Oruro, son carnaval   no comments

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Les “bombes à eau” fusent de toutes parts: depuis le début de l’année, il devenait de plus en plus fréquent de rentrer légèrement humide, voire carrément trempée, d’un déplacement en ville comme piétonne. C’est le Carnaval qui s’approchait, accompagné de son cortège de batailles d’eau.

En Bolivie, le Carnaval est l’une des fêtes les plus importantes. Celui d’Oruro est particulièrement réputé: en 2008, l’UNESCO l’a par ailleurs inclus dans sa liste représentative du “Patrimoine culturel immatériel de l’humanité-PCI”, creuset de la diversité culturelle à visibiliser et à sauvegarder, car  mis en péril par la mondialisation, les politiques uniformisantes et le manque de moyens (voir le site de l’UNESCO).

Les festivités s’étendent sur 6 jours, l’évènement principal étant la procession du samedi. Les éléments qui composent le Carnaval d’Oruro remontent en partie à la période pré coloniale. La population andine Uru célébrait ses rituels dans ce site sacré situé à 3700 mètres d’altitude, rituels qui ont perduré avec l’arrivée des colons espagnols et la consécration de la ville à l’activité minière:

Les dieux andins ont été dissimulés derrières les icônes chrétiennes, devenant ainsi des saints. La fête d’Ito a été transformée en rituel chrétien, célébré à la chandeleur, le 2 février et la traditionnelle llama llama, ou diablada, en l’honneur du dieu uru Tiw est devenue la danse principale du carnaval d’Oruro (source: UNESCO)

Grâce à Telma Gomez, secrétaire de la coordination d’e-changer en Bolivie, nous avons pu assister à la procession du samedi avec un groupe de volontaires.

Oruro étant à environ 4 heures de route de Cochabamba, c’est aux aurores (4.30 heures du matin) que nous nous sommes mis en route.

Un peu avant 11 heures, nous étions installés dans des gradins bordant le parcours du cortège, aux côtés de milliers de spectateurs. De là, nous avons pu regarder défiler une partie des quelques 30′000 danseuses et danseurs et 10′000 musiciennes et musiciens qui participent de ces festivités. Lorsque 12 heures plus tard nous sommes repartis pour Cochabamba, les groupes défilaient toujours (le tout dure environ 20 heures).

49Ce ne sont pas moins de 21 danses, agrémentées de somptueux costumes, masques, musiques, mêlant traditions culturelles indigènes et espagnoles, que nous avons pu admirer des heures durant (voir le site du Carnaval).

Les petites pauses entre les passages des différents groupes ont été meublées par des batailles de bombes à eau et mousse, de part et d’autre de la rue: malgré les capes de plastic, il n’a pas fallu longtemps pour être bien mouillés…

Si la diversité des traditions représentées est grande, il est cependant difficile, comme néophite, d’en apprécier toutes les subtilités et d’en décoder tous les symboles. Comme je n’avais pas les clefs pour comprendre les références présentes dans le Carnaval, mon attention s’est portée sur d’autres éléments, au-delà de l’ancrage culturel et historique. J’ai alors par exemple constaté que  la majorité des groupes a opté pour le thème des “caporales”. Comme j’ai pu le lire par la suite, cette tradition renvoie aux esclaves noirs, exploités d’abord dans les mines, puis transférés à l’est pour le travail dans les plantations de café, coca et agrumes (ceci car ils n’ont pas pu s’adapter physiquement aux conditions des hauts plateaux de l’ouest du pays): “caporales” était le nom porté par les esclaves préférés par les patrons espagnols et utilisés pour surveiller (dénoncer) leurs compagnons. Les femmes qui dansent dans les groupes de “Caporales” sont chichement vêtues: leurs jupes ultra courtes, qu’elles font virevolter, laissent voir leurs jambes en permanence, pour le grand plaisir de ces messieurs éméchés. Je ne suis pas sûre que l’aspect symbolique et historique soit le critère retenu par les groupes pour choisir de danser telle ou telle danse. Sans vouloir porter de jugement trop rapide, j’ai bien l’impression que ce sont des éléments plus extérieurs qui font pencher les coeurs.31

Autre élément: la représentativité socio-culturelle dans les groupes. De manière générale, les costumes coûtent cher (plusieurs centaines de dolars, ce qui est énorme pour un-e bolivien-ne); ils sont faits sur mesure et les personnes les achètent. Certains costumes coûtent plus que d’autres. Corollairement, les groupes intègrent plus ou moins de personnes qui paraissent appartenir à la population indigène, plus pauvre. Les membres des groupes qui portent les costumes les plus chers (les “caporales” en font partie) sont ainsi plutôt “blancs”.

Il semble alors que que le Carnaval ne soit pas l’inversion des rôles, mais bien plutôt le miroir et la perpétuation des inégalités sociales.

Il m’a pour cela laissé aussi un petit goût amer.

Written by madef on février 25th, 2009

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