“Vivre bien” no comments
Le “vivir bien” est un concept au centre de la Nouvelle Constitution politique de l’Etat bolivien. On peut en effet lire dans le préambule de la NCPE:
(…) Un Etat basé sur le respect et l’égalité entre tous, avec comme principes la souveraineté, la dignité, la complémentarité, la solidarité, l’harmonie et l’équité en matière de distribution et redistribution du produit social, où prédomine la recherche du vivre bien (…).
Ces mots “vivre bien” avaient retenu mon attention, puisqu’en général on parle plutôt de “vivre mieux”, de la recherche d’une vie meilleure sous-tendue par l’idée d’un processus constant d’amélioration.
Je souhaite partager avec vous un article rencontré sur le site internet de bolpress, rédigé par le théologien brésilien (théologie de la libération) Leonardo Boff. Ce dernier nous livre une interprétation de ce concept du “vivre bien” que je trouve fort intéressante.
“Selon l’idéologie dominante, tout le monde aimerait vivre mieux et jouir d’une meilleure qualité de vie. En général, cette qualité de vie est associée au produit intérieur brut (PIB) de chaque pays. Le PIB représente toutes les richesses matérielles que produit un pays. Ainsi, en accord avec ce critère, les pays les mieux positionnés sont les Etats Unis, suivis du Japon, de l’Allemagne, de la Suède, et autres. Le PIB est une mesure inventée par le capitalisme pour stimuler la production croissante de biens matériels de consommation.
Au cours des dernières années, au vue de l’augmentation de la pauvreté et de l’urbanisation favélisée (L.Boff fait allusion aux “favelas”, nom qui désigne les bidonvilles brésiliens) du monde et afin de donner un sens de décence, l’ONU a introduit l’indice de développement humain (IDH). Celui-ci inclut des valeurs intangibles comme la santé, l’éducation, l’égalité sociale, la protection de la nature, l’équité de genre et autres. Il a enrichi le sens de “qualité de vie”, qui était compris de manière très matérialiste: jouit d’une bonne qualité de vie celui qui consomme plus et mieux.
En tête de tous les pays se trouve le Bhoutan, situé entre la Chine et l’Inde, aux pieds de l’Himalaya, très pauvre matériellement, mais qui a officiellement établi l’”indice de bonheur intérieur brut”. Celui-ci ne se mesure pas avec des critères quantitatifs, mais qualitatifs, comme la bonne gouvernance des autorités, la distribution équitable des excédents de l’agriculture de subsistance, de l’extraction végétale et de la vente d’énergie à l’Inde, la bonne santé et l’éducation et, spécialement, la bonne coopération de tous pour garantir la paix sociale.
Dans les traditions indigènes Abya Yala, nom pour le continent indoaméricain, à la place de “vivre mieux” on parle de “vivre bien”. Cette catégorie est entrée dans les constitutions de Bolivie et d’Equateur, comme objectif social que l’Etat et toute la société civile doivent poursuivre.
Le “vivre mieux” suppose une éthique du progrès illimité et nous incite à une compétition avec les autres pour créer toujours plus de conditions pour “vivre mieux”. Cependant, afin que quelques uns puissent “vivre mieux”, des millions de personnes ont dû vivre mal. C’est la contradiction capitaliste.
Au contraire, le “vivre bien” s’oriente vers une éthique du suffisant pour chaque communauté et pas seulement pour l’individu. Le “vivre bien” suppose une vision holistique et intégratrice de l’être humain, immergé dans la grande communauté terrestre, qui inclut non seulement l’être humain, mais aussi l’air, l’eau, les sols, les montagnes, les arbres et les animaux; c’est être en profonde communion avec la Pachamama (Terre), avec les énergies de l’Univers et avec Dieu.
La préoccupation centrale n’est pas celle d’accumuler. De plus, la Terre Mère nous fournit tout ce dont nous avons besoin. Par notre travail, nous suppléons à ce qu’elle ne peut nous donner du fait des agressions excessives, ou nous l’aidons à produire ce qui est suffisant et décent pour tous, y-compris pour les animaux et les plantes. Le “vivre bien”, c’est être en permanente harmonie avec tout, en célébrant les rites sacrés qui renouvellent continuellement la connexion cosmique et avec Dieu.
Le “vivre bien” nous invite à ne pas consommer plus que ce que l’écosystème peut supporter, à éviter la production de résidus que nous ne pouvons pas absorber avec sécurité et nous incite à réutiliser et à recycler tout ce que nous avons utilisé. Cela sera une consommation recyclable et frugale. Ainsi, il n’y aura pas de manque.
En cette époque de recherche de nouveaux chemins pour l’humanité, l’idée du “vivre bien” a beaucoup à nous apprendre. ”
A méditer!
source: bolpress, 09.04.09, “El buen vivir”, Leonardo Boff, traduction de Mathilde.
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