En Suisse avec Asunta Salvatierra   no comments

Posted at 10:50 in MST

dsc00011Un mois intense en activités comme en émotions s’est achevé le 13 mai avec le retour d’Asunta Salvatierra en ses terres boliviennes. Un périple qui a vibré d’une belle énergie et qui a semé quelques réflexions au passage.

La campagne “Femmes - de l’accès à la terre à la souveraineté alimentaire” élaborée en collaboration avec e-changer et avec la coordination de mon groupe de soutien “Lyobabamba” nous a amenées aux quatre coins de la Suisse: Zürich, Lausanne, Genève, Bienne, Lucerne, Bellinzona, Monthey, Delémont, sans oublier Fribourg.

Ce périple nous a permis de rencontrer divers publics: gens de la région, politiques, syndicalistes paysan-ne-s, organisations et sympathisant-e-s de la coopération et du développement, étudiant-e-s, organismes financeurs du MST, ami-e-s et famille.

Asunta Salvatierra aura certainement marqué les esprits et les coeurs: fidèle à elle-même, c’est avec énergie, conviction et courage qu’elle a expliqué les problématiques de la terre et du territoire en Bolivie, la lutte des hommes, et particulièrement des femmes, du Mouvement des sans terre bolivien pour récupérer des terres et les obstacles auxquels elles et ils se heurtent malgré le gouvernement d’Evo Morales, ce qui a parfois suscité le débat.

C’est avec joie et plaisir que j’ai accompagné Asunta au fil de ce voyage. J’ai pu l’aider en matière de traduction et nous nous sommes aussi parfois partagé les tâches: lors d’interventions plus longues, j’ai contribué à expliquer le problème de la terre et du territoire, son histoire, ses enjeux, alors qu’Asunta donnait des explications sur le Mouvement des sans terre et la conjoncture actuelle. Nous avons parfois aussi évoqué nos expériences réciproques en tant que volontaire et partenaire. Il faut dire qu’il n’est pas simple d’expliquer cette problématique complexe de la terre, d’autant plus lorsque le temps à disposition est court. Par ma position, j’avais parfois l’avantage de sentir si les explications données étaient suffisantes pour un public non averti et bien loin de la réalité bolivienne. Il n’y a cependant pas toujours eu le temps ni l’opportunité d’entrer dans plus de détails: cela fait partie du jeu.

Malgré les limites inhérantes à ce genre d’exercice, je suis convaincue que des messages et des pistes de réflexions auront été semés en chemin et que des liens auront pu être esquissés entre deux mondes qui a priori peuvent paraître fort éloignés. Une réflexion lancée sur la quinoa par exemple aura marqué quelques esprits: il semble qui si nos marchés offrent de plus en plus de ce riche aliment (aujourd’hui ce ne sont plus seulement les Magasins du Monde mais aussi la Coop et la Migros qui en ont dans leurs assortiments), les bolivien-ne-s en voient de moins en moins la couleur: produit avantageux pour l’exportation, son prix a grimpé pour les bolivien-ne-s qui ne peuvent pas en consommer autant qu’avant. C’est à ce genre de paradoxe et de réflexion que nous amène la Via Campesina avec son concept de “Souveraineté Alimentaire”: faut-il continuer à consommer de la quinoa qui nous vient de l’autre bout du monde? Au bout du compte: quels effets, qui en profite, qui en pâtit?

Notre aventure s’est terminée en beauté en terres fribourgeoises: premièrement, une table ronde rondement menée par le directeur du journal l’Objectif, Jean-Marc Angéloz. Ce dernier avait pris soin de s’informer sur le contexte bolivien et sur le thème de la souveraineté alimentaire, ce qui lui a permis de titiller les intercoluteurs-trices présent-e-s autour de la table (le Conseiller d’Etat Pascal Corminboeuf, Madeleine Rossier de l’ACAR, Max Fragnière d’Uniterre, Asunta Salvatierra et moi-même) pour ne pas en rester à de simples professions de foi. Le débat fut aprécié.

Cette discussion a été suivie d’une soirée entre ami-e-s et famille, qui a réuni un peu plus de 80 personnes de mon groupe de soutien Lyobabamba dans la ferme de la famille Zamonfing à Posieux. Un cadre particulier et de circonstance: rösti, saucisse à rôtir maison, jambon, meringue et double-crème ont été savourés directement dans l’étable. Malgré un fond d’air un peu frais, ce fut une soirée pleine de chaleur. Les chanteuses du Choeur de Jade ont réchauffé nos oreilles et les rires suscités par les petites scénettes concoctées par Asunta et moi après quelques mots sur notre collaboration et sur mon engagement, ont apporté un peu de chaleur.

L’aventure avec Asunta Salvatierra a aussi été un mois partagé au quotidien, ou presque. Au cours des 4 semaines passées en Suisse, Asunta aura aussi séjourné quelques jours en Valais avec la première volontaire d’e-changer qui a accompagné le groupe des femmes du MST, Véronique Blech. Le reste du temps et lorsque nous n’étions pas en voyage, Asunta a vécu à Chénens, dans la maison familiale où elle avait son petit pied à terre. Elle a apprécié l’accueil de la famille Defferrard et il semble que les plats concoctés par Marlise lui ont beaucoup plu. Elle m’a confié le jour de son départ qu’elle espérait ne pas rentrer “paresseuse” en Bolivie: elle s’était bien habituée à être appelée à l’heure des repas, elle qui en Bolivie travaille sans répis. J’ai pour ma part eu beaucoup de plaisir à partager chaque jour avec Asunta. Les occasions pour faire du tourisme n’ont pas été nombreuses. Nous avons toutefois pu profiter de visiter le musée de la chocolaterie à Broc, d’un tour en bateau sur le lac de Morat, d’une promenade à la pisciculture de la vallée du Gottéron de laquelle nous avons ramené quelques truites fraîches, d’aller manger une soupe de chalet au gîte d’Allières (Berra, préalpes fribourgeoises) et d’un petit détour par Gruyères.

Ce voyage a été fort et intense pour Asunta, qui s’est retrouvée dans un monde bien différent du sien. Je ne l’ai toutefois pas pressée de questions pour récolter ses impressions et réflexions: je préfère les laisser venir au fure et à mesure qu’elle voudra et pourra me les raconter. Je m’imagine qu’elle doit d’abord digérer tout ce qu’elle a vu, senti, vécu pendant un mois. Cela sera probablement un thème à partager avec vous dans ma prochaine lettre circulaire, à mon retour en Bolivie.

Pour terminer, je souhaite remercier chaleureusement les personnes qui ont contribué à rendre possible et agréable cette aventure, particulièrement: mon papa, ma soeur et Marlise, les membres de la coordination de mon groupe de soutien Pierre-André, Emilie, Alain, Séverine, Jaco, Caroline, Isabelle, Dimitri et Anne, et l’équipe d’e-changer.

Vous trouverez un petit bilan de notre séjour sur le site d’e-changer en cliquant sur ce lien.

Written by madef on mai 21st, 2010

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