Changements au sein de l’administration   no comments

Posted at 4:27 in Politique

Suite aux élections du mois de décembre, l’administration nationale est l’objet de nombreux changements de personnel.

Au mois de décembre, les citoyennes et citoyens boliviens ont élu leurs président et vice-président, ainsi que les membres de l’Assemblée plurinationale, composée de la chambre des députéEs et des sénateurs.trices.

Evo Morales et son parti le MAS IPSP (Mouvement vers le socialisme), dont il est toujours président, ont largement remporté ce scrutin: Evo Morales a été réélu avec plus de 60% des voix et, situation nouvelle, les trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire, ce dernier transitoirement) sont entre les mains du parti officiel. Avec la perspective de ces cinq nouvelles années de gouvernement, c’est une ère nouvelle qui s’ouvre. Lors de ses quatre premières années à la tête du pays, Evo Morales et ses suivantEs ont surtout lutté contre une opposition vorace, qui aura utilisé tous les moyens pour déstabiliser ce pouvoir porteur d’une idéologie nouvelle et diviser le pays, défendant les privilèges de la partie orientale qui concentre les richesses nationales.

Le processus qui a mené aux élections et le résultat de ces dernières ont montré une opposition affaiblie, incapable de faire front au processus de changement initié par Evo Morales depuis son arrivée au pouvoir en 2006.

Cette nouvelle donne annonce une période différente de la précédente. Largement replébicité, avec les coudées plus franches vu son statut majoritaire à tous les niveaux, Evo Morales et le MAS vont devoir s’atteler à de nouvelles tâches. L’objectif n’est plus celui d’asseoir son pouvoir et sa légitimité, mais bien de réaliser concrètement les réformes annoncées.

Diminuer la pauvreté n’est pas une mince affaire, et les propositions pour y arriver comportent leur lot de contradictions: ainsi, comment concrétiser les visions de respect et d’harmonie avec la Terre Mère, visions qui vont de pair avec le concept du vivre bien, modèle de développement qui se distancie du vivre mieux,  basé sur l’accumulation, moteur du modèle capitaliste. Le président bolivien est connu pour ses postures en la matière. Or en même temps, son programme pour les cinq prochaines années repose sur l’idée d’extraire et exploiter les matières premières du pays afin de générer les richesses nécessaires à son développement. Cette politique va-t-elle réellement rester en dehors d’une spirale d’exploitation à tout prix et d’accumulation? Les projets en la matière n’en donnent pas vraiment les signes. A plusieurs reprises, le président bolivien a dénigré l’avis de populations indigènes qui s’opposaient à des projets d’exploitation de matières premières sur leur territoire, arguant que ces dernières étaient manipulées par des ONG. Or, la nouvelle Constitution élaborée sous ce même gouvernement reprend les droits des populations indigènes, incluant l’obligation du gouvernement de consulter celles-ci pour tout projet de ce type sur leur territoire.

Indubitablement, dans la réalité des tensions existent entre développement, protection de la nature et droits des populations indigènes, dont la résolution est loin d’être simple. C’est sans aucun doute à ce genre de problématique que le gouvernement va devoir trouver des issues équilibrées au cours des cinq prochaines années.

La problématique de la terre et du territoire est aussi au centre de tensions importantes, reflet des thèmes évoqués plus haut: tensions entre propiété individuelle et collective, entre industrialisation de l’agricutlure et appui aux petits paysans et à l’agriculture familiale et traditionnelle. Ces visions différentes traversent et divisent les organisations sociales: d’un côté, les populations indigènes qui ont tendance à revendiquer la propriété et le travail communautaires de la terre et du territoire, selon leurs us et coutumes, à travers la figure du Territoire Communautaire d’Origine (TCO); de l’autre côté, les syndicats paysans et de cocaleros (cultivateurs de coca), amplement impliqués dans la gestion politique par leur participation au parti officiel MAS, qui luttent pour la propiété individuelle et l’industrialisation de l’agriculture, par l’investissement  du gouvernement dans la mécanisation et la production. Certains protagonistes de ce type de développement de l’agriculture ont dénoncé les TCO comme nouveaux visages des latifundios (grandes propriétés terrestres, vouées aux affaires plus qu’à l’agriculture).

Suite aux élections du mois de décembre, les services de l’Etat ont été objets de changements de personnel importants. Ces changements augurent d’un nouveau tournant en matière de politique agricole et de gestion des terres.

Le vice-ministre des terres Alejandro Almaraz a été remplacé par Victor Camacho, étroitement lié  au syndicat paysan dont il a été consultant. Ainsi ce dernier, au contraire d’Alejandro Almaraz, préconise et priorise le développement de la propiété individuelle. Au nom du syndicat paysan, il est l’auteur d’un projet de loi en matière de terre et territoire qui va être débattu prochainement. La loi actuellement en vigueur, de même qu’une centaine d’autres normes, doivent en effet être adaptées à la nouvelle constitution. Le projet proposé par Camacho, appuyé par le PNUD (Programme des nations unies pour le développement), propose une nouvelle forme de propriété, en écho à la figure du TCO: le Territoire Communautaire Paysan (TCC: Territorio Comunitario Campesino). La lecture de la proposition de loi révèle que ce concept abrite une forme individuelle de propriété, puisque le terme communautaire fait référence d’une part à la communauté et d’autree part à la famille, définie comme communauté également. La nouvelle responsable du Ministère du Développement rural et terres, duquel dépend le Vice-ministère des terres, partage cette vision.

Le MST est préoccupé par ces changements, qui ne vont pas dans le sens de ses revendications: le MST a toujours lutté pour une priorisation de la propiété communautaire et  d’une agriculture familiale et traditionnelle, seule façon selon lui d’éviter un nouveau morcellement des terres, d’éradiquer la pauvreté et de promouvoir la sécurité et la souveraineté alimentaires. Avec la Réforme Agraire en 1953 et les lois et politiques qui ont suivi, dans la partie occidentale du pays les territoires communautaires ont été démantelés et transformés en petites propiétés privées. Cette privatisation et marchandisation de la terre a donné le jour, au fil des générations, aux mini- et surcofundios (minuscules lopins de terres) qui aujourd’hui ne permettent pas aux paysans de la région andine de vivre dignement du travail de la terre.

Du 10 au 13 mars, le MST- Bolivie a ainsi convoqué ses membres à une réunion nationale, dans le but d’élaborer ses propres propositions pour la nouvelle loi en matière de terres.

Written by madef on mars 8th, 2010

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