroports européens ne soient fermés, « la conférence a été simplement fantastique ! Le nombre de participants et la clarté et la radicalité des demandes sont simplement géniaux. Bravo aux boliviens et à Evo Morales. Cela va dynamiser l’ensemble des mouvements sociaux, politiques, culturels, anti-guerres, écologiques, etc.”

Nnimmo Bassey est un écologiste Nigérian engagé, poète et président de « Amis de la Terre International ». Il signale que “cette conférence aura été très inspirante. Nous sommes arrivés à d’excellentes conclusions, qui, je crois, peuvent aider les gouvernements et les mouvements sociaux à avancer vers des sociétés véritablement soutenables et socialement équitables.”

Savourant ses feuilles de coca, Eusebio Quispe, indigène bolivien quechua constate que “nous avons pu traiter de thèmes très importants. C’est fondamental de ne pas parler et défendre uniquement les être humains, mais tous les êtres vivants, les rivières, les montagnes, les animaux, tous ceux qui respirent le même air que nous. Que cette première conférence, avec des gens de tous les pays du monde, ait eu lieu en Bolivie, est historique.”



Les 17 groupes de travail de la conférence ont rendu leur copie

22 04 2010

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La conférence a connu une affluence vraiment impressionnante

La conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre Mère est terminée. Mais les luttes des peuples indigènes, des organisations sociales, des gouvernements présents et des mouvements écologistes pour la défense de la planète ne s’arrêteront pas là. Durant ces quatre journées bien chargées, de nombreux liens se sont tissés. Un bouillonnement d’idées, de propositions, d’analyses et de solidarités a jaillit de cette rencontre de plus de 35’000 participants provenant de 142 pays, dont 47 se sont rendus présents au travers de délégations officielles.

Un très large accord s’est dessiné pour désigner le système capitaliste et la consommation irresponsable des pays du Nord comme les responsables de la catastrophe climatique et des dégâts environnementaux qui mettent la planète à genoux. Lors de la rencontre finale entre les gouvernements participants et les peuples, le président Morales a signalé que “lors des différentes rencontres de chefs d’Etats, on ne discute que des effets du changement climatique, mais jamais de ces causes. Ici, à Cochabamba, nous avons décidé de nous attaquer à la racine du problème”.

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Ces deux policières observent les panneaux d'une exposition sur les conséquences du changement climatique

Les conclusions des 17 tables de travail, « qui viennent d’en bas et demandent à être entendues en haut » sont, entre autres : la nécessité de la création des droits de la Terre Mère; la création d’un tribunal international de justice climatique, qui possède le pouvoir de punir les individus, les entreprises et les Etats qui détruisent la nature; une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, principalement de la part des pays industrialisés, qui doivent « décoloniser et rendre l’atmosphère à l’ensemble des êtres humains »; la limitation à un maximum de 1 degré le réchauffement climatique, et non pas à deux degrés comme le propose “l’accord antidémocratique et insuffisant de Copenhague”; le payement de la dette climatique par les pays industrialisés aux pays appauvris, sans conditions, et à hauteur de 6% de leur PNB; la tenue d’un référendum mondial sur le climat à réaliser dans tous les pays du monde dans une année, le 22 avril, jour de la planète Terre, qui demanderait entre autres à tous les citoyens du monde s’ils sont d’accord de changer le système capitaliste, de transférer les dépenses militaires en dépenses pour la défense de la planète et de créer un tribunal climatique.

Le président Morales s’est engagé à apporter en personne ces conclusions au Secrétaire des Nations Unies, afin qu’elles soient prises en compte lors de la prochaine conférence des Nations Unies sur le changement climatique, qui se réalisera au moins de décembre à Cancun, au Mexique.

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Offrande à la Pachamama



La table parallèle qui déplaît à Evo Morales

22 04 2010

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La fameuse table No18 se tient dans un restaurant populaire, à deux pas de l'entrée de la conférence officielle

Contrairement à ce que pourrait penser certains, tout n’est pas parfait dans la Bolivie du premier président indigène. Si les discours mettent en avant le respect de la Terre Mère – la Pachamama - et des peuples indigènes, la réalité n’est pas aussi idyllique. Ainsi, les 17 tables de réflexions officielles de la Conférence ont une petite sœur “illégitime”. Refusée par les plus hautes autorités boliviennes, elle se tient en dehors du site officiel de la Conférence. Située dans un restaurant populaire, sur l’avenue qui mène au campus, à une centaine de mètres de l’entrée de la Conférence et signalée par de grands panneaux colorés, il est néanmoins difficile de la manquer, et les débats s’y déroulent en toute liberté.

Ici, la belle image d’une Bolivie écologiquement et socialement vertueuse est quelque peu ébréchée. Organisée par des mouvements écologistes et indigènes boliviens, s’y débattent des thèmes qui demeurent “tabous” pour le gouvernement. Mégaprojet d’infrastructures de transport qui couperaient en deux des communautés indigènes amazoniennes situées dans des zones écologiques aussi riches que délicates. Exploitation de minerai par une entreprise japonaise sur l’altiplano qui épuise les eaux fossiles - et donc non renouvelables - des communautés indiennes des alentours avec la bénédiction du gouvernement. Exploration et exploitation pétrolière dans des zones indigènes sensibles des plaines de l’est sans le respect des autochtones et les formes de consultation demandées par le nouvelle constitution (elle-même impulsée par le gouvernement Morales). La liste des problèmes “cachés” par le gouvernement semble longue comme une journée de travail sans feuilles de coca.

Cependant, les discours des participants demeurent modérés envers le gouvernement. “Le président Evo ne fait que le 50% de ce qu’il faudrait faire. Mais il est vrai que les précédents n’ont absolument rien fait du tout pour nous”, signale ainsi un chef indigène aymara des environs du lac Titicaca, dont la communauté voit sa rivière disparaître peu à peu. “Au moins, ce gouvernement nous écoute, mais c’est pour nous dire qu’il ne peut rien faire pour le moment” signale-t-il. Pour Alberto Acosta, ancien président de l’Assemblée Constituante Equatorienne, “ces thématiques sont réelles, mais ne sont pas absentes des tables “officielles”. Et il ajoute qu’ « il ne faudrait pas oublier que ces rencontres ont été rendues possibles par le président Morales”.

Il est certain que les changements prennent du temps. Comme l’a signalé le ministre bolivien de l’intérieur, “cela ne fait que quatre ans que les mouvements sociaux sont au pouvoir en Bolivie.” Et les changements sont réels. Il est vrai également qu’une grande partie des boliviennes et des boliviens vivent dans des conditions difficiles, et que le gouvernement a besoin d’importantes ressources financières pour financer la nécessaire augmentation du niveau de vie matériel de la population. Cependant, il sera difficile de continuer le “processus de changement”, comme l’on dit ici, si le gouvernement n’accepte pas d’écouter ceux qui, finalement, sont plus des alliés que des ennemis.



La conférence s’attaque aux causes structurelles du changement climatique

22 04 2010

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Le panel de réflexion sur les causes structurelles du changement climatique. Au centre, Alvaro Garcia Linera, Vice-président de la Bolivie

La Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et la Terre Mère bat son plein à Cochabamba, en Bolivie. Les 17 tables de travail travaillent d’arrache-pied afin de parvenir, dans le peu de temps qui leur est imparti, à un accord pour une déclaration finale. De nombreuses organisations sociales du monde entier, écologistes, féministes, paysans, peuples indigènes, ou encore syndicalistes, partagent leurs problèmes, leurs analyses et leurs espoirs dans de nombreuses tables ronde autogérées. Des panels de personnalités du monde scientifique, des intellectuels engagés, des élus de plusieurs pays ainsi que des militants “tête d’affiche”, partagent leurs réflexions, leurs doutes et leurs espoirs avec un très nombreux public.

L’un des thèmes récurent y est celui de l’injustice climatique. Alivio Aruquipa, indien aymara vivant dans une communauté située près de La Paz, au pied de l’Illimani, montagne sacrée et emblématique, est venu témoigner des difficultés liées au changement climatique que rencontre son village. Les glaciers fondent et le manque d’eau pose de sérieux problèmes. Les habitants ont ainsi noté l’apparition de nouvelles maladies, tant chez les plantes, les animaux et les humains, liés à l’augmentation de la température. En conséquence, les jeunes s’en vont à la ville. Pour Aruquipa: “il est injuste que nous, qui n’avons en rien contribué au changement climatique, soyons les premiers à en souffrir. De plus, les pays riches ne veulent rien faire, et continue à faire leurs bénéfices sur notre dos.”

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Les habitants du petit village de Khapi, situé au pied des glaciers de l'Illamani, sont venu dénoncer les dégâts que le réchauffement climatique créent dans leurs commuantés

Sous l’oreille attentive du président Morales en personne, ainsi que de plusieurs de ces ministres, l’un de ces groupes de personnalités à ainsi débattu ce mardi matin des causes structurelles du changement climatique. Pour  Alvaro Garcia Linera, sociologue, vice-président et éminence grise du gouvernement bolivien: “le capitalisme vit du sang des peuples et de la nature, c’est dans sa nature.” Il est donc “nécessaire de donner des droits à la planète, mais aussi et surtout des devoirs envers elle aux êtres humains”. Enry Leff et Edgardo Lander, intellectuels et universitaires latino-américains, partagent, comme la grande majorité du public, l’idée que “l’humanité ne survivra pas au capitalisme”. Or, la planète est finie et les ressources limitées. Pour Fred Magdoff:”Le système capitaliste doit par essence croître de façon infinie, afin de générer des bénéfices, de la plus-value”. C’est là son essence, et il se serait vain de prétendre l’”améliorer”. Pour l’ensemble des intervenants, le salut de l’humanité et de la planète ne peut donc que passer par une sortie du capitalisme, ce qui rend nécessaire une remise en question fondamentale des modes de vie occidentaux, et de la dictature de la croissance. Mais également d’un nouvel imaginaire, d’une “décolonisation mentale”. Langder signale qu’”une croissance infinie dans un monde qui est lui fini, n’est simplement pas possible”. Selon lui, c’est même bien de décroissance qu’il faut commencer à parler!

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Le président Morales écoute attentivement les panelistes

Pour ces personnalités engagées, il serait une grave erreur d’attendre de la science et de la technique qu’elles apportent des solutions. Au contraire, dans le système actuel, phagocytées par le marché, mises au service des intérêts des puissants, elles ne font qu’empirer les choses. Et les véritables solutions ne viendront pas non plus du développement durable, cet amalgame de petits changements “qui ne sont acceptés que s’ils permettent d’obtenir plus de bénéfices” comme le signale Lander. On peut également noter que le paradigme communiste, voire socialiste, est également rejeté para la majorité des intervenant et des participants. Pour David Choquehuanca, ministre bolivien de l’intérieur et indigène Aymara: “Si le capitalisme se centre sur le bénéfice, le socialisme se centre sur ‘être humain. Nous sommes plus proches du socialisme, mais il faut également dépasser ce paradigme andro-centrique, pour mettre au centre la vie, la Mère Terre, les montagnes, les rivières, les papillons…” Le communisme et le socialisme sont considérés comme des “frères ennemis” plus que comme des systèmes profondément différents. Issus de la société occidentale, ils caractérisent par un même productivisme et un même matérialisme, qu’il s’agit de dépasser. Pour tous, il est donc nécessaire d’inventer de nouveaux modes de vie, en donnant la parole aux peuples du monde et en partant de leurs modes de vie et de leurs cosmovisions plus respectueux de la nature et de l’être humain.

Pour les panelistes suivants, dissertant sur “les nouveaux modèles afin de rétablir l’harmonie avec la nature”, c’est également dans les sagesses traditionnelles, dans des modes de vie plus simples et en harmonie avec les semblables et la planète, que les êtres humains pourront trouver les racines de futurs modes vie plus harmonieux. Pour David Choquehuanca, c’est par exemple en se laissant influencer par le “Bien Vivre” - et non “mieux vivre”, en réfléchissant au mode de vie politique indigène, basé sur le consensus et les droits des minorités, qu’il pourra être possible d’améliorer la démocratie. Utilisant de nombreux mots aymara désignant des concepts inconnus en Occident, il montre que des voies existent qui permettent de repenser la vie collective, afin “de retrouver un équilibre”.



La conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre Mère s’est ouverte

22 04 2010

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La Whipala, le drapeau des indiens, est porté haut durant l'inauguration

La Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre Mère s’est ouverte ce lundi  19 avril à Tiquipaya, petite ville de la vallée de Cochabamba, située à 2500 mètres d’altitude, au cœur de la Bolivie. Cette conférence, convoquée par le gouvernement d’Evo Morales, a pour but de suppléer à l’échec de la Conférence sur le climat organisée par les Nations Unies en décembre passé à Copenhague.  Le gouvernement bolivien et les mouvements sociaux qui le composent ont appelé les peuples du monde, à travers leurs organisations et mouvements sociaux, à venir discuter et proposer un cadre et des propositions concrètes pour faire face au changement climatique et aux dégâts que subissent les écosystèmes et les peuples du monde entier.
Après un jour et demi, la convocation semble une réussite. Si un bon millier d’inscrits en provenance d’Europe n’ont pas pu venir – certains y voient un signe de la mauvaise humeur d’une Pachamama blessée à mort – l’affluence est plus qu’à la hauteur des organisateurs. On compte environ 15′000 participants, dont une bonne moitié de boliviennes et de boliviens, l’autre moitié provenant des cinq continents. Lundi matin, dernière journée d’inscriptions, une queue longue de plusieurs centaines de mètres dans le centre –ville, attendant dans la bonne humeur leur accréditation, témoignait de ce succès … et des quelques difficultés d’organisation inhérentes à ce genre d’événement.

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Ce groupe d'indigènes "macheteros" est venu des plaines orientales boliviennes pour danser lors de l'ouverture de la Conférence

L’atmosphère qui règne sur le campus qui sert de principal lieu des activités est très chaleureuse, et les allées sont encombrées de stand de nourriture – en Bolivie, on ne travaille pas le ventre vide – d’artisanats écologique et équitable, d’artistes de toutes sortes, d’organisations et d’ONG qui présentent leur travail, diffusent leurs documents, livres ou vidéos, ainsi que des différents ministères boliviens. On se retrouve dans une ambiance de partage, de travail, de fête, mais surtout de soucis pour la planète, qui fait beaucoup penser aux Forums Sociaux Mondiaux.
Les 17 groupes de travail, chargés d’élaborer, à partir de cyber-forums qui ont fonctionné depuis le mois de février, des propositions et des réflexions sur les causes structurelles du changement climatique, des droits de la Terre Mère, la création d’un tribunal international de justice climatique, de la dette climatique, des transferts de technologie, de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, etc., se sont mis au travail. Si le gouvernement bolivien met en place l’infrastructure et les propositions générales et est très présent, les groupes de travail s’organisent de façon démocratique et horizontale. Il sera néanmoins difficile de parvenir à une réflexion profonde et consensuée dans des groupes qui comptent plusieurs centaines de personnes, et qui disposent de peu de temps pour rendre leur copie.

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La marche mondiale des femmes est présente, avec entre autre Albina, une amie de Tarija, tout à droite sur la photo

Les propositions et les témoignages sont extrêmement variés, chacun veut apporter sa pierre à la réflexion, et on sent parfois une certaine confusion. Cependant, il existe un large consensus, qui réside dans la radicalité du rejet du système capitaliste. « Ou c’est le capitalisme qui meurt, ou c’est la planète » est en effet une phrase-choc que l’on a pu entendre non seulement de la bouche d’Evo Morales dans son discours d’inauguration, mais de la part de féministes latino-américaines comme du sociologue portugais Boaventura Do Santos, de la bouche des représentants paysans d’Afrique aux simples participants. A l’unisson, on demande la fin du modèle capitaliste occidental, qui transforme tout en marchandises et en profits, laissant derrière lui des des peuples défavorisés et une planète dévastée.

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Boaventura Dos Santos participe à la réflexion sur les paradigmes civilisationnels alternatifs au capitalisme

Les alternatives existent, mais semblent encore embryonnaires. Ainsi, pour Fernando Mamani, indien Aymara et auteur d’un livre intitulé « Vivre bien »,  la philosophie de vie des indigènes des Andes s’oppose à la manière de voir occidentale qui recherche le salut dans le « plus » ou dans le « mieux ». Selon lui, le « Sumaq Kamana » (Bien Vivre), pourrait féconder toutes les sociétés, pour diriger l’humanité vers un futur véritablement soutenable, grâce à des nouveaux rapports harmonieux entre les êtres humains entre eux et avec la Terre Mère. Car, comme il le souligne, pour les peuples indigènes « la terre ne nous appartient pas, mais c’est nous qui lui appartenons ».



Le MAS d’Evo Morales remporte les élections régionales, mais dans une moindre mesure qu’il espérait

6 04 2010

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EVo Morales crie victoire en conférence de presse (photo ABI)

Ce dimanche 4 avril, les boliviennes et les boliviens se sont rendus aux urnes pour élire leurs autorités régionales et locales. Ce processus était très important pour le pays, puisqu’il s’agissait des premières élections locales à se dérouler dans le cadre de la nouvelle constitution, largement acceptée par le peuple l’année passée. Cette nouvelle constitution, demandée par les mouvements sociaux et indigènes depuis plus de 20 ans, définit la Bolivie comme un État Plurinational, et non plus comme une République. Ainsi, les départements, les municipalités, les zones indigènes et les régions qui en ont fait la demande, ont significativement gagné en autonomie. Par exemple, les départements sont maintenant autonomes, et possèdent des organes législatifs propres avec un pouvoir de décision, d’où l’importance de cette journée électorale.

Ces élections se sont déroulées dans un climat pacifique et ont été d’une grande qualité démocratique. La participation a été un peu plus faible que lors des élections générales du mois de décembre passé, lorsqu’Evo Morales avait été élu par 64% des électeurs avec un taux de participation de 95%. Elle s’est ainsi située aux environs de 85%, ce qui reste un très bon résultat, même s’il faut rappeler qu’en Bolivie le vote est obligatoire. De plus, les observateurs internationaux de l’Organisation des États Américains (OEA) ont souligné la maturité démocratique du peuple bolivien, et ont considéré ces élections comme “exemplaires”.

Selon les résultats partiels connus à l’heure actuelle, le Mouvement Vers le Socialisme (MAS) d’Evo Morales maintient son impressionnante domination au niveau national. Il gagne 6 des neuf gouvernements départementaux, et la majorité des mairies du pays. Entre autre, il conquiert les gouvernements des départements de Chuquisaca et de Pando, qui étaient jusqu’alors en mains de l’opposition de droite. Il ne lui manque que les importants départements des plaines occidentales de Santa Cruz et Béni, ainsi que Tarija, importants économiquement en raison de la présence d’hydrocarbures. Mais il perd ou ne parvient pas à conquérir 7 des 9 villes-capitales du pays. Et sur l’altiplano, là où il normalement le plus fort, il se fait concurrencer par de nouveaux partis, et perd même les deux importantes mairies de La Paz et d’Oruro.

Après les profonds changements de ces 10 dernières années, qui ont vu les partis traditionnels perdre tout crédit après 20 ans de néo-libéralisme et de corruption généralisée ainsi que la montée irrésistible du MAS à un niveau de popularité encore inconnu dans la vie politique démocratique bolivienne (toutes les votations et élections gagnées avec plus de 50% des voix), le pays semble se diriger vers un nouvel équilibre. Le MAS domine nettement la scène nationale et les départements andins, et connaît l’appui d’une forte minorité dans les départements orientaux. Mais la droite conservatrice conserve le pouvoir dans trois départements orientaux, ainsi que dans une partie des autres grandes villes du pays. De plus, son hégémonie altiplanique commence à être disputée par de jeunes partis de gauche ou du centre.

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Les partisans du préfet réélu fête la victoire dimanche soir sur la place centrale de Tarija

“Chez nous”, dans le département de Tarija, le préfet el le maire, tous deux féroces opposants au gouvernement, ont été réélus. Facilement pour le maire, avec difficulté pour le préfet, dont le « challenger » pour le MAS était jusqu’à il y a peu un féroce opposant au gouvernement. En général, et même si en réalité les scores atteints par les candidats du parti gouvernemental dans les départements d’opposition ont encore significativement augmenté en comparaison des dernières élections locales de 2005, la stratégie qui consistait a coopter d’anciens opposants, à attaquer frontalement certains anciens alliés ou proches considéré comme “déviants”, et finalement à utiliser le charisme national du président pour pousser les candidats locaux, n’a pas apporté tous les résultats espérés. Si le gouvernement contrôlera presque intégralement l’Etat au niveau national, avec une majorité des deux tiers dans les deux chambres du parlement, il devra compter au niveau local tant sur les gouverneurs et les mairies de l’opposition de droite dans les basses plaines orientales, que sur une naissante opposition issues de ses propres files dans ses bastions de l’altiplano.



La Yembatirenda inaugure sa bibliothèque

30 03 2010

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Une famille du quartier est venue chanter ses propres compositions

Mercredi passé, nous avons inauguré notre petite bibliothèque flambante neuve. Il y a quelques semaines, grâce à la générosité de notre groupe de soutien, nous avons pu consacrer une petite partie de l’argent récolté lors de notre séjour en Suisse pour financer l’achat d’un meuble-bibliothèque pour le centre culturel et la radio Yembatirenda. Il s’agissait de faire savoir qu’à partir de ce jour, tout un chacun peut venir pour lire, emprunter ou acheter les livres, disques et DVD que nous mettons à disposition. Et pour cela, quoi de mieux qu’une petite fête?

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Avec Sossi, amie de notre "Club de livre", nous avons lu le début d'une petite expérience littéraire, un roman collectif sur la base du "cadavre exquis": j'écris le premier chapitre, toi le suivant, lui le troisième, etc.

Nous avons invité les auditeurs à la radio, et avons fait courir le mot: si tu écris des poèmes, des contes, des essais, des nouvelles, des romans, des chansons, quoique ce soit, vient les partager avec nous, amène les livres que tu aimes.

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Marcela présente les livres produits par notre organisation

Et nous avons été passablement surpris de constater que, alors que peu de gens lisent ici, beaucoup écrivent! Il y a surtout des poètes, mais aussi des “essayistes”, des auteurs de chansons, des amateurs de théâtre… Une famille est venue jouer les compositions du papa, des textes sur les luttes sociales boliviennes, poétiques et prenants, et avec les voix impressionnantes du garçon et de la maman. La soirée a été aussi sympa que variée!

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Mon "compère" Daniel lit des poèmes d'un ami

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Il y a même eu du théâtre... avec un figurant quelque peu surpris d'être là!



Les gouvernements progressistes pris au piège de leurs ressources naturelles?

10 03 2010

Un article de notre ami et collègue d’E-Changer Bernard Perrin. Cet article, paru dans Le Courrier du mardi 09 Mars 2010, est le fruit d’une réflexion commune sur certains paradoxes et incohérences du gouvernement d’Evo Morales.

A un mois du «Copenhague» des mouvements sociaux à Cochabamba, le discours écolo de la gauche sud-américaine contraste avec la dépendance de ses gouvernements aux ressources naturelles.
Serait-ce la fin de la lune de miel entre Evo Morales et une partie des mouvements sociaux boliviens? Triomphalement réélu le 6 décembre avec 64% des voix, le président vient d’essuyer une vague sans précédent de critiques. Un mécontentement délicat à quelques semaines du Sommet écologiste à Cochabamba voulu par le président bolivien1. «Evo Morales se prend pour le roi. Il est temps de le destituer», a notamment lancé Celso Padilla, le président de l’Assemblée du peuple guarani (APG). Son homologue de la Confédération des peuples autochtones (Cidob), Adolfo Chávez, a lui violemment dénoncé l’absence de représentants des organisations indigènes au sein du nouveau cabinet ministériel «occidental» du premier président autochtone de Bolivie. La confédération aymara Conamaq n’est pas restée en retrait. Son dirigeant, Rafael Quispe, estime le gouvernement «discriminatoire à l’égard des indigènes» et dénonce les oukazes: «Nous avons participé au processus de changement, mais aujourd’hui, il nous est impossible de débattre avec le gouvernement.»
Ces critiques ne sont pas nouvelles. Mais lors du premier mandat d’Evo Morales, l’union sacrée face à l’opposition conservatrice ne s’est pratiquement jamais fissurée et les organisations sociales se sont volontiers censurées. La droite désormais moribonde, l’union sacrée n’est plus ce qu’elle était.
Bien sûr, la polémique a aussi un arrière-goût politique à la veille de l’élection des gouverneurs de neuf départements et des maires des 327 communes de Bolivie, le 4 avril prochain. La lutte de pouvoirs fait rage et des appétits politiques ont émergé. Celso Padilla ne cache plus son objectif: «Que la Bolivie puisse être gouvernée par un président guarani d’ici cinq ou dix ans!»

Mais le malaise est plus profond. C’est en effet la politique du gouvernement, qualifiée d’«extractiviste»1, qui est prise pour cible par les organisations indigènes. «Malgré les vents de changement, la Bolivie n’a pas opté pour un modèle de développement économique durable qui respecte la nature et les peuples indigènes», explique Christian Domínguez. Pour ce dirigeant de la Fédération des paysans du département amazonien de Pando, «la forme d’exploitation n’a pas changé: c’est un capitalisme qui épuise les ressources naturelles, la nature et, au final, la vie. Que ce soit à Corocoro, où est exploitée une mine de cuivre, ou au nord de La Paz, où les sociétés pétrolières ont débarqué, la politique est la même: pas de consultation des populations et aucun respect des normes environnementales.»
«L’extractivisme a une longue histoire en Amérique du Sud, depuis cinq siècles. Et il a toujours tenu un rôle primordial dans les économies nationales», analyse Eduardo Gudynas. Pour l’économiste uruguayen, ce qui change avec l’arrivée au pouvoir de gouvernements progressistes, c’est «une plus grande présence de l’Etat dans l’exploitation des ressources naturelles qui permet de financer des politiques sociales en faveur des secteurs les plus défavorisés». Ce sont les rentes comme la Bolsa Familia au Brésil, le Juancito Pinto en faveur des écoliers en Bolivie ou le Programa Familiar en Argentine. «Des changements substantiels, extrêmement positifs!» concède le chercheur du Centre latino-américain d’écologie sociale (CLAES). Mais qui mettent ces gouvernements dans une situation paradoxale. «Le modèle de production que la gauche rejetait autrefois est devenu une nécessité pour leurs politiques sociales. Il est même présenté comme indispensable pour sortir de la pauvreté. Du coup, ceux qui le remettent en cause sont accusés d’être opposés au développement.»
Pour M. Gudynas, la distorsion est totale: «On alimente le mythe que les effets négatifs de l’extractivisme pour quelques populations sont compensés par les bénéfices pour l’ensemble de la nation. Ce qui ne correspond pas à la réalité et empêche le développement d’une économie alternative moins dépendante des exportations.»
Et ce sont aujourd’hui les entreprises étatiques, fruits des processus de nationalisation, qui provoquent les impacts écologiques les plus négatifs: «Que ce soit PDVSA au Venezuela ou YPFB en Bolivie, ces entreprises sont prises dans la même logique d’efficacité, de réduction des coûts et de rentabilité maximale que les transnationales tant dénigrées par la gauche. Et au final, elles sont insérées de la même manière dans le marché globalisé.»

M. Gudynas illustre volontiers les ambiguïtés: «Les discours de Correa à l’étranger sont en défense de l’environnement. Mais en Equateur, il traite d’écologistes infantiles ceux qui s’opposent à sa politique extractiviste, notamment en Amazonie. Lula? C’est la même chose. Son discours à Copenhague était écolo, mais au Brésil, les projets à fort impact environnemental se multiplient, avec entre autres la construction d’immenses barrages en Amazonie et de centrales thermiques au charbon.»
Pour le chercheur uruguayen, «il ne fait aucun doute que l’on ne se trouve pas face à un système néolibéral caché, un capitalisme sauvage. Les programmes d’assistance sociale qui profitent enfin aux plus défavorisés du continent en sont la preuve éclatante. Mais on ne peut pas dire non plus que l’on se trouve en présence de l’alternative promise, d’un autre modèle de développement respectueux de la nature, dans laquelle les transformations se feraient en vue d’une réelle meilleure qualité de vie».
Note : 1 Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique (19-22 avril 2010).
2 Terme venant du portugais, l’extrativismo qualifiait l’exploitation non durable de l’Amazonie. Par extension, il désigne une politique de développement dépendant de l’extraction des ressources naturelles.



Pour peser dans le monde, l’Amérique exclut les Etats-Unis

26 02 2010

Paru dans Le Courrier le Jeudi 25 Février 2010, par BENITO PEREZ et l’ ATS

Exit l’Organisation des Etats américains (OEA)? La «rencontre de l’unité», déroulée ironiquement à Cancun au Mexique, a en tout cas marqué la volonté des chefs d’Etat et de gouvernement d’Amérique latine et des Caraïbes de prendre d’avantage d’autonomie vis-à-vis du grand frère étasunien, siège de l’OEA et poids lourd en son sein. Réunis mardi en sommet, 32 Etats ont donc donné naissance à la Communauté d’Etats latino-américains et caribéens (CELC). Autre clin d’oeil de l’histoire, c’est à Felipe Calderón, ex-grand allié de George W. Bush, qu’est revenu l’honneur de présenter la nouvelle organisation. L’objectif officiel n’est bien sûr pas de se passer de Washington et d’Ottawa, mais bien de «stimuler en priorité l’intégration régionale (…), de faire valoir les projets de la région dans les rendez-vous internationaux et de renforcer (notre) position face aux événements mondiaux d’importance», a déclaré M. Calderón. Ce dernier lisait la déclaration finale de ce sommet qui a réuni 24 chefs d’Etat ou de gouvernement. L’exécutif du Honduras, non reconnu par une dizaine d’Etats latino-américains, n’était pas invité. Cette nouvelle initiative «est d’importance historique», a déclaré le Cubain Raul Castro. Pour son pays longtemps mis au ban de la communauté continentale sous la pression des Etats-Unis, la réunion avait un goût de revanche. Mais le président est demeuré sobre: «Cuba considère que les conditions sont remplies pour avancer rapidement vers la constitution d’une organisation régionale purement latino-américaine et caraïbe», a-t-il simplement ajouté. Plus offensif, le Bolivien Evo Morales a célébré la «défaite de l’empire» face à l’unité latino-américaine. Le président vénézuélien Hugo Chavez, chef de file de la gauche latino-américaine, a renchéri en affirmant qu’il s’agissait de «se défaire définitivement de la domination des Etats-Unis sur le continent». Reste que parmi les Etats fondateurs du CELC, les Nord-Américains ne manquent pas de fidèles alliés, tels que le Colombien Alvaro Uribe ou le Péruvien Alan García. Soucieux d’unité, le Brésilien Lula a décliné la proposition de présider la future institution, afin de ne pas lui donner un profil trop politique. Quant à M. Calderón, très proche de Washington – malgré un actuel léger froid – il a tenu à préciser que la CELC «ne doit représenter un motif de préoccupation pour personne». Dès l’ouverture du sommet, le président mexicain avait souligné qu’un tel bloc régional devait simplement garantir «la participation effective de la région à l’économie et aux décisions mondiales». Soit défendre les intérêts continentaux sans l’interférence du géant étasunien. BENITO PEREZ (AVEC L’ATS)



La radio Yembatirenda fait son carnaval

16 02 2010

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Lina et Noé aident à tendre la banderolle qui signale "Une rencontre avec la diversité"

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N'ayant pas de sono, on a dansé et défilé... en écoutant notre propre radio!

Le carnaval, en Bolivie en général et à Tarija en particulier, c’est quelque chose. On s’y prépare des semaines, voire des mois à l’avance, et il est composé de multiples dates, fêtes et activités diverses. Durant toute cette période, on peut voir des défilés des personnes déguisées dans tout les coins de la ville, mais il y a aussi, particularité de Tarija, le jeudi des compères et le jeudi des commères!

Avec les copains de la radio, nous avons participé au défilé du quartier dans lequel nous sommes implantés, ce samedi. C’était assez spontané et peu préparé (de notre part), mais nous avons quand même réussi à glaner un prix pour nos costumes!

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Préparation de la Ch'alla dans les locaux de la radio

Et puis, le mardi après le dimanche de Carnaval, soit Mardi Gras chez nous, ici c’est le Martes de Ch’alla, c’est-à-dire le mardi de libation à la Pachamama. On fait donc des offrandes dans les maisons, les bureaux, mais cela peut aussi être les voitures ou quoique ce soit, pour que la Pachamama soit généreuse durant l’année.

Cela consiste généralement à décorer la masion, à brûler des feuilles de coca, de l’alcool et des représentations de “la chance” (de l’argent par exemple) et d’enfumer la maison avec la fumée qui en résulte. Et il s’agit également d’asperger toute la maison de bière et d’alcool pur…. et en gardant une partie pour les participants.

C’est une tradition fort sympathique, qui regroupe les familles, les amis, les collègues, autour de leurs lieux de vie et d’activité, en relation avec la pachamama, c’est-à-dire autour d’une cosmovision d’origine andine, qui est cependant très présente à Tarija.

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Le studio a été décoré pour la fête par toute une joyeuse équipe

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Hinginio enfume la nouvelle étagère - financée par votre générosité - pour que la bibliothèque fonctionne bien cette année.